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26E ÉDITION DU FESPACO

Le public au rendez-vous

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Alimata Salembré, première présidente du FespacoAlimata Salembré, première présidente du Fespaco

Nous l'avons rencontrée pour savoir si 50 ans après, justement, la situation et le statut de la femme au cinéma en Afrique ont changé...

Egalité et diversité dans le cinéma africain. 50-50 pour les femmes. La parité homme-femme est le thème d'une table ronde animée, hier, à l'Hôtel de ville à Ouagadougou. 50 ans d'imaginaires partagés, mais 50 ans après, aucune réalisatrice lauréate du Grand Prix de l'Etalon d'or de Yennanga! Alimata Salembéré fut, elle, par contre, la première présidente du comité d'organisation du Fespaco en 1969. Son engagement a été tel que tout le monde se souvient de cette grande dame. Son nom est revenu maintes fois, lors de la cérémonie d'ouverture. Lundi matin elle était présente au colloque portant sur comment «confronter notre mémoire et forger l'avenir d'un cinéma panafricain»...Nous l'avons rencontrée pour savoir si 50 ans après, justement, la situation et le statut de la femme au cinéma en Afrique ont changé...
Aujourd'hui, 50 ans après, (âgée de 76 ans), elle a commencé au Fespaco très tôt, car elle travaillait à la télé. Pour elle au Burkina, il existe encore des comédiennes qui refusent de jouer certains rôles, car ces derniers resteront collés à la peau et confondus avec leurs personnages. Un peu comme chez nous. «Les mentalités ont évolué, mais pas beaucoup», nous a-t-elle confié. Toutefois, le festival du cinéma de Ouagadougou continue à incarner un rêve. Celui de femmes et d'hommes investis d'une passion et obsédés par le manque d'images et de récits dans lesquels les Africains du continent et de la diaspora peuvent se reconnaître, s'identifier et forger leur conscience d'être. C'est tout le paradoxe qui prédomine en Afrique où l'on considère que le public n'est pas assez mature pour voir tel ou tel film.

Rafiki défraie la chronique
C'est le cas avec le film Kenyan Rafiki, interdit de projection et de diffusion au Kenya mais présenté dans la sélection long métrage en compétition au Fespaco. Une file d'attente interminable s'est créée lundi soir devant la salle de cinéma le Burkina. Ce film déjà projeté dans la section Un certain regard à Cannes était très attendu par les cinéphiles mais aussi par les simples curieux. Et pour cause! Interdit au Kenya, car il aborde le thème de l'homosexualité, qui est considérée comme un délit au Kenya et puni par la loi. Le public est venu toutefois se faire sa propre opinion et juger sur pièce par lui-même. Notons que Rafiki a été interdit car il inciterait, selon la loi en vigueur, à l'homosexualité, ce que nie la réalisatrice en affirmant être déçue. Réalisé par Wanuri Kahiu et sorti en 2018, Rafiki est le premier film kenyan à être sélectionné au festival de Cannes. Ce film est inspiré du livre Jambula Tree, écrit par Monica Arac de Nyeko et récompensé par le prix Caine 2007.
Rafiki raconte en effet une histoire d'amour lesbienne à Nairobi entre deux filles de parents concurrents, car ils se présentent tous les deux aux élections... L'un possède un simple magasin, mais il est généreux envers la population, l'autre est un homme d'affaires réputé pour être «l'homme de l'action». Kena la première fille née d'un mariage raté. Son père s'est remarié et il est sur le point d'avoir un garçon, chose qui est considérée comme une bénédiction. Un peu comme chez nous...Kena subit le drame du déchirement de sa famille et surtout celui de sa mère célibataire.

