LES UNS ET LES AUTRES : CHEICK SISSOKO
De la fiction à la réalité
Pas moins de 84 partis politiques s’affronteront lors des prochaines élections présidentielles prévues en avril prochain au Mali. Mais le fait marquant qui mérite d’être signalé est l’entrée en lice d’une nouvelle formation politique que vient de créer le cinéaste Cheick Oumar Sissoko.
Faut-il être surpris pour autant? Loin s´en faut ! répondra l´observateur averti, tant ce grand réalisateur a, dans chacune de ses créations, le mérite singulier de proposer des passerelles inédites, les gestes et les urgences de l´Afrique qui touchent le regard des autres hommes.
Il y a, par exemple, dans La Genèse, le film ayant précédé Bàttu, quelque chose de moderne dans le discours et d´intemporel dans la forme, quelque chose qui va à l´essentiel et donne toute sa force à cette oeuvre magnifique.
C´est parce qu´il associe l´universalité du propos avec un profond ancrage dans la réalité africaine que ce film, primé à Milan en mars 2000 et présent sur la Croisette à Cannes la même année, constitue une étape importante dans le cinéma africain.
de proximité
et d´engagement
Sissoko en tire un sentiment de fierté, surtout que ce film se démarque totalement des grands péplums bibliques où le héros principal fait s´écarter les flots et parle à des buissons ardents. Tout en aspirant à
l´universalité, le réalisateur a préféré réduire le récit à l´essentiel, à savoir l´histoire de guerres fratricides qui déchirent les hommes et qui se perpétuent jusqu´à nos jours.
La filmographie de ce talentueux cinéaste investit plusieurs registres. Ce qui ne manque pas de donner une impression d´éclatement alors qu´une analyse minutieuse semble créditer celle-ci d´une rigoureuse cohérence. Une cohérence qu´il revendique absolument: «Il y a quelque part une certaine linéarité dans mon oeuvre cinématographique. Après les enfants dans Nyamanton, la femme dans Finzan ou la démocratie et le pouvoir dans Guimba, La Genèse aborde le problème des conflits entre différentes nationalités en Afrique et partout dans le monde. Je ne m´éloigne donc pas de mon itinéraire de cinéaste. Je traite des questions d´urgence dont le moins que l´on puisse dire est qu´elles peuvent constituer des entraves pour le développement de la société africaine.» A la question de savoir, sont-ce les seules raisons qui le poussent à faire des films, il vous répondra par l´affirmative. Car, de son point de vue, au-delà de ses rêves et de ses histoires intérieures, une mission s´impose à tout cinéaste africain. Celle d´immortaliser la réalité concrète, les façons de vivre, d´aimer, de se déchirer, de souffrir, de prendre du plaisir, de lutter, qui sont celles des sociétés africaines et que l´état du monde a quasiment écartées de l´univers des images. Est-ce l´unique exigence? Assurément non! vous lancera-t-il, sans la moindre hésitation: «A cause de leur rareté et des moyens financiers qu´ils demandent, nos films ne peuvent pas, me semble-t-il, se permettre le luxe de l´anecdote. Quand ils n´interviennent pas sur les urgences de la société, le public africain, qui dispose par ailleurs du flot d´images venues du Nord, éprouve une pénible frustration et se demande, sans doute à juste titre, à quoi ça sert?»
Bien qu´empreint d´universalité, La Genèse n´en reste pas moins un film de proximité et d´engagement. Il en est même la plus belle expression. Fondé sur cette proximité et cet engagement, il propose, en plus, des passerelles inédites pour que les gestes et les urgences de l´Afrique touchent le regard des autres hommes.
une passerelle obligatoire
Parce qu´il associe l´universalité du propos avec un profond ancrage dans la réalité africaine, je crois qu´il peut constituer une étape importante dans l´histoire du cinéma africain.
Dans l´oeuvre de Cheick Oumar Sissoko, le recours à l´universalité, comme c´est souvent le cas dans La Genèse, est loin d´être fortuit, surtout que sa version des chapitres 23 à 27 de la Bible rompt totalement avec la démarche anecdotique chère au cinéma africain: «Les sujets universels sont la passerelle obligatoire que notre cinématographie doit aussi emprunter pour s´imposer. Ce qui va certainement nous permettre de donner notre vision des problèmes de société parce que nous avons encore des valeurs à partager avec le reste du monde.»
