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SALAH MEKACHER, ÉCRIVAIN ET ANCIEN COMBATTANT

«Je raconte l’histoire de Tizi Ouzou»

Par
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Salah Mekacher, ancien combattant, vient de publier un deuxième livre très intéressant: Les Récits de la mémoire (éditions El Amel). Après un premier ouvrage qui a connu un grand succès auprès des lecteurs: Aux PC de la wilaya III, Salah Mekacher revisite la région de Tizi Ouzou sous de nombreux aspects: historique, culturel, géographique...C´est un homme cultivé et sincère qui nous a rendu visite à notre siège de Tizi Ouzou et nous a accordé cet entretien.

L´Expression: Dans votre premier livre vous avez raconté votre expérience au maquis. Vous revenez avec un second ouvrage qui touche cette fois-ci à plusieurs aspects de l´histoire de Tizi Ouzou et de sa région. Pourquoi ce besoin pressant de raconter et de témoigner?

Salah Mekacher: J´ai un message à transmettre aux futures générations d´Algériens. Ce message constitue la charpente du livre. La mémoire triomphe toujours de l´acier. A travers l´histoire de l´agglomération de Tizi Ouzou, j´essaye de démontrer que le Kabyle qui s´est réfugié dans sa mémoire a réussi à triompher de la force qu´il a vaincue. Je retrace, dans cet ouvrage, cet itinéraire à partir de la période prospère des Amraoua (XVIe siècle).
A l´époque, la vallée du Sébaou était fertile. On y produisait beaucoup. Il y avait même l´exportation de produits agricoles. Le matériau le plus précieux à l´époque était le bois. C´est avec ce dernier qu´on construisait des navires. Dellys constituait l´embarcadère. C´était le plus grand marché. Toute la production était dirigée sur Dellys. A l´époque, les Turcs étaient là uniquement pour prélever l´impôt en plus d´une présence militaire. Les Kabyles étaient administrés par les Amraoua Oufella et les Amraoua Bwada.

Pour écrire un tel livre, vous avez sans doute puisé dans une riche documentation...

J´ai utilisé des ouvrages académiques dans mon travail sur le chapitre «Bref aperçu historique». Pour le reste, c´est dans ma mémoire que j´ai tout puisé. J´ai utilisé les souvenirs de famille. Concernant la période de la guerre de Libération, j´ai employé ma documentation personnelle puisque j´étais à côté du colonel Mohand Oulhadj au PC de la Wilaya III.

Comment avez-vous structuré votre livre en sachant que vous brassez un large éventail de facettes de la région de Tizi Ouzou?

Le livre comprend quatre titres. Il y a d´abord la découverte de Tizi Ouzou puis l´aperçu historique. Mais les principaux titres sur lesquels est axé l´ouvrage ce sont les chapitres 3 et 4. Ces derniers parlent du recouvrement par l´indigène de sa dignité et sa préparation au combat pour la guerre de Libération. Cinq générations après la conquête, on ne pensait pas que l´Indigène allait se redresser. Quels sont les facteurs qui ont mené l´Indigène à se révolter? Le Kabyle indigène avait l´échine courbée devant l´occupant. Ce dernier ne lui permettait pas de se redresser.
Il y a eu des Indigènes qui ont été traduits en justice pour «outrage par le regard».
Les partis politiques avaient joué, certes un rôle, mais était-ce suffisant? Je dis, dans ce livre, quels ont été les éveilleurs. Il ne faut pas oublier que la puissance dominante humiliait à chaque occasion l´Indigène.
Les deux guerres mondiales ont eu aussi leurs conséquences. Juste après la Première Guerre mondiale, il y a eu le premier convoi de l´émigration. La France avait besoin de main-d´oeuvre. Après la Seconde Guerre mondiale, les Algériens constataient que leur colonisateur humiliant a été vaincu et humilié à son tour. Ceci avait constitué une source d´encouragement pour les Algériens.

Vous avez illustré votre livre de plusieurs photos inédites. Quelle est la source de ces photos?

J´ai utilisé ma propre documentation. J´ai été aidé par l´association des scouts de Tizi Ouzou. L´objectif est d´illustrer mes propos avec une légende adéquate. J´ai mis des photos de l´ancienne ville de Tizi Ouzou, des photos sur le traitement de la figue et sa commercialisation, des photos des scouts et des clubs sportifs car c´étaient des espaces occupés par l´Indigène dans le cadre de la guerre de Libération nationale. Je voulais illustrer le sacrifice de la jeunesse de la ville de Tizi Ouzou.

Pour écrire votre livre, avez-vous recueilli des témoignages de vos anciens compagnons de combat?

Il y a, bien sûr, des compagnons de lutte qui m´ont rafraîchi la mémoire à l´instar de Hammoutène Rahim, (secrétaire au PC de la zone 4) car je raconte entre autres, l´affaire de la ferme Pruvost (à Oued Aïssi) qui a eu lieu en 1960 au lendemain du discours du président du Gpra Ferhat Abbas, qui s´adressait à la communauté européenne d´Algérie pour la rassurer sur la sécurité et la protection de ses biens.

Dans la partie consacrée à l´histoire, avez-vous puisé des informations dans le livre de l´historien de Tizi Ouzou, Moh Seghir Fredj?

J´ai lu le livre de Fredj que j´ai énormément apprécié. Dans cet ouvrage, je me suis surtout renseigné sur l´aspect historique de Tizi Ouzou. J´y ai puisé plusieurs informations. Ce livre m´a été d´un grand secours.

Pensez-vous qu´il y a suffisamment de livres sur la Guerre d´Algérie?

Il y a eu beaucoup d´écrits surtout du côté français. C´est avec l´arrivée de Bouteflika que l´édition s´est ouverte chez nous. Maintenant, on écrit ce qu´on veut. C´est déjà un pas considérable. Mais la production livresque reste tout de même timide. Aujourd´hui, la mémoire commence à être défaillante. Des témoins ont disparu et une documentation importante a été récupérée par l´ennemi.

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