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ALI GHANEM, RÉALISATEUR ALGÉRIEN, À L'EXPRESSION

"Pourquoi faire des films qui ne sortent pas en salles?"

Par
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Polyvalent, Ali Ghanem a plusieurs cordes à son arc. En tant que cinéaste déjà il a réalisé de nombreux films que ce soit dans le court métrage, documentaire ou long métrage. On citera d'abord Mektoub, son premier film qui a attiré en France l'attention sur la situation des immigrés contraints de vivre dans des bidonvilles et qui a été distribué un peu partout en Europe (ce film figure aujourd'hui au catalogue du Musée national de l'immigration),mais aussi Une femme pour mon fils, qui a obtenu le Prix de la critique internationale au festival de Venise en1983 et est resté trois mois à l'affiche à Alger. Ali Ghanem est aussi romancier et prépare même un nouveau livre. En attendant, il nous parle ici de ses projets cinéma et nous fait part de son sentiment bien négatif à propos de la situation du 7 ème art en Algérie..

L'Expression: Vous prenez le temps pour faire un film, un docu-fiction qui devrait s'appeler Retour au douar. Pourriez-vous nous en parler?
Ali Ghanem:
Je tarde à terminer ce film car j'en suis le producteur principal et je peine à réunir les financements nécessaires pour le mener à terme.
Ce genre de film, n'est pas rentable. Par ailleurs, je ne suis pas seulement cinéaste je suis aussi romancier et occasionnellement journaliste. Je m'occupe de la distribution de films, je collabore dans des journaux algériens et français. Je prépare un livre qui rassemble les interviews d'une quarantaine d'écrivains, maghrébins, africains et européens que j'ai faites au fil du temps. J'ai également en chantier un roman, en partie autobiographique. Sinon, je travaille sur ce film, «Le retour au douar» (le titre n'est pas définitif) depuis pas mal de temps effectivement.
C'est un film sur la mémoire, l'histoire d'un Algérien qui, devenu âgé revisite son passé. Ce genre de film n'intéresse ni les distributeurs ni les exploitants de salles français, et je ne suis pas sûr non plus qu'il ait beaucoup d'amateurs en Algérie. Ce n'est pas un film fait avec des vedettes. Au surplus, ici en Algérie, il faut passer devant une commission du ministère de la Culture, le Fdatic pour pouvoir obtenir des subventions.

Vous en avez obtenu?
J'ai pris le risque de ne pas encore en solliciter. Je compte déposer un dossier plus tard, pour la post-production. Le sujet est complexe et j'écris et je tourne au fur et à mesure de mes idées et de mes rencontres. La question mémorielle est très importante pour toute une génération d'immigrés qui sont restés en France par l'effet des circonstances, sans trop bien savoir pourquoi et comment et qui s'y retrouvent malades, isolés et un peu perdus. Ces derniers appartiennent à une génération qui est en train de s'éteindre dans l'indifférence, certains mêmes sont arrivés en France avant l'indépendance et tous ont connu le déchirement de la vie entre deux cultures.

Comment travaillez-vous pour réaliser ce scénario?
J'essaie de traduire en images ce qui se passe dans la tête de mes personnages. J'observe d'abord l'un d'entre eux, puis je le quitte pour m'intéresser à ses amis... Je les fais parler de leurs souvenirs, de leurs émotions partagées, de leur amitié...

Vous les mettez en situation ces personnages? Pourquoi ce sujet?
Le problème de l'immigration est un sujet d'actualité douloureux. Mais on met rarement le projecteur sur la génération en train de s'éteindre, on parle beaucoup des immigrés de la seconde génération, des problèmes de la jeunesse des banlieues, de l'islamisme, etc.
Mais ces gens qui ont vécu en France pendant 30 ans, 40 ans, 20 ans, ils sont mal à l'aise en France, mais aussi dans leur pays d'origine, ils sont aussi parfois en décalage ou même en conflit avec leurs enfants qui ne partagent plus ni leurs valeurs ni leur mode de vie et qui ne retrouvent plus leurs repères, qui en parlent.
L'immigration a changé. Avec l'Europe, les frontières sont ouvertes, on voit maintenant des immigrés polonais, tchèques, bulgares, russes, mais celui qui reste l'immigré, c'est l'homme de couleur, ce sont le Maghrébin et le noir. On parle toujours de la fausse intégration. Le Portugais ou le Polonais est catholique, et européen, le Maghrébin, lui, est musulman et on le renvoie toujours à sa religion. Moi personnellement, je suis plus parisien qu'un parisien parce que j'ai grandi en France. Cela fait 53 ans que j'y vis. Je m'intéresse à la culture française, je peux même dire que je la connais souvent plus que ma culture d'origine, puisque j'ai tout appris en France. Mais, j'y suis toujours considéré comme un étranger, pourquoi? Parce que je m'appelle Ali et que je suis basané. Et le dernier Polonais analphabète est blanc et catholique, il mange du porc alors que moi je n'en mange pas! On ne lui parle pas d'intégration, mais moi on m'en parle sans cesse.
En plus, cela ne s'arrange pas depuis la montée du terrorisme. De plus en plus d'homme, arborent la barbe, des femmes portent le nikab avec ostentation; ces gens, immigrés ou fils d'immigrés veulent s'imposer dans l'espace public en tant que musulmans alors qu'une des valeurs de la France c'est la laïcité.
Ils se revendiquent français tout en refusant la culture française. Les jeunes qui sont nés français sont souvent plus démonstratifs par rapport à la religion musulmane que leurs parents.

