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«UN JOUR MA MÈRE REVIENDRA» DE RABÉA HACHEMI

L'enfance tourmentée d'une fille de maquisard

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L'enfance tourmentée d'une fille de maquisard

Pour un premier roman, on peut dire, sans risque de se tromper, que l'écrivaine Rabéa Hachemi vient de faire son entrée dans le monde littéraire de fort belle manière.

En plus du style d'écriture de Rabéa Hachemi qui est certainement succulente, il y a lieu aussi de mettre en exergue l'originalité de la trame de ce roman qui raconte une enfance d'après-guerre. En effet, l'auteure réussit à tenir en haleine le lecteur jusqu'à la dernière page de son roman. Il y a un mystère impénétrable et impossible à percer qui entoure l'un des personnages du roman de Rabéa Hachemi. Cette dernière fait sciemment entretenir et perdurer le suspense jusqu'au bout de l'aventure.

Une écriture captivante
Ce qui engendre une envie ascendante d'aller jusqu'à la fin de ce roman. Même s'il en est question très souvent, on ne peut pas dire qu'il s'agit d'un roman de la douleur. Car l'enfance de la narratrice est émaillée d'un certain nombre de moments de joie, parfois indicibles. C'est le cas, entres autre, des cinq premières années de sa vie. La narratrice, dont l'auteure a choisi de taire le prénom, a passé sa première enfance dans la grande maison de ses grands-parents maternels. Elle a coulé des jours heureux dans cette demeure où en plus de sa mère, sa soeur, son frère, sa mère, ses grands-parents, vivaient également des cousins et des cousines. Ses grands-parents et tous les membres de la famille la comblaient tellement d'affection qu'elle ne s'était jamais demandé où était passé son père. «Je croyais que 'jedd'' (grand-père) était le chef de la famille», a-t-elle lâché, toute surprise et émue, le jour du retour du père. Elle avait cinq ans. C'était le 5 juillet 1962, le jour de l'indépendance du pays.

La douleur du père
Le père était maquisard dans les rangs de l'Armée de Libération nationale (ALN). De la fratrie ayant pris les armes contre l'armée coloniale, seul le père est revenu vivant, les autres étant tombés au champ d'honneur. La douleur du père qui revient au bercail après une si longue absence est plus forte que la joie de retrouver sa femme et ses enfants. La narratrice s'en rend compte et elle ne comprendra cette réaction mitigée et inappropriée qu'après avoir su toute la vérité. Quand le père décide de plier bagage et de rentrer enfin chez eux, la déchirure et l'affliction de la fillette sont forts et profonds. Elle s'est habituée à la vie avec les grands-parents et la grande famille. Comment s'adaptera-t-elle à sa nouvelle vie? La présence du père constituera-t-elle un substitut à ce vide né subitement dans le coeur de la narratrice? Difficile, mais pas impossible. Un peu comme dans le mythique «Le fils du pauvre» de Mouloud Feraoun, Rabéa Hachemi dépeint la scolarité de la narratrice avec le moindre petit détail. D'ailleurs, l'école tient une place de choix dans ce roman. Les pérégrinations de la narratrice se déroulant dans l'enceinte de l'école sont au coeur de ce récit. C'est dire la place privilégiée et importante qu'occupaient l'école et l'instruction au lendemain de l'indépendance. La narratrice sera victime d'un accident qui se produisit dans la cour de l'école. Elle est clouée au lit pendant plusieurs semaines. Cet épisode est émouvant car la fillette souffrira et en sortira grandie toutefois.

L'enfant Mouhouche
Mais l'énigme de ce roman est ailleurs. Elle réside dans le personnage de Mouhouche, cet enfant étranger qui fait subitement irruption dans la famille de la narratrice. Cette dernière n'a jamais eu en odeur de sainteté ce petit Mouhouche dont elle ignore tout, y compris les raisons de sa présence permanente dans la famille. Mouchouche le lui rend bien puisqu'il lui gâchera pas mal de journées avec «l'art et la manière» qui sont les siens. Mais un jour, victime d'une agression sauvage qui a failli lui coûter la vie, la narratrice n'a dû son salut qu'à l'intervention prompte et efficace de Mouhouche. Cet acte héroïque de la part de Mouhouche métamorphosera miraculeusement et spontanément la nature de leurs relations. Une amitié solide naîtra entre les deux ennemis d'hier. Ils la partageront jusqu'au jour où le drame se produit. Ce jour-là, la mère est revenue, comme le suggère le titre du roman. Mais c'était trop tard.

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