Lounès, tu déranges
Lounès, mort depuis vingt ans? Mais non! Il vit encore. Il est encore parmi nous. La preuve: il dérange encore. Lounès ne cesse de remuer nos âmes sereines. Il ne cesse de tanguer les idées reçues. Ses paroles sont comme cette tempête qui rompt la monotonie bleuâtre de l´infinie étendue céleste algérienne. Lounès est encore parmi nous. II dérange notre rêve amorphe.
La poésie hétéroclite de Matoub déstabilise les ordres établis. Elle agite le sommeil de notre conscience domptée par la fatalité. Lounès refuse la soumission et la résignation. Dans sa poésie, le poète n´a pas hésité à reprocher à la force divine sa Loi implacable, Lounès n´a pas manqué de décrier les infortunes de l´amour. Il n´a jamais cessé de mettre dos au mur les définitions communes. Les limites entre l´amitié et la traîtrise, dans le verbe de Lounès, disparaissent comme par enchantement. II n´a jamais hésité à torpiller les consciences des amis et des ennemis. Mais, à quelle fin? Tout ça, mais sans mépris. Lounès ne prenait aucune distance par rapport aux choses. II les vivait en toute âme. II était heureux; il était malheureux au gré des circonstances. Il était vivant, quoi. L´amour de Djamila, c´était l´amour de cette Algérie espérée, à chaque fois, fugace. C´était l´amour de Nedjma pour Yacine. Le caractère indomptable de Matoub rappelait un certain Serge Gainsbourg, rebelle à toute régie de bienséance gauloise. Lounès nous fuyait comme le sable entre les doigts. Il était insaisissable. Lounès était le lever de soleil. Mais, promptement, devenait son coucher rougeâtre. Il se révoltait quand la fatalité drapait de sa quiétude les supplices de ses montagnes enneigées de Kabylie. Il décriait l´infortune cyclique de son Algérie millénaire dans ses rêves les plus profonds. Lounès Matoub n´est pas mort, il est juste quelque part. Il est juste dans un détour de notre vaste sommeil. II va revenir déranger notre sommeil. Il va revenir harceler notre conscience soûlée par des grappes de mots enchanteurs et de perles roses enivrantes.
Lounès, tu ne laisseras jamais dormir la conscience algérienne, n´est-ce pas?

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