Vous faites en quelque sorte un travail sur la mémoire?
Ce qui m'intéresse par rapport à la mémoire, c'est que beaucoup d'immigrés de ma génération ont perdu leurs repères, leur mémoire. Ils ont oublié comment on vit en Algérie et en même temps, ils ne se sentent pas chez eux en France. Ils vivent toujours de manière marginale. J'essaye d'analyser cela. Ce qui m'intéresse en suivant le personnage central c'est de brosser le portrait de quelqu'un qui se pose des questions sur son identité parce qu'il s'aperçoit que les codes ont changé dans les deux pays...

Cela va mettre du temps avant que votre film voie le jour, alors?
Je ne sais pas, je ne me pose pas la question. Comme je vous l'ai dit, j'en suis le producteur et je tourne en fonction des moyens dont je dispose...Je me passionne pour la création. J'ai la chance de faire plusieurs choses à la fois. Dans le passé, j'ai déjà sorti chez Flammarion deux livres qui s'appellent «Le serpent à sept têtes» et «Une femme pour mon fils» qui ont été traduits en sept langues, aux USA et en Chine, notamment, et dans les pays européens..

En parlant de cinéma en Algérie, vous semblez porter un regard assez acerbe sur la situation du 7ème art en Algérie...
C'est malheureusement vrai. Je dis cela parce que je ne comprends pas qu'aujourd'hui on n'y tourne plus que des films qui restent des films locaux, réalisés avec beaucoup d'argent, et qui ne seront vus par personne. A quoi ça sert de faire des films s'ils ne sortent pas en salle? D'ailleurs, il n'y a pas de salles! Quand je dis des films locaux, je veux dire des films qui se cantonnent à des problématiques locales.
Même s'il y a des festivals cinématographiques en Algérie, il est significatif de relever qu'ils font surtout la promotion de films étrangers.. Il faudrait diversifier les sujets pour intéresser le public, tourner aussi des films d'action, d'aventure, d'amour etc.
Le spectateur voudrait avoir peur, pleurer, passer un moment de détente, rire, bref avoir des émotions quand il regarde un film, et c'est rarement le cas avec les films algériens...

Pensez-vous que votre film intéressera les Français?
Ce n'est pas ce qui me préoccupe. Pourquoi me parle-t-on, toujours de la France? Mon film s'il sort uniquement en France, ce n'est pas intéressant. S'il sort uniquement en Algérie, non plus, ce n'est pas intéressant. Un film, il faut qu'il ait un regard universel. Pourquoi un film américain est-il compris à New York, à Tombouctou et à Alger? Parce qu'il traite d'un sujet universel.
C'est pareil pour la littérature. On fait souvent le procès à Kamel Daoud, Bouelam Sansal et Yasmina Khadra, par exemple, d'avoir écrit des ouvrages pour la France et de faire preuve de servilité à l'égard de l'ancienne puissance coloniale. C'est totalement faux. Leurs livres sont vendus dans toute l'Europe et sont traduits dans 35 langues. On dit qu'ils traitent de problèmes en rapport avec le quotidien en Algérie. Oui, c'est vrai, mais leur succès tient avant tout à ce que, en traitant de problèmes algériens, ils sont parvenus à atteindre l'universel, ce qui est le propre de tous les grands écrivains; Et peu importe la langue dans laquelle ils s'expriment... Reproche-t-on à Dostoievsky ou à Tolstoï d'avoir traité de problèmes de la Russie? ou à Victor Hugo d'avoir situé l'action de ses personnages en France? On a ce complexe de vouloir toujours expliquer ou critiquer par rapport au passé colonial de la France. Moi ce qui m'intéresse c'est que mon film sorte en Europe. Mon but est que mon oeuvre sorte dans les pays maghrébins, européens et africains. Si je fais un film pour qu'il sorte uniquement en France ce n'est pas intéressant car il faut savoir qu'en France, nos films sortent dans le ghetto. Ils sortent dans des salles d'art et d'essai. On appelle cela le ghetto. Ce sont des salles qui sont destinées aux amoureux de films méditerranéens, des pays de l'Est etc. Ils ne font pas le grand circuit des salles de cinéma. Gaumont n'a sorti aucun film algérien, pas même les films de Allouache,. UGC non plus. Ce sont des petits distributeurs indépendants qui s'occupent de la sortie des films dans le quartier Saint-Michel, Saint-Germain des Prés et dans les salles d'art et d'essai. Mes films sont passés par là aussi. Mais ils sont aussi passés sur France 2 et Canal +. Même le film de Sofia Djama, qui est passé dans les circuits des petites salles MK, n'est pas passé sur les boulevards, dans les grandes salles Gaumont et UGC. Moi, je ne voudrais pas seulement projeter mon film à la Cinémathèque algérienne, où le public, de qualité certes, est toujours le même.
C'est pour cela que j'insiste sur le rôle de la télévision parce que même un film médiocre y sera vu par un large public.L'objectif d'un cinéaste c'est que son film soit vu. Quand mon film Mektoub était passé dans l'émission Dossier de l'écran, avec un débat, sur France 2, en 1970, il y avait 11 millions de téléspectateurs qui étaient devant leur petit écran. selon les chiffres officiels. C'est énorme (il est vrai qu'il n'y avait que quelques chaînes!).
Désormais, au cinéma, ce qui est intéressant c'est qu'un film puisse être diffusé à travers l'Europe et pas dans un seul pays. C'est ca le point sur lequel j'insiste. Demain mon film, s'il sort dans le quartier latin, il fera à peine 15000 entrées, ce n'est pas avec ça que je vais gagner de l'argent. Le distributeur va prendre sa part, la pub et les salles aussi etc..: il ne me restera pas grand-chose. Ce qui est intéressant, c' est que le film soit diffusé à travers l'Europe!

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