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LEILA SHAHID HÔTE DES ATELIERS SAUVAGES

"L'Algérie, soeur jumelle de la Palestine"

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La nuit des idées a été l'occasion pour les Ateliers sauvages - espace cultuel, lieu de réflexion et d'échange mais aussi résidence artistique et galerie, le tout à la fois mélangé- de célébrer sa troisième année d'existence. Et quoi de mieux qu'une grande exposition pour exprimer par l'art mais aussi par les mots, le rôle «politique» que joue l'art contemporain dans l'éveil des esprits et des consciences? Pour en parler, la maîtresse des lieux, Wassila Tamzali affirmera dans ce sens qu' exposer tous ces artistes a une signification particulière pour elle: «Il s'agit d'abord pour moi de voir ce que j'ai pu faire en 3 ans de travail. Ce travail a une signification aussi sur le fond même de l'art. Car nous mettons des oeuvres en perspective et cela génère de la parole en étant ensemble. L'objet d'une manifestation comme celle-là c'est de mettre en synergie 98 oeuvres et une quinzaine d'artistes dont certains sont là. Et les autres ce sont des artistes qui viennent d'ailleurs. Car il est important de se confronter à l'ailleurs.» Présente à ses côtés, Leila Shahid, dont Wassila Tamzali ne tarira pas d'éloges (déléguée générale de l'Autorité palestinienne en France de 1994 à novembre 2005, puis, ambassadrice de la Palestine auprès de l'Union européenne, de la Belgique et du Luxembourg de 2005 à 2015 Ndlr), est aujourd'hui la présidente des amis de l'Institut du Monde arabe, à Paris. Ainsi, elle a institué cette année le Prix pour la jeune création arabe. Elle est aussi en train de transformer les étages de l'IMA en Musée d'art contemporain arabe. «C'est un énorme pas en avant pour l'Institut du Monde Arabe» fera remarquer Wassila Tamzali. A leurs côtés, enfin le plasticien annabi installé aujourd'hui à Paris où il poursuit des études en arts plastiques, Mounir Gouri. Ce dernier a été lauréat cette année aux côtés d'un autre artiste, marocain, du prix de l'Institut du Monde arabe. Les travaux de Mounir Gouri sont exposés d'ailleurs actuellement aux Ateliers sauvages dans le cadre de cette expo rétrospective qui se tiendra jusqu'au 9 février. Cette expo abrite en effet de nombreuses oeuvres aussi belles et surprenantes les unes que les autres. Elles sont déclinées en photos, peintures, dessins, installations et vidéos. Parmi ces artistes, on citera Mouna Benamani, Mahmoud Agraine, Lamine Sakri et Ryma Rezaiguiya, Adel Bentounis, Rezaoui, Hichem Merouche, Fouad Bouatba, Mustapha Benfodil, Sofiane Zouggar etc.

«L'art pour dire le politique»
«C'est la première fois que je vois le bébé de Wassila Tamzali, et c'est magnifique. Pourquoi magnifique? parce que ça met en lumière la jeunesse. Il y a tellement de créativité. C'est un bien, non seulement pour l'Algérie mais pour nous tous, pour l'humanité. ´´Il y a des moments dans la vie où il y a comme des lucioles qui illuminent´´, comme dit Pasolini et ce lieu est un essaim d'art. Ces artistes sont les vrais propriétaires du lieu.» Evoquant l'importance dans la prise d'initiative comme celles des Ateliers sauvages, Leila Shahid dira être aussi émue de revenir dans notre pays après 30 ans. «L'Algérie est la soeur jumelle de la Palestine.» Elle confiera qu'à sa retraite, elle est devenue la présidente de la société des amis de l'Institut du Monde arabe à la demande de Jack Lang. «Je côtoie l'institut depuis qu'il a été créé, il y a 30 ans. L'on veut transformer l'institut qui est un musée un peu islamique en un centre d'art moderne parce qu'il a reçu la plus grande collection d'art moderne arabe d'un génial galeriste qui a 1200 oeuvres des plus grands artistes arabes modernes. Ça va devenir ainsi le seul musée d'art moderne arabe.» Aussi, Leila Shahid évoquera le prix qu'elle a institué à l'adresse des jeunes artistes arabes qui répondent à un appel de candidature. «La seule chose qu'on leur impose c'est qu'ils fassent une oeuvre autour d'un sujet qui est celui de la grande exposition que l'IMA fait chaque année, au printemps, au mois d'avril.» Et de faire savoir: «Mounir Gouri va pouvoir aller à la Cité internationale des Arts à Paris pour poursuivre ses recherches dans ce lieu qui permet aux artistes de créer et d'occuper les lieux gratuitement.»

«Réapprendre à dire je»
Malgré le fait d'avouer être pessimiste quant à ce qui se passe en Palestine, Leila Shahid dévoilera son ressenti rempli d'affection pour ces jeunes artistes qu'elle considérera comme ses enfants, elle qui n'en pas eu, tout en les exhortant à rester toujours jeunes: «Il y a quelque chose d'extraordinaire chez ces jeunes artistes. Il y a comme une explosion d'hirondelles, de lucioles, on ne sait pas comment, qui viennent de partout. Nous avons des Palestiniens partout dans le monde aussi. L'expression artistique se veut être un meilleur moyen que le discours pour dire le monde. Je m'en félicite. Aujourd'hui, à 70 ans, je trouve que l'expression artistique vaut tous les autres discours. C'est aussi une manière d'enrichir le discours politique. Car il ne faut pas oublier que leur art est très politique.» Abondant dans le même sens d'idées, Wassila Tamzali expliquera que l'art contemporain, se veut être inscrit dans la contemporanéité c'est-à-dire «dans l'actualité de notre société et il s'apparente à un coup de poing qu'on reçoit dans le ventre», ceci pour dire que ce sont les sujets qui s'imposent souvent aux artistes pour traduire leur société de la meilleure façon qu'il soit et mieux qu'aucun discours politique. «Il y a une part obscure que j'ai constaté dans les oeuvres de la plupart des artistes qui ont exposé ici et notamment lors de la première exposition qui tournait autour de la déconstruction et qui renvoie à notre part d'ombre à nous, à notre subjectivité. Grâce aux travaux des artistes, nous réapprenons à dire «je»». Une très belle conclusion pour cette nuit des idées qui a vu défiler ainsi ces artistes dans une ambiance bon enfant pour parler de leurs oeuvres et leur attachement à l'art plastique et partant du beau et du bon pour leur pays.

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