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«AGADIR N ROMA» ET «AMSEBRID»

Deux nouveaux romans en tamazight

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Deux nouveaux romans en tamazight

Le monde de l'édition du livre est en pleine expansion. Faut-il en douter quand on constate le nombre croissant de nouveautés qui ne cessent d'enrichir les étals des librairies?

Ce qui devrait le plus réjouir les lecteurs assidus de livres écrits en tamazight, c'est aussi et surtout le fait qu'après une phase de maturation ayant duré de longues années, où toute nouveauté en tamazight était presque systématiquement de la poésie, l'on assiste ces quelques dernières années, à l'émergence du roman dans cette langue devenue officielle depuis 2016, après des décennies d'ostracisme et d'exclusion. Ainsi, rien qu'en ce mois de mars, au moins deux romans en langue amazighe viennent d'être édités. Le premier roman est l'oeuvre du très prolifique écrivain Aomar Oulamara, devenu une véritable référence dans le domaine de l'écriture romanesque amazighe depuis une dizaine d'années, lui qui a eu à militer, avec abnégation et courage, pour cette langue durant les années du parti unique où tous les chemins de l'amazighité menaient inéluctablement en prison. Le roman dont vient de nous gratifier Aomar Oulamara, qui en est à son cinquième, s'intitule «Agadir n Roma» (Les remparts de Rome). Il vient d'être édité aux éditions Achab dont le gérant n'est autre que Ramdane Achab, un grand et ancien militant de la cause berbère, qui a passé toute sa vie à se battre pacifiquement pour la reconnaissance de tamazight comme langue nationale et officielle, et qui a décidé de couronner ce long et noble parcours en créant une maison d'édition dont la part du lion est consacrée au livre amazigh et à la culture berbère de manière générale. Aomar Oulamara publie ainsi un nouveau roman après plusieurs autres fictions écrites également en langue amazighe dont «Timlilit di 62», «Omaha Beach», «Talniallum, tagara n Yugurten» et «Akin i wedrar» ainsi que le récit historique «Iberdan n tissas» consacré au parcours de combattant de son père, Messaoud Oulamara, (publié également en langue française aux éditions Koukou). Dans ce nouveau roman, également historique, Aomar Oulamara raconte un épisode de l'histoire de l'Afrique du Nord avec notamment la guerre livrée par l'armée carthaginoise, pendant 14 ans, à l'armée romaine. A travers ce roman, Aomar Oulamara entend livrer un nouveau visage des combattants berbères ou plutôt amazighs durant cette période, du reste guère méconnue par les historiens. Le personnage central de ce nouveau roman de Aomar Oulamara est Hannibal qui fut un éminent stratège carthaginois. Le lecteur pourra, en lisant ce roman, découvrir en outre de nombreuses autres figures de proue de Tamazgha ou la Numidie, moins connues que les Jugurtha, Massinissa, etc. Par ailleurs, le second roman en langue amazighe, qui vient de paraître ces jours-ci, est intitulé: «Amsebrid». Il a été écrit par l'universitaire Chabha Ben Gana. Le roman est publié aux éditions «Imru», également spécialisés dans le livre en tamazight. Chabha Ben Gana, professeur au département de langue et culture amazighes de l'université Mouloud Mammeri de Tizi Ouzou, signe ainsi sa première tentative littéraire qui promet d'être suivie d'autres, puisqu'il s'agit d'une jeune auteure. Chabha Ben Gana confirme en outre que la gent féminine a désormais pignon sur rue dans le domaine de l'écriture littéraire en langue amazighe puisque la romancière Lynda Koudache, pionnière en la matière semble avoir fait des émules. En effet, Lynda Koudache, lauréate du prix Assia Djebar du meilleur roman en tamazight, a été la première femme à avoir «osé» écrire un roman en tamazight. Elle a d'abord publié son premier roman en kabyle intitulé «Aâchiw n tmes», avant d'éditer 10, années plus tard le roman «Tamachahouts tanegarouth» qui lui a valu le prix Assia Djebar. Après Lynda Koudache, d'autres femmes ont aussi mis la main à la pâte mais malheureusement deux parmi elles nous ont quittés prématurément. Il s'agit des romancières Dihia Louiz et Kaysa Khalifi, respectivement lauréates des prix littéraires Mohamed Dib et Yamina Machakra. Chabha Ben Gana, en publiant son premier roman en langue amazighe confirme ainsi que la femme a désormais investi de manière incontournable l'écriture romanesque en tamazight.

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