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Tunis la bien gardée

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L’histoire de Tunis est passionnante à bien des égards. Bien que d’aucuns aient essayé, en vain, de la réduire à sa plus simple expression, cette histoire prend chaque jour davantage une revanche des plus significatives.

Livrant tantôt ses fastes, sa somptueuse civilisation, des personnages extraordinaires au raffinement et à la sagesse légendaires, confondant tantôt ceux qui ont voulu minimiser son rayonnement par rapport à Carthage ou Kairouan.
Dans Tunis la mémoire, un livre d´une excellente facture porté le plus souvent par de magnifiques documents iconographiques, Mohamed-Sadek Messikh rend un hommage appuyé à une ville qui le fascine tant par sa beauté que par sa détermination à survivre à toutes les tentatives de négation.
Un travail de titan que cet ouvrage que l´auteur a tenu à réaliser à la grande satisfaction des passionnés d´histoire comme des collectionneurs des photos anciennes. Tunis, écrit un de ses chantres, est une ville au charme discret et subtil: «Elle est comme une femme qui ne serait pas parfaite dans son ensemble, mais qui vous séduit par des détails attachants, par un charme indolent et qui devient si attachante que vous oubliez peu à peu tout ce que vous avez aimé avant elle.» De Tunis la Phénicienne à Tunis la bien gardée, Mohamed Sadek Messikh sort des sentiers battus pour dévoiler, au fil des images recueillies et des mots écrits, Tunis la prude.

Un éclairage captivant

Une ville que l´imaginaire du plus profane accueille dans toute sa splendeur à travers un passé caractérisé, on s´en doute, d´exploits légendaires et de règnes à la fois somptueux et prestigieux. Evénement majeur, s´il en est, dans l´histoire de l´édition maghrébine, Tunis la mémoire a le mérite singulier de proposer un éclairage captivant sur une histoire quelque peu occultée pour mieux restituer la position stratégique occupée par une capitale qui aura joué un rôle déterminant dans le concert des grandes villes méditerranéennes. Le résultat de l´itinéraire savamment et méticuleusement emprunté est tout simplement merveilleux lorsqu´il n´est pas fascinant.
En ne s´intéressant qu´au passé récent de cette ville, l´auteur de cet ouvrage de luxe n´a pas pour autant fui la difficulté ou choisi d´occulter des pans importants de la mémoire collective tunisienne. Loin s´en faut, vous opposera-t-il, particulièrement sûr de ses convictions. Il faut dire que l´histoire et son écriture ont toujours intéressé et passionné Mohamed Sadek Messikh qui, très tôt, a initié plusieurs tentatives en ce sens, se découvrant par la même occasion des prédispositions pour témoigner sur un passé qui l´intéresse au plus haut chef.
Son choix délibéré pour une période récente, l´auteur l´explique par le fait qu´il a, en sa possession, une merveilleuse collection de photographies et de cartes postales représentant Tunis du siècle dernier. Ainsi, c´est avec un immense plaisir qu´il invite le lecteur à le suivre dans ses promenades à travers la ville pour mieux lui faire découvrir ses monuments, ses souks et artisans, sa population cosmopolite, chère au cinéaste tunisien Mahmoud Benmahmoud, ses demeures et magnifiques palais. Autant d´arrêts sur image qui, souligne Mohamed Sadek Messikh, proposent la découverte d´un passé récent sur lequel Tunis a conquis son avenir.
Pourtant, c´est Rusicade (tour à tour Philippeville et Skikda), sa ville d´adoption, qui l´émerveillera en premier, lui offrant l´occasion inespérée de s´imprégner du mode de vie des Romains et d´être éclairé sur leurs méthodes de gouvernement, leurs croyances religieuses, leurs us et coutumes. Edition modeste s´il en est, Histoire ancienne et contemporaine de Skikda n´en reste pas moins un ouvrage très instructif qui permet à son auteur de présenter, sous un jour nouveau, la ville qui faisait partie, à l´époque, de la confédération cirtéenne, un petit Etat presque indépendant dont la capitale n´était autre que Cirta, la ville de Sidi Rached. Mais ce qui est remarquable chez cet auteur, c´est un peu et surtout l´intérêt qu´il accorde à la peinture orientaliste, un intérêt qui le mènera tout droit, au début des années 80, à envelopper d´une attention toute particulière tous les documents anciens en relation étroite avec l´Histoire de l´Algérie et de la Tunisie.

Une image indélébile

Une sorte de voyage initiatique allait lui permettre d´acquérir et de conserver des livres anciens, des cartes postales, des gravures et enfin, des photographies anciennes. La photographie ancienne occupera, dès lors, une place toute particulière dans ses préoccupations tant elle lui paraissait alors comme un document essentiel, une image indélébile qui renseigne quelque peu sur l´architecture, le costume et laisse entrevoir un mode de vie, tout en réveillant en chacun de nous une certaine nostalgie de l´Algérie et de la Tunisie..
Les photos anciennes sur l´Algérie sont pourtant rares, mais grâce à des recherches incessantes il arrive à en trouver, chez des libraires, des brocanteurs et autres antiquaires, ou à l´occasion de ventes aux enchères et de salons du vieux papier.Tunis la mémoire, c´est aussi un hommage appuyé à de pretigieux photographes comme Lehnert et Landrock dont les prises de vue et la mise en scène relèvent assurément de la beauté plastique de l´art orientaliste.
Auteur, par ailleurs, d´ El-Djezaïr, la mémoire, Mohamed Sadek Messikh soutient que l´Algérie a été énormément photographiée. Des images exceptionnelles ,datant de la seconde moitié du XIXe siècle, en restituent les contours dont quelques-uns, de très grande valeur, remontant aux années 1854-1855 sont jalousement préservées par ses soins. A ce jour, sa collection personnelle avoisine quelque sept cents photographies anciennes couvrant les sujets les plus divers: villes, villages, scènes et types, sans compter plusieurs milliers de cartes postales anciennes représentant un champ plus large.
Mohamed Sadek Messikh possède, en outre, près de 200 photographies anciennes sur Tunis. A ceux qui reviennent à la charge pour lui poser la question de savoir pourquoi cette ville, il répondra, souriant et détendu à la fois, que son choix est justifié par le fait que cette ville dispose d´un passé prestigieux, caractérisé le plus souvent par de nombreuses convoitises actionnées sempiternellement par les puissances qui régnèrent en Afrique septentrionale.
Assurément, la sortie d´un ouvrage de Mohamed Sadek Messikh est toujours un événement. Un rendez-vous auquel on se rend presque machinalement, tant le monde qu´il fait revivre est captivant, attachant et surtout instructif, avec ses conquêtes, ses luttes fratricides, ses légendes, ses images somptueuses. Des situations et des personnages auxquels on ne peut que s´identifier grâce à une mémoire retrouvée, à une lutte autant acharnée que palpitante contre la culture de l´oubli.

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