A ceux qui ne sont pas loin de soutenir l´idée consistant à faire croire que La Genèse n´est pas un film sur l´Afrique, pas plus, en tout cas, que Les Dix Commandements n´est un film sur Hollywood, il répondra par: «A chacun sa lecture», faisant porter le plus souvent le chapeau à la somptuosité des costumes et des décors avant de faire remarquer à ses contradicteurs qu´il ne faut pas oublier que les problèmes du monde entier ont concerné l´Afrique et perdre de vue que notre continent est le berceau de l´humanité.
Est-ce pour cette raison aussi qu´il a choisi de mettre en scène La Genèse à travers les chapitres 23 à 27 de la Bible? «La Bible révèle que la fraternité a toujours été une fraternité de sang. La partie à laquelle vous venez de faire référence, en l´occurrence l´histoire des patriarches qui appartient aux trois grandes religions monothéistes, a été traitée très souvent par les cinéastes du Nord sans pour autant que ces films se soient attachés aux questions d´urgence. J´ai innové en la matière en m´attachant tout d´abord aux conflits qui existaient déjà à l´époque entre les communautés pour révéler que le monde a de tout temps évolué sur la base de semblables conflits.»
Le message véhiculé par le film vise une prise de conscience salutaire des différents groupes sociaux et autant de communautés. Il soutient aussi l´idée que la cohabitation entre les peuples est possible en Afrique pour peu que les hommes recherchent les liens de fraternité qui les unissent.
Une idée fondatrice qui n´est pas sans rappeler à notre bonne mémoire de cinéphile, une oeuvre majeure comme Guimba, justement consacrée, en 1995, au Festival panafricain du cinéma de Ouagadougou.
et insouciances des pouvoirs dominants
Le lien est même manifeste en ce que l´Afrique est un continent extrêmement riche où les errances et les insouciances des pouvoirs dominants ont parfois permis que des conflits mineurs aboutissent à des génocides et à des guerres tribales. Le cas du Burundi et du Rwanda est une aberration de l´histoire, une tragédie, et de telles tragédies risquent d´éclater dans le temps et dans l´espace.
Bien que tourné au Sénégal, à la suite d´une adaptation de La Grève des bàttu de la romancière sénégalaise Aminata Sow Fall, Bàttu s´intègre merveilleusement bien à la problématique à l´honneur dans l´oeuvre de Cheick Oumar Sissoko. S´inspirant d´un fait divers ayant eu pour théâtre l´attachante ville de Dakar, le film met en scène l´administration de cette localité. Soucieuse plus que jamais d´en découdre sérieusement avec les mendiants de la ville qui chahutent le devenir du tourisme local, cette administration va prendre le risque, bien entendu, de bousculer un des devoirs sacrés du musulman, la pratique de l´aumône.
C´est alors l´occasion rêvée pour le réalisateur de mettre à nu un système déliquescent, gangrené le plus souvent par des ambitions politiques démesurées, la superstition et le maraboutisme.
Un portrait impitoyable de la classe dirigeante que porte malicieusement une intrigue aux tons grotesques qui cache mal les propres ambitions politiques de celui qui peut être considéré, à juste titre d´ailleurs, comme un des réalisateurs parmi les plus militants de la cinématographie africaine.
Entre la fiction et la réalité, il n´y avait qu´un pas. Que Cheick Oumar Sissoko vient de franchir à la suite de la création d´un nouveau parti politique malien... Un parti qui porte le nom de Solidarité africaine pour la démocratie et l´indépendance ( Sadi ), et les espoirs trahis des acteurs influents du mouvement estudiantin du 26 mars 1991 qui avait aidé le général Amadou Toumani Touré à arracher le pouvoir des mains du général Moussa Traoré.

- LE PRÉSIDENT FRANÇAIS EN VISITE SURPRISE EN AFGHANISTAN
Hollande, pour un retrait «ordonné et coordonné» - GUERRE DE TRANCHÉES AU SEIN DU FLN POUR LA PRÉSIDENCE DE L'APN
Deux hommes pour un fauteuil - AGRESSION CONTRE LE PRÉSIDENT MALIEN
Trois responsables pro-putsch entendus - LES DEUX PRÉSIDENTS VONT SE RENCONTRER BIENTÔT
Bouteflika et Hollande prônent un partenariat d'exception - PROJET DE RETRAIT DE LA POLICE DES STADES
Que vise le général Hamel?







Réagir à cet article