63E FESTIVAL DE CANNES
Une Palme animiste!...
Le Grand prix du jury pour Mathieu Amalric et Xavier BeauvoisCette année, Cannes a consacré des propositions cinématographiques misant sur l’originalité.
«Le jury a toujours raison car c´est son coeur, c´est sa subjectivité qui parlent», dixit Asia Argento, en remettant un Prix lors de la cérémonie de clôture. Soit! Alors ne commentons pas plus la décision de Tim Burton et des autres jurés de décerner la Palme d´Or à «Oncle Boonmee, celui qui se souvient de ses vies antérieures», du Thaïlandais Apichatpong Weerasethakul. Un ami n´en démord pourtant pas suggérant que Tim Burton a dû mettre, pour ce faire, une chemise jaune!...
Pourtant, on aurait bien voulu argumenter ce choix, ayant été littéralement subjugué par son Tropical Malady, Grand Prix du Jury, en 2004. Mais, à l´image des trois quarts des critiques qui ont assisté à la projection de presse, nous avions dû quitter discrètement la salle (l´unique fois de tout le festival!) ayant eu la bizarre impression de faire du surplace sur le seuil de l´univers de ce cinéaste, charmant au demeurant. Et apparemment, les distributeurs ont eu à faire au même écueil, puisque, à quelques heures de proclamation des résultats, Oncle Boonmee n´avait pas trouvé preneur en France...
La deuxième surprise, à qui l´on trouverait par contre nombre d´explications, tant la linéarité du film est confondante, c´est celle qui est revenue au Tchadien Mahamat Saleh Haroun, lauréat du Prix spécial du Jury avec Un homme qui crie. Enfin une bonne nouvelle pour le Tchad!
Des hommes et des dieux de Xavier Beauvois, donné gagnant depuis sa première projection, était bien au rendez-vous final.
| Palmarès 2010 |
Longs métrages Oncle Boonmee celui qui se souvient de ses vies antérieures de Apichatpong Weerasethakul Des hommes et des dieux de Xavier Beauvois Mathieu Amalric pour Tournée Lee Chang-dong pour Poetry Juliette Binoche dans Copie conforme réalisé par Abbas Kiarostami Javier Bardem dans Biutiful de Alejandro González Iñárritu, Elio Germano dans La Nostra Vita de Daniele Luchetti Un homme qui crie de Mahamat-Saleh HarounCourts métrages Chienne d´histoire de Serge Avédikian |
Et c´est tant mieux! D´une certaine façon, c´est une image de la tolérance de l´Algérien de la rue et son acceptation de l´Autre qui a aussi été mise en évidence, face aux moines du monastère de l´Atlas qui sont donc allés au bout de leur passion pour l´humain, jusqu´à partager le danger que faisait peser sur eux et aussi sur tous les Algériens, la horde terroriste, assoiffée d´intolérance et de sang des innocents. L´Algérie sera peut-être de retour à Cannes avec le prochain film de Patrice Chéreau, tiré du très beau roman de Laurent Mauvignier, Des Hommes. A moins que, d´ici là, Beauvois ne mette en chantier son projet d´adaptation du récit de Noël Favrelière Le Désert à l´aube, un des plus beaux témoignages sur la résistance de l´ALN durant la guerre de Libération nationale, vu du côté d´un soldat français qui a déserté avec son prisonnier algérien...Favrelière avait été, à l´époque, condamné à mort deux fois! Mais ne brûlons pas les étapes, et laissons au cinéaste français le temps de savourer sa consécration. Son compatriote aussi, le très «space» Matthieu Amalric, a eu aussi de quoi se réjouir, lui et ses charmantes artistes, bien en chair, adeptes du genre new burlesque, le Prix de la mise en scène.
Juliette Binoche, elle, déjà «oscarisée» pour Le Patient anglais, a réussi le pari fou de faire admettre ce conte persan adapté aux lumières toscanes, où s´entremêlent le vrai et le faux pour ne plus faire qu´une pièce! «Ta caméra m´a réveillée à ma féminité, à mes complexités, à ma générosité», dira Binoche à son réalisateur Abbas Kiarostami, n´omettant pas à l´occasion de rappeler la détention dans une prison iranienne de Jafar Panahi qui a entamé, depuis, une grève de la faim. Panahi, rappelons-le, a été arrêté, en réalité, pour son soutien à l´opposition iranienne qui avait fait campagne contre Ahmadinejad lors de la dernière présidentielle...
La politique était aussi présente dans le rappel fait par le lauréat masculin, l´Italien Elio Germano (Nostra Vita de Daniele Luchetti) qui a rappelé la «beauté de son pays, malgré sa classe dirigeante»...
Le corécipiendaire de ce Prix d´interprétation masculine, l´Espagnol Javier Bardem, n´en a pas dit autant laissant sans doute la tâche à son réalisateur mexicain Inaritu d´en faire la synthèse, et à sa façon, dans Biutiful, qui dévoile Barcelone, celle des harraga et des laissés-pour-compte, loin de la ville du Barça ou de la Sagrada Famila. Cette année, il semble bien que Cannes a consacré plus que tout, des propositions cinématographiques misant sur l´originalité avant tout. C´est la loi des festivals compétitifs. «Dura lex, sed lex», (Loi dure, mais c´est la loi) aurait dit alors, un illustre compatriote de Rachid Bouchareb, l´Algérien saint Augustin...

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