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ALIMATA SALAMBÉRÉ, PREMIÈRE PRÉSIDENTE DU COMITÉ D'ORGANISATION DU FESPACO

"Aujourd'hui on accepte mieux le métier de comédienne..."

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Alimata Salambéré a été la toute première présidente du comité d'organisation du Fespaco, en 1969. Son nom a résonné depuis le premier soir à la cérémonie d'ouverture du Fespaco 2019, le 23 février dernier jusqu'au 2 mars, à Ouagadougou. Le Fespaco de cette année qui fêtait son cinquantenaire ne pouvait se faire sans les pionniers qui ont porté haut la main le cinéma africain et l'ont hissé à travers le monde. Dans cet entretien qu'elle nous a accordé, elle revient sur l'évolution du Fespaco, mais du cinéma africain aussi et regrette que les mentalités n'aient pas beaucoup changé quant aux femmes comédiennes. Elle avoue, malgré l'évolution notable, qu'il reste néanmoins, des choses à améliorer, pour parfaire le Fespaco...


L'Expression: Quel regard portez-vous sur le cinéma africain d'aujourd'hui?
Alimata Salambéré:
Tout d'abord je ne crois pas qu'il y ait un seul cinéma africain parce que ça diffère selon les régions. Parfois même dans le même pays il y a des différences de conception et de sensibilités dans le cinéma. Je dirai qu'il y a des cinémas africains. Au bout de 50 ans cela a évolué bien évidemment sur le plan de la qualité technique déjà. On a commencé avec des films en double bande et il fallait de nombreuses grosses boîtes pour transporter un film, puis on est passé du 16 mm, au 35 mm, aux pistes couchées et maintenant nous sommes au numérique. Sur le plan technique il y a une très bonne évolution que j'apprécie. Maintenant les réalisateurs font des efforts vu l'émulation qui existe entre les cinéastes de différents pays, ça incite les cinéastes à mieux faire. La qualité évolue bien dans ce sens. Le politique est toujours là. Les cinéastes sont ce qu'ils sont. Les sujets de leurs films sont toujours accompagnés d'un aspect politique. Cela n'a pas changé.

Et comment évaluez-vous le Fespaco 50 ans après?
Je trouve qu'il a enregistré une très belle évolution. Tous ceux qui sont venus après, ont réussi à bien porter le Fespaco et l'emmener à un niveau tel que ce n'est pas encore parfait, ils le reconnaîtront eux -mêmes - mais on sent que les organisateurs font l'effort de donner le meilleur d'eux -mêmes encore et encore.

Qu'est-ce qui vous a poussé à adhérer au comité d'organisation du Fespaco en 1969?
J'étais jeune effectivement, mais je travaillais déjà en tant que réalisatrice à la télévision. C'était très proche du cinéma puisque de par ma formation, on nous apprenait à connaître le 35 mm comme le 16 mm, l'un pour le cinéma et l'autre pour la télévision à l'époque. Je vous dirai une chose: j'aime bien faire la cuisine et les réalisateurs ce sont des cuisiniers! Parce que vous donnez les mêmes ingrédients à trois femmes-partant de l'idée que ce sont les femmes qui font la cuisine- vous vous retrouverez avec trois repas différents. La réalisation c'est la même chose. Vous donnez un sujet à trois réalisateurs, ils sortiront avec leurs caméras respectives et vous ramèneront des oeuvres différentes.

Aujourd'hui, voyez-vous une certaine évolution concernant les comédiennes africaines, notamment burkinabées? il y a eu l'année dernière déjà ce livre, «Noir n'est pas mon métier». Qu'en avez-vous pensé? Et croyez-vous que les préjugés persistent encore concernant les comédiennes femmes?
J'ai bien aimé ce livre parce que, effectivement les femmes continuent à avoir dans tous les domaines, des difficultés pour s'imposer. En 50 ans ça a un peu évolué. Aujourd'hui, on accepte mieux le métier de comédienne alors qu'avant on prenait les femmes comédiennes pour des personnes légères. C'était très mal vu. Aujourd'hui, c'est beaucoup moins qu'avant. Mais, ce n'est pas tout à fait acquis. Même ici au Burkina Faso. Cela a un rapport surtout avec le rôle que la comédienne campe dans le film. Cela lui collera à la peau. J'imagine que cela se passe aussi même en Europe. Souvent l'acteur on le perçoit dans la vie en fonction de son titre dans le film. Vous savez, les mentalités ont besoin de temps pour évoluer. Ça ne peut pas changer comme ça du jour au lendemain. On a eu de bonnes comédiennes burkinabées durant ces 50 dernières années qui ont dû souffrir beaucoup de leur statut. Aujourd'hui, elles sont plus à l'aise avec. Mais ce n'est pas tout à fait fini. C'est une question de mentalité. Cela persiste encore un peu, y compris parmi la nouvelle génération. Il faut du temps pour que tout change.

Que devenez-vous, aujourd'hui, madame Salambéré?
Je suis à la retraite depuis de nombreuses années. Je suis dans mes 77 années. Vous avez bien vu lors de la soirée d'ouverture qu'on a montrée quand j'ai prononcé mon discours en 1969. J'ai commencé jeune car je travaillais déjà à la télévision. C'était mon métier qui est devenu une passion à partager aussi. Aujourd'hui j'essaye de transmettre et de parler quand on me le demande.

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