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«AT ABBÈS ET KOUKOU» DE OULHADJ NAÏT DJOUDI

L'histoire de la Kabylie ottomane revisitée

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L'histoire de la Kabylie ottomane revisitée

Contrairement à la guerre d'indépendance sur laquelle la production livresque est incontestablement des plus riches, l'histoire des autres périodes qu'a traversées l'Algérie n'a pas beaucoup suscité l'intérêt des écrivains, des historiens et autres auteurs. Les raisons du manque de livres sur l'histoire de la région de Kabylie, entre autres, sont par exemple liées au fait que s'agissant de périodes anciennes, par rapport à la guerre d'Algérie, le travail de recherche est de ce fait très long et éreintant. Ajoutons à cela l'insuffisance des références bibliographiques concernant un tel thème.

Un livre sur l'histoire de la Kabylie
A titre illustratif, concernant Tizi Ouzou et sa région, les livres qui en parlent, sont très rares. Celui réalisé par Mohamed Seghir Fredj reste la référence en la matière. Des décennies plus tard, un autre livre sur l'histoire de la Kabylie vient d'être édité aux éditions El Amel de Tizi Ouzou. Il s'agit de «At Abbès et Koukou, étude géographique et ethno-historique de la Kabylie ottomane». Oulhadj Naït Djoudi, l'auteur de ce livre de plus de 550 pages, est diplômé de l'université Lumière de Lyon 2, docteur en aménagement. il est titulaire d'une habilitation à diriger des recherches en économie spatiale à l'université Mouloud-Mammeri de Tizi Ouzou où il est, en outre, enseignant-chercheur au département d'architecture à la faculté du génie de la construction. Oulhadj Naït Djoudi revient avec moult détails sur la fondation des deux principautés kabyles des At Abbès et Koukou. C'est cette période de la fin du XVe siècle et début du XVIe siècle que dépeint l'auteur. Le règne des At Abbès et Koukou a duré deux siècles, rappelle l'auteur tout en précisant que l'une comme l'autre avaient lentement, mais assurément posé les jalons de pouvoirs dynastiques dans des contrées d'accès plutôt difficile au sein de populations parfois frondeuses. Comment a été fondée la qalaâ des At Abbès? Le premier chapitre du livre de Oulhadj Nait Djoudi est consacré à cette question où l'auteur se base sur pas mal de références bibliographiques dont l'incontournable «Histoire des Berbères» de Ibn Khaldoun. Le lecteur peut ainsi faire un voyage dans le temps en revisitant des pans entiers de l'histoire de Béjaïa en remontant à la période de la prise de Béjaïa par les Espagnols à partir de 1510 puis la fondation de la qalaâ des At Abbès dont l'origine, confirme l'auteur, demeure controversée. La qalaâ des At Abbès existerait, selon certaines références, bien avant l'avènement des Espagnols à Béjaïa. Du moins explique l'auteur: une forteresse abritait une garnison dûment établie qui avait pour mission principale de surveiller tous les mouvements et prévenir les menaces qui pouvaient à l'occasion peser sur la rive sud de la Soummam, la vallée par excellence et itinéraire combien déterminant à bien des égards.

Qalaâ des At Abbès
A partir de là, l'auteur se lance dans son «enquête» en se référant à plusieurs ouvrages afin de tenter de brosser le tableau le plus fidèle de tout ce qui a trait à la qalaâ des At Abbès. Parmi les historiens où s'est le plus ressourcé Oulhadj Naït Djoudi, concernant cette étape de l'histoire de la Kabylie des Biban, vient en tête El Merini Abou Ali Ibrahimi, notamment le livre de ce dernier intitulé: «Kitab el Adouani, ou exposé des événements qui se sont passés à Bougie» (traduit par L.C.Féraud). La deuxième partie est réservée au Royaume de Koukou en Grande Kabylie. Oulhadj Naït Djoudi précise que rien, à première vue, ne prédestinait la petite bourgade de Koukou à jouer un rôle singulièrement important dans l'histoire du pays kabyle: modeste elle est nichée au milieu d'une frondaison relativement dense. L'auteur précise en outre que la cité en question offrait à maints égards des conditions idéales de protection. «Sur ce plan, elle constituait véritablement un refuge inexpugnable. A son apogée, une muraille bastillonnée de deux milles mètres environ consolidait des défenses naturelles pour le moins déjà assurée», souligne Oulhadj Nait Djoudi, qui est par ailleurs auteur de plusieurs études historiques publiées dans des revues ou des ouvrages collectifs.

Portraits de personnalités marquantes
C'est le cas notamment de: «Le Royaume de Koukou» (le dictionnaire du passé de l'Algérie-de la préhistoire à 1962), «At El Kadi, roi de Koukou» (dictionnaire biographique de Kabylie), «L'exhérédation des femmes en Kabylie (revue Insaniyat), «Les Kabyles, les dimensions spatiales, économiques et sociales d'une communauté (revue d'histoire maghrébine), etc. Comme on peut le constater, Oulhadj Nait Djoudi n'a pas cessé de mener des recherches sur l'histoire de la Kabylie qui ont permis d'aboutir à cet excellent ouvrage qui est une véritable encyclopédie extrêmement détaillée et écrite avec un style des plus limpides. En plus des deux chapitres réservés au deux Royaumes des Abbès et Koukou, les deux autres chapitres suivants sont de véritables mines d'informations sur tous les aspects de la vie en Kabylie aussi bien historiques, géographiques, sociologiques, les traditions et coutumes (à l'instar de tichemlit, laânaya, tiwizi...). Le livre regorge également de portraits de personnalités ayant marqué l'histoire de la Kabylie à l'instar de Ahmed Oulkadi, les Mokrani, Si Amar Oulkadi, Sidi Hend Atounsi, Khairdinne, Sidi Amar Ben Ali Srir, etc. S'il y a bien un livre à lire pour connaître de fond en comble la Kabylie, c'est désormais celui de Oulhadj Naït Djoudi.
C'est un ouvrage de grande valeur à lire, mais à conserver aussi dans sa bibliothèque car le lecteur pourrait, de temps à autre, y jeter un coup d'oeil et c'est avec un réel plaisir qu'il revisitera cette riche histoire d'une Kabylie mythique et de personnalités tout aussi légendaires.

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