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26ÈME ÉDITION DU FESPACO : DES FILMS COUPS DE POING AU FESPACO 2019

La femme face à l'intégrisme...

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La femme face à l'intégrisme...

Un film comme l'on en voit souvent en Tunisie, qui mérite d'exister. un sujet délicat bien qu'il interpelle et ne laisse pas indifférent.

Deux films traitant de la montée de l'intégrisme dans les pays arabes ont été projetés dans la journée de jeudi. D'abord, un documentaire intitulé Au temps où les Arabes dansaient, du réalisateur marocain Jawad Rhalib. Que se passe-t-il. Pourquoi les temps ont changé et on demande aux femmes de se voiler, de ne plus danser, la musique est devenue interdite? Que faire alors de cet héritage notamment cinématographique qui a bercé notre enfance, notre jeunesse, de Samia Gamel, à Farid El Atrache, et toutes ces femmes que l'on voyait danser, à l'époque, libres de leur corps? Pourquoi la femme s'est-elle érigée, aujourd'hui, en diable? L'artiste devenu un pestiféré, le réalisateur tente de sonder le pour de ce Monde arabo-musulman qui verse de plus en plus dans l'intégrisme fondamental. Film frontal, radical, le réalisateur n'est pas passé par quatre chemins pour dénoncer ce fléau qui se propage comme la peste. A travers une série de témoignages, de femmes et d'hommes qui dansent, le film dit la résistance néanmoins, de certaines personnes qui continuent à s'adonner à la danse. Du Maroc, en passant par l'Egypte, l'Iran, le Liban, ou encore l'Algérie, ce sont divers portaits d'individus qui sont croqués. Hiam Abbas lit un texte en se prosternant devant Dieu en étant femme et fière d'elle-même. En Egypte, une professeure tente d'expliquer comment la danse orientale s'exerce, comment doit-on s'habiller pour ce faire, tandis qu'une autre explique le rapport solide qu'il y a entre la danse et la prière, dans le mouvement, le rythme, la lenteur du pas...Une autre, artiste iranienne de son état, monte une installation en s'inspirant de la vie de sa mère pour souligner les contradictions qui prévalent aujourd'hui dans sa société entre passé et présent. Un homme travesti algérien, évoluant aujourd'hui en France évoque la tolérance qui existait et continue à exister encore dans certaines familles en Algérie, si ce n'est la peur qui les pousse à se taire. En Belgique, c'est une pièce de théâtre qui prend en contrepoids le film de Michel Houellebecq, Soumission. Tout en dénonçant l'intégrisme, cette troupe de théâtre s'insurge néanmoins contre cette façon de penser l'islam en Occident, même si, sous couvert de la fiction. Le documentaire de Au temps où les Arabes dansaient, rend une franche position, il ne laisse aucune concession. Le réalisateur confie dans le film s'être posé diverses questions en le réalisant. Il se résout sur une chose, l'artiste a le choix car il est libre. Aussi, il est à l'image de cette femme qui aspire à danser, à se faire belle, à sortir se promener avec son mari. Le film qui passe d'un témoignage à un autre dévoile une réalité amère. La danse est le coeur du problème car liée au corps, que l'on veut cacher. Le réalisateur a de la rage au ventre d'autant plus que sa mère est une danseuse, chose très mal vue dans notre société. C'est pour comprendre ce phénomène de rejet qu'il s'est laissé tenter de faire ce film qui, bien qu'intéressant, nous laisse quelque peu sur notre faim. Dans une lettre lue devant l'assistance, le réalisateur fait savoir qu'il refuse de couper au montage certaines séquences comme il lui a été demandé dans certains festivals en Afrique du Nord. Notons que ce film documentaire donne aussi la part belle à la gloire de la poésie arabe à travers l'Egypte et son cinéma. Un cinéma qui a rayonné sur tout le Maghreb et a su inspirer d'autres artistes par la suite. L'image de Jawad Rhalib est belle. Elle est colorée, chaude, elle exprime le vertige de l'âme, cette soif de vivre, d'exulter, de rendre grâce à cet art exceptionnel qui, pour les soufis est un symbole d'unicité avec Dieu...la danse! Le réalisateur filme la sensualité, il l'a montrée. Elle est impudique, elle force le respect, capte l'attention. Dans un registre similaire est le long métrage-fiction Fatwa du Tunisien Mahmoud BenMahmoud. Ce film raconte l'histoire d'un père tunisien qui rentre de France pour enterrer son fils mort lors d'un accident de moto et découvre que ce dernier militait au sein d'un groupe islamiste radical. Il décide donc de mener une enquête pour découvrir les raisons derrière la radicalisation de son fils. Dans cette histoire il y a le père qui crève l'écran, mais aussi la mère incarnée par la belle Ghalia Benali. C'est elle qui reçoit une fetwa à cause d'un livre qu'elle a écrit pour tenter de faire prendre conscience à la jeunesse, des dérives de l'islamisme...Si le film n'évite pas les clichés, il arrive à s'en sortir par les ficelles d'un scénario bien mené, de bout en bout, même si l'on arrive parfois à deviner les choses, jusqu'au rebondissement fatidique où, là, la salle, sous le choc de la dernière scène, sursaute à l'unisson.
Un film comme l'on en voit souvent en Tunisie, qui mérite d'exister. un sujet délicat bien qu'il interpelle et ne laisse pas indifférent.

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