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C'EST SON CINQUIÈME ROMAN

"Tagrest urghu" de Amar Mezdad réédité

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Amar Mezdad est l'écrivain d'expression amazighe le plus prolifique et surtout le plus lu par les lecteurs amazighophones. Il représente la référence de tous les jeunes auteurs qui sont venus après lui. Mais il est également un modèle de persévérance d'un intellectuel qui a défié tous les obstacles au moment où tous les observateurs ou presque ne croyaient guère qu'un jour, l'écriture romanesque en tamazight allait connaître un tel essor. Le parcours de Amar Mezdad en faveur de la langue et culture amazighes se divise en deux époques. La première, celle du militantisme dans les rangs du Mouvement culturel berbère (MCB) durant les années de clandestinité. Puis, avec l'ouverture démocratique ayant succédé aux événements d'octobre 1988, Amar Mezdad a tenté un épisode très court dans le cadre de l'activité partisane. Il a ensuite vite compris que pour ceux qui se battent pour l'amazighité, l'heure était à la production littéraire car si un jour, le pouvoir algérien venait à reconnaître la langue amazighe (comme ce fut d'ailleurs le cas à partir de 1995), il fallait bien défricher le terrain. Amar Mezdad a alors décidé de troquer sa casquette de militant, sans y renoncer complètement bien entendu, contre celle d'écrivain. Il commence par rééditer son recueil de poésie «Tafunast igujilen» «La vache des orphelins» en 1991 au moment où la mobilisation pour la reconnaissance de tamazighité battait son plein après des décennies d'ostracisme injuste. Et c'est dans la foulée de l'euphorie ayant suivi naturellement les réformes politiques menées au lendemain d'octobre 1988 que Amar Mezdad écrivit son premier roman: «Id d wass» (La nuit et le jour). A l'époque, c'était un véritable défi que de songer à écrire un roman en tamazight car avant Amar Mezdad, les auteurs qui ont osé se comptaient sur les doigts d'une seule main. Il y avait bien entendu le premier roman en kabyle, à savoir «Lwali n wedrar» de Belaïd Ath Ali ainsi que celui de Rachid Aliche, «Fafa» sans oublier bien sûr «Askuti» de Said Sadi (réédité récemment par les éditions Frantz Fanon). Amar Mezdad a donc compris l'enjeu de se retrousser les manches et de tremper sa plume le plus loin possible dans sa mémoire, tout en s'appuyant sur son talent incontestable de narrateur, afin d'entamer une carrière de romancier en langue amazighe unique en son genre et qui a fait de lui le pionnier en la matière. Aujourd'hui, il a à son actif pas moins de cinq romans édités dont certains ont fait l'objet au moins de deux éditions car il s'agit de livres très prisés. Il s'agit de «Id d was» (1990), «Tagrest urghu» (2000), «As nni» (2006), «Tetilid ur dketchem» (2014) et «Yiwen n was deg tefsut» (2014). En plus de ces cinq romans, Amar Mezdad a également publié, durant sa longue carrière d'écrivain en langue amazighe, un recueil de nouvelles intitulé «Tughalin» (2003). Ce dernier a d'ailleurs été traduit en langue française en 2016 sous le titre: «Le retour». Après une absence des étals des librairies ayant duré plusieurs années, le roman «Tagrest urghu» vient enfin d'être réédité sur initiative de l'auteur ainsi que de la maison d'édition «Talantikit» de Béjaïa. Toujours animé par la fibre militante sincère qui a été la sienne durant les difficiles années de combat pacifique pour la langue amazighe, Amar Mezdad a décidé de mettre «Tagrest, urghu», qui est l'un de ses meilleurs romans, à la disposition d'un maximum de lecteurs en limitant son prix de vente à la somme très accessible de 250 DA, ceci au moment où le prix moyen des romans édités aujourd'hui est de 800 DA. On comprendra facilement que l'objectif et le souci majeur recherché par Amar Mezdad est de faire rayonner encore et toujours les lettres amazighes grâce à ses récits qui tiennent en haleine le lecteur de la première à la dernière page. Il a fallu dix-neuf ans pour que ce roman en tamazight soit enfin disponible pour la deuxième fois au niveau des librairies au grand bonheur des lecteurs fort nombreux de Amar Mezdad. Ce roman revisite l'une des pages les plus importantes de l'histoire de l'Algérie, à savoir la guerre d'indépendance. L'auteur emmène le lecteur dans les pérégrinations d'un groupe de maquisards de l'ALN (Armée de Libération nationale) qui vont de la région de Kabylie vers l'Est algérien afin de ramener des armes. En cours de route, l'auteur revient sur la vie des personnages du roman à l'image de Rabeh, Salem, Waâli, Muhend waâli... Le livre «Tagrest Urghu» fait redécouvrir la beauté de langue kabyle même à l'écrit. Il fait revisiter au lecteur le mode de vie durant la guerre de Libération nationale à travers des personnages issus de différents horizons sociaux, mais qui, tous, vont rejoindre les rangs de l'ALN pour libérer le pays du joug colonial français. Il a fallu quinze années pour que Amar Mezdad mette le point final à ce roman qui est peut-être son meilleur, du moins d'après ses lecteurs. Sa réédition ne peut donc qu'être accueillie avec bonheur par tous les férus de la littérature amazighe.

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