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LA FEPACI FÊTE SES 50 ANS AUX CÔTÉS DU FESPACO

"Une mémoire afin de construire le citoyen panafricain..."

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Durant le festival, l'on peut dire qu'elle n' a pas chômé. Loin s'en faut! Et pour cause, elle a eu à organiser une série de projections parallèles, de films restaurés.

50 ans après sa création et sa proclamation à Alger, durant la tenue du fameux festival panafricain, la Fédération panafricaine des cinéastes (Fepaci) est revenue au Burkina. Terre du Fespaco, la Fepaci est revenue au pays des Hommes intègres, tenir, du
20 au 22 février, son 10e Congrès et ce, à la veille de l'ouverture de la 26e édition du Festival panafricain du cinéma et de la télévision dans la capitale du Burkina Faso. Un signe fort, dirigé en faveur de tous les amoureux du cinéma du continent, mais aussi ceux de la diaspora.

Cheikh Oumar Sissoko réélu
Un congrès qui s'est soldé par la réélection du Malien Cheickh Oumar Sissoko à la tête de la Fédération panafricaine des cinéastes (Fepaci) par consensus. Les statuts et règlement intérieur de la Fepaci, l'élection du Conseil exécutif, l'ouverture du siège de la fédération, ont été entre autres, les activités de ce congrès de la Fepaci qui s'est tenu en marge du cinquantenaire du Fespaco. Même si la Fepaci a raté son rendez-vous l'année dernière avec l'Algérie, néanmoins, elle ne pouvait rater celui du cinquantenaire du Fespaco. Durant le festival, l'on peut dire qu'elle n' a pas chômé. Loin s'en faut! Et pour cause, elle a eu à organiser une série de projections parallèles, de films restaurés dans le cadre du partenariat entre la Cinémathèque de Bologne, la World Cinema Foundation et l'Unesco ainsi que des films restaurés «par d'autres voies.» Signé en juin 2017, ce projet commun porte le nom de «Projet autour de l'héritage et le patrimoine cinématographique africain».
Les films restaurés dans ce cadre sont Touki-Bouki, Hyènes et Parlons grand-mère de Djibril Diop Mambéty (Sénégal), Borom Sarret, La Noire de... Sembène d'Ousmane (Sénégal), The éloquent peasant et Al-Mummia de Shadi Abdel Salam (Egypte), Afrique sur scène et Lamb de Paulin Soumanou Vieyra (Sénégal), Alyam Alyam et Transes d'Ahmed El Maânouni (Maroc), Soleil O de feu Med Hondo (Mauritanie) qui vient de nous quitter, Muna Moto de Jean-Pierre Dikongue Pipa (Cameroun), Chronique des années de braise de Mohamed Lakhdar Hamina (Algérie), La femme couteau de Timité Bassori (Côte d'Ivoire), Wend Kuuni de Gaston Kaboré (Burkina Faso), Les baliseurs du désert de Nacer Khémir (Tunisie), Fad'jal de Safi Faye (Sénégal), Le destin de Youssef Chahine (Egypte), et enfin Hervest Year 3000 de Haile Gerima (Ethiopie). Rencontré à Ouagadougou, Aboubakar Sanogo, secrétaire général de la Fepaci, nous rappellera le rôle de cet organisme par la question de la préservation des archives, via la restauration en vue de rendre visibles et disponibles 50 oeuvres du patrimoine cinématographique africain, définies selon des critères historiques, artistiques et culturels.

Une vingtaine de films restaurés
A propos de Chroniques des années de braise, notre interlocuteur raconte avoir rencontré Lakhdar Hamina en 2017 à Alger, à l'occasion du colloque portant sur les archives filmiques. «Nous avons eu l'occasion d'aller rendre visite à M.Hamina à son domicile et nous lui avons parlé de notre intention de vouloir restaurer Chroniques des années de Braise. Il a immédiatement adhéré à l'idée et il a travaillé avec nous pendant six mois à peu près. Il a fallu d'abord identifier et savoir où était le négatif. On voulait aussi au départ mettre la main sur le film Le vent des Aurès, mais il nous avouera ne pas savoir où se trouver le négatif du Vent des Aurès. On a fini donc par se mettre d'accord sur Chronique des années de braise. Et là nous avons travaillé avec lui et son fils Tarek. On a sorti les éléments du laboratoire Eclair. On a dû payer le laboratoire pour faire sortir le négatif. En général, les labos vous donnent une facture à payer entre 1000 et 3000 euros, sinon le film ne sort pas. On a commencé à travailler dans les deux labos les images trouvées et à Paris et à Boulogne. Au moment de l'étalonnage, Lakhdar Hamina était invité à Paris pour assister et s'assurer de sa vision esthétique et politique.» A notre question «qu'allez-vous faire après le Fespaco?» Aboubakar Sanogo a indiqué: «Nous allons bien sûr continuer à restaurer les films à venir. On restaure pour faire voir. Nous sommes à cette phase-là. Nous souhaitons que chacun de ces films restaurés puisse être montré dans les 54 pays d'Afrique. Que le film de Lakhdar Hamina soit montré en Afrique du Sud, que Soleil, soit montré en Algérie etc. Que l'Afrique prenne en main sa destinée et sa mémoire cinématographique et que cette mémoire nous aide à construire ce que l'on appelle le citoyen panafricain. C'est cela notre projet.»
Notons que le Fepaci a tenu à mettre en place également des hommages qui ont été rendus avec projection aux professionnels disparus depuis 2017. Parmi ceux-là, on citera notamment feu le réalisateur tunisien, décédé l'année dernière, Tayeb Louhichi. Un cinéaste particulier dont le réalisateur burkinabé Gaston Kaboré, soulignera «la ténacité, l'énergie et la persévérance dans l'art» qui l'ont poussé à se surpasser et ce, malgré son accident qui a provoqué la paralysie de ses jambes. Présenté dans la grande salle, CBC, non loin du siège central du Fespaco, cet hommage s'est par ailleurs déroulé en présence de sa fille, Maya, qui affirmera, émue, que son père était souvent surnommé «le plus Africain des Tunisiens, alors que la Tunisie c'est en Afrique, ce qui nous faisait bien rire lui et moi...» Et de poursuivre: «Après son accident, survenu il y a 13 ans, le cinéma lui a sauvé la vie. C'est grâce à cette force, cet amour du cinéma qui lui ont permis de continuer à faire des films. Son parcours a été une leçon en tant qu'homme...»

Hommage à Tayeb Louhichi
Des mots tendres envers un père, un mentor, avant de céder la place à la projection du film, L'Ombre de la terre réalisé en 1982 par Taïeb Louhichi. L'histoire de gens qui vivent à l'ombre de la terre, dans une région désertique et frontalière du Sud de la Tunisie. Une famille de nomades, vivant dans un campement regroupant le patriarche, ses fils et ses neveux, est confrontée à la famine et aux maladies. Les fils se voient obligés de se rendre en ville, à l'étranger ou de s'engager dans l'armée. Le fils aîné étant mort à l'étranger, sa femme doit à son tour se déplacer vers la capitale pour récupérer son corps. Un film a découvrir ou à redécouvrir pour les amoureux du cinéma.

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