61E FESTIVAL DE CANNES
La leçon française...
C’est une des rares éditions où le choix du jury a recueilli une adhésion sans réserve aucune.
Il y a quelque chose de rassurant dans ce palmarès, c´est ce signal, fort, émis, malgré les paillettes et les millions de dollars déversés chaque année sur les écrans du festival, pour tenter d´attirer l´attention des habitués de la Croisette sur ce qui s´est concocté, durant, à l´abri des regards...En effet, et même si la mémoire du festivalier est forcément sélective (trente années cannoises ça laisse des séquelles...), il n´est pas difficile de constater que c´est une des rares éditions où le choix du jury a recueilli une adhésion sans réserve aucune. Cela n´empêche pas les regrets, pour autant, ayant tous notre propre short list du palmarès...Que le film de Laurent Cantet Entre les murs, repêché de dernière minute, ait été le grand gagnant, est déjà un motif de grande satisfaction en soi.
Il confirme l´incroyable vivacité du cinéma français, qui croit toujours que la culture et les affaires peuvent aisément conclure un mariage de raison et de bon aloi.
Dans le pays qui a drainé plus de 20 millions de spectateurs pour aller voir Les Ch´tis de Dany Boon, on peut aussi faire des oeuvres avec peu ou pas de têtes d´affiche et forcer l´admiration de ses pairs et même faire se lever des centaines de critiques venues d´horizons divers, pour ovationner un film sans attrait apparent...C´est une véritable leçon que devraient méditer bien des cinématographies nationales, qui fonctionnent, le plus souvent, à vue.
Sans ambition et sans stratégie de diversification aucune. L´ambition, ou du moins l´abnégation était de mise, par contre, chez les vingt-quatre élèves du, biennommé, collège «Françoise Dolto», réputé «difficile» (sic) et situé dans le 20e Arrondissement parisien.
Le résultat est là: une fiction aux allures de documentaire et qui laissera bouche bée plus d´un festivalier qui sentait, au fil de la projection, qu´il était en train d´assister à un exercice de funambule, bien particulier, tant l´entreprise paraissait si risquée.
| Le palmarès |
Palme d´or : Entre les murs du Français Laurent Cantet |
Une fois la lumière revenue dans la salle et les ovations se faisant très insistantes, saluant, sans doute, outre le film, tout le travail d´atelier, en amont, que l´on devine sans concessions. «Ne rien dire, ne pas s´envoler dans le commentaire, rester à la confluence du savoir et de l´ignorance, au pied du mur. Montrer comment c´est, comment ça se passe, comment ça marche, comment ça ne marche pas. Diviser les discours par des faits, les idées par des gestes. Juste documenter la quotidienneté laborieuse.», ainsi François Bégaudeau (ex-enseignant, lui-même) et qui joue le professeur dans le film, résumait-il son livre-témoignage, auquel Laurent Cantet a su donner de la chair et des sentiments. Car il y a aussi et surtout beaucoup d´humain dans cette chronique d´une adolescence ballottée, entre les règles de l´école et celles de l´environnement immédiat.
Aucun pathos n´est développé, malgré l´opportunité que pouvaient offrir certaines situations pour le moins délicates, voire tragiques...Nous pensons, notamment à cette scène de conseil de discipline, et à cette caméra collée à cette maman africaine, qui, ne parlant pas le français, pouvait songer qu´il s´agissait d´une audience chez les juges des enfants, mais en comprenant le verdict, l´exclusion de son fils, se lève et tel un personnage in La Visite de la Vieille Dame glisse un «au revoir messieurs-dames», avant de s´éloigner, drapée de sa dignité intacte...Cantet filme cette femme africaine, comme une Barbara Hendrickx, telle une diva, avec respect et grâce...Le titre suggère un enfermement. Le film abat les cloisons, ouvre les fenêtres, fait circuler le courant d´air de l´intelligence, donc des doutes, allume la flamme du cinéma, qui mérite ici qu´on l´appelle cinématographe (...) A ce titre, ce film laïc et républicain se fout des races, des religions et des sexes, mais se soucie du bien commun. Ce que résume mezzo voce, un des élèves: «Je sais très bien ce que veut dire mais je n´ai pas les mots», souligne, à juste titre, un critique français. Entre les murs est à programmer assez vite sur les écrans algériens, il donnerait des idées aux enseignants et aux adultes, d´une manière générale «C´est plutôt un film à destination des vieux, si je peux me permettre. Il y a un discours sur la jeunesse qui est vieux comme le monde et qui a tendance à s´intensifier depuis quelque temps, à savoir: les jeunes sont cons, les jeunes jouent aux jeux vidéo, ils sont analphabètes, etc.», disait l´écrivain-acteur François Bégaudeau. Un point de vue communément partagé, un peu partout, hélas...

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