L’ENFANT DE KABOUL DE L’AFGHAN BARLAK AKRAM
Le soleil après les ruines
Scène du film L’Enfant de KaboulCe long métrage de 1h37 est à l’affiche à la salle El Mougar jusqu’au 21 juin, à partir de 14h.
Apres avoir été projeté en octobre dernier dans le cadre des Journées cinématographiques d´Alger qu´organise annuellement l´association A nous les écrans, le long métrage L´enfant de Kaboul, du réalisateur afghan Barlak Akram, passe à la salle El Mougar. Le film est une descente aux enfers dans l´Afghanistan de 2007. Un mémoire sur cette société détruite que le réalisateur a voulu montrer au monde entier, lui dont la famille y vit encore. C´est l´histoire d´un chauffeur de taxi, Khaled, un homme d´apparence instruit et ouvert, -marié à une veuve avec 4 filles- qui embarque une femme dans sa voiture sans savoir qu´elle lui a laissé à l´arrière, un bébé. Et c´est là que les problèmes commencent. Ballotté entre la police et l´orphelinat, personne ne veut s´occuper de cet enfant. La quête pour retrouver la mère de l´enfant s´avère vaine. Le film se présente comme un road-movie dans ce pays hostile, l´autre personnage principal du film comme voulu par son auteur.
L´histoire de ce bébé n´est qu´un prétexte en fait pour dénoncer le marasme social que vit le peuple afghan aujourd´hui. L´orphelinat dans lequel va se rendre Khaled, ne veut pas de ce bébé. L´état délabré de cette infrastructure témoigne de la décrépitude du pays et la déliquescence de son administration. Le film dévoile aussi l´extrême pauvreté du pays qui accule des enfants à mendier quand les droits des femmes sont déniés depuis longtemps et qu´elles sont battues par leur mari. Khaled fera connaissance de deux représentants d´une ONG française, qui proposent de donner 100 euros à la fille qui reviendra récupérer son enfant. Dilemme. Plusieurs femmes se présentent. «Le sucre attire les mouches», dira ce représentant de la radio de Kaboul. On retrouvera la véritable mère grâce à un signe distinctif: un grain de beauté sur la cheville. La fille a 16 ans, son fils s´appelle Messaoud et elle Malalai, clin d´oeil évident au commandant Messaoud, assassiné en 2007. Le nom de la fille est un clin d´oeil à cette «icône de la résistance afghane qui a mis les Anglais dehors», fera remarquer le réalisateur, présent pour cette avant-première à Alger. Répondant aux questions du public lors du débat, Barlak Akram dira avoir voulu faire un film presque documentaire sur sa ville natale et la présenter telle quelle, c´est-à-dire «dévastée et ravagée par la guerre. Dans 50 ans, ce sera un film d´archives. Kaboul est un personnage central dans le film au même titre que l´enfant».
Et de renchérir: «Je voulais montrer un Kaboul détruit comme dans un état amoureux. Car c´est à ce moment-là que le soleil peut entrer comme dirait le poète Djalal Eddine Erroumi...» Pour info, le comédien qui joue Khaled travaille la matinée à l´aéroport de Kaboul et l´après-midi en tant que chauffeur de taxi. Le bébé est véritablement son enfant. Ce qui a facilité le tournage au réalisateur.
A propos de cette fille-mère dans le film, son histoire n´est jamais dévoilée: a-t-elle été violée ou fait l´objet d´un mariage forcé, son histoire comme son identité restent cachées jusqu´à la fin du film. C´est ainsi qu´a voulu le réalisateur la fin de son film, c´est-à-dire ouverte afin de donner la possibilité au public d´interpréter la fin à sa guise et trouver des réponses à ses questionnements. «Ce n´est pas un film misérabiliste. C´est un long métrage qui a véhiculé aussi un espoir, clin d´oeil apporté par la symbolique de Messaoud et les oiseaux qui s´envolent...».
L´histoire touchante de cette petite famille qui mange à la lumière sombre d´un quinquet n´omet pas de tracer les contours de l´histoire politique du pays que le peuple vit au quotidien jusqu´à en devenir «accro» comme une drogue. «Peut-on se défaire facilement d´une guerre qui dure plus de trente ans? s´est demandé Barlak Akram. «Comme un brasier, le feu reprend au moment où on croit qu´il s´est éteint.»
L´histoire est un éternel recommencement et son pire ennemi est l´homme. Le réalisateur qui a fait appel à des techniciens iraniens pour mieux se fondre dans le décor naturel et réel de Kaboul, a annoncé qu´il sollicitait des Algériens pour travailler avec lui sur ses prochains films. Avis aux amateurs! L´enfant de Kaboul est à l´affiche à la salle El Mougar jusqu´au 21 juin à partir de 14h. Il restera à l´affiche probablement jusqu´au 30 juin.

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