Elle tombe amoureuse d'une fille
Elle est aussi entourée de jeunes garçons et amis sans qu'elle veuille sortir avec l'un d'entre eux. Le comportement de l'un de ses potes avec la serveuse du resto qu'elle fréquente ne l'encourage pas trop. Kena joue au foot comme un mec. Seul un ami à elle veut l'épouser en la prenant comme elle est...Sauf qu'elle vient de tomber amoureuse d'une fille...De sortie en sortie, d'escapade en escapade, en boîte et ailleurs, ce qui aurait pu être une simple relation de copine entre deux adolescentes se mue en une histoire d'amour romantique. La réalisatrice parvient à filmer cette naissance du désir avec délicatesse et pudeur. Jamais dans l'excès ou le voyeurisme. Les gros plans sur le visage des actrices laisse entendre qu'elle les aime, ne veut pas les lâcher. Le public se fait complice à son tour de leur intimité, alors, quand elles se font prendre et tirées dans la forêt comme de vulgaires hors-la-loi, mais aussi tabassées, nous avons mal pour elles. Toute la salle est prise de pitié pour elles. Mais certains préfèrent même sortir bien avant. Rafiki donne à voir un film extrêmement beau et sensible au-delà du sujet traité, car l'image est d'une rare poésie et l'aspect urbain suggéré dans le film, est souligné bien comme il faut. Un film qui raconte avec justesse notre contemporanéité et l'actualité qui continuent à faire polémique en Europe, celle du mariage pour tous. Ce film pourra parler aux grands comme aux plus jeunes. Néanmoins, ce que l'on retient de ce long métrage est cette infinie tendresse qui s'en dégage. La sexualité de ces deux filles est suggérée par des baisers, des caresses, jamais frontalement. Et pourtant cela a suffi pour qu'une partie du public quitte la salle. Que se passe-t-il à Ouagadougou en ce moment? D'ailleurs, comment se fait il aujourd'hui que pour voir un film, si vous êtes une femme, vous devriez quitter vos amis pour vous mettre dans la file des femmes et si vous êtes un homme eh bien, il vous faudra partir dans la file qui vous échoit. En gros, une nette séparation entre les femmes et les hommes qui est imposée aujourd'hui et dont on ne se souvient pas l'existence lors des précédentes éditions du Fespaco.

Alger By Night...
Dans un autre registre mais qui permet de casser certains tabous en montrant des choses qui ne plaisent pas forcément à tout le monde, chez nous en Algérie est le film court métrage Point Zéro de Nassim Boumaza. Présenté en avant-première mondiale au Fespaco, ce film raconte les péripéties en 24 heures d'un jeune venu de Chlef, sur Alger, pour régler ses problèmes de paperasse mais qui se retrouve embourbé dans une suite d'événements d'un engrenage sans fin. Il lui arrivera plein de malheurs, même s'il l'on croit qu'il est enfin tiré d'affaire. Naïf, simplet, ce jeune homme atterrit à Alger en faisant la connaissance d'un SDF subsaharien. Il lui affirme qu'il se sent bien en Algérie et qu'il ne veut pas partir, car il n'aura pas le courage de recommencer sa vie à zéro. Puis à la wilaya et son ambiance anarchique, on lui demande de revenir le lendemain. Sans le sou, il n'a pas où dormir, il est agressé dans la rue et sauvé in extremis par un taxi clandestin qui le prend sous son aile. Une jeune femme qui vient monter dans la voiture, chamboule la donne, quand celle-ci oublie son sac dans la voiture et ce dernier, court le lui rendre dans une boîte à Riad El Feth. A l'intérieur, la caméra nous introduit dans un milieu fait d'alcool et de drogue mais de violence aussi...jusqu'à un point de non-retour! Le réalisateur qui a fait appel à une ribambelle de jeunes acteurs montants tels Idir Benaïbouche et Amira Hilda, fait participer aussi la jeune chanteuse Linda Blues qui interprète, à la perfection, son rôle de la femme aguicheuse en boîte.

Point Zéro
Décliné à la manière d'Alger By Night de Yanis Koussim, voilà encore un film dont on se demandera s'il pourra être projeté à Alger, en Algérie, sachant la mentalité très rigide et moralisatrice qui prévaut actuellement dans les hautes sphères des décideurs de la culture en Algérie. Après La feuille blanche de Nadjib Lamraoui, Point Zéro est le second court métrage algérien en compétition. Dommage que son réalisateur n'ait pu faire le déplacement, à cause de son billet reçu tardivement, d'ailleurs un des couacs enregistrés cette année au Fespaco est le non-envoi de certains billets d'avion aux invités participants et autres cinéastes, dont le film est pourtant en compétition.
Lors du colloque qui a mis l'accent sur la nécessité de l'archivage de notre cinématographie mais aussi des films de festivals, ce qui n'est pas toujours le cas, Claire Diao, journaliste critique de cinéma franco-burkinabé, a fait, à juste titre,entendre que même 50 ans après, à propos du Fespaco, «les déceptions sont toujours à la hauteur des attentes»...Toutefois, on se doit tout de même de souligner les grands efforts consentis malgré toutes les difficultés rencontrées dans l'organisation, eu égard à la situation sécuritaire au Burkina.

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