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AZZEDINE MIHOUBI À L’EXPRESSION

«Le monde vit une guerre froide culturelle»

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Le nouveau directeur de la Bibliothèque nationale d’El HammaLe nouveau directeur de la Bibliothèque nationale d’El Hamma

Après une première édition en langue arabe publiée grâce à l´association El Beyt, Confessions d´Assekrem se voit réédité en langue française aux éditions Casbah. Son auteur, Azzedine Mihoubi, nous parle de son roman à tiroirs mais aussi des missions et projets qui l´attendent au sein de la Bibliothèque nationale d´El Hamma suite à sa nomination en qualité de directeur général de cette institution.

L´Expression: Vous venez de publier un roman intitulé Confessions d´Assekrem aux édition Casbah. Peut-on savoir pourquoi Tamanrasset?

Azzedine Mihoubi: C´est la traduction en fait du livre qui est sorti en 2009 en langue arabe. Cette version a été traduite vers le français par Mhena Hamadouche. Elle a duré environ neuf mois. Après, les éditions Casbah ont accepté de faire cette première édition. L´idée de ce roman date de 2004. C´était une écriture interrompue, vu les fonctions que j´assumais à l´époque. En 2007, j´ai monté les deux premières parties. En fait, c´est un roman à tiroirs composé de six sous-romans. Chaque confession correspond à un roman. Cela se passe dans un hôtel à Tamanrasset mais chacun raconte sa vie.
En 2009, j´ai fini par le publier en entier. La partie intitulée Tora Bora parle du parcours d´un Algérien parti d´ici pour rejoindre l´Afghanistan. Après, il se retrouve à Guantanamo. Cette partie a été traduite en anglais. Tora Bora est l´endroit où se cachait Ben Laden. Il faut lire ce roman.

Ce roman parle de l´actualité tout en se projetant vers le futur...

Ce n´est pas de la science-fiction. L´idée est un peu surréaliste mais elle contient du réalisme. Cela se passe en fait en 2040. Et je m´imagine Tamanrasset comme Abou Dhabi avec ses grands buldings et ses riches investissements. Elle devient une ville métropole, nouvelle, très fréquentée par plusieurs nationalités. Les Européens, les Américains, les Asiatiques etc. Elle devient attractive. Je la vois avec des courses Rally de Tin Hinane, des aéroports, des hôtels, dont celui dans lequel se déroulent les évènements de ce roman.
Un homme d´affaires au nom d´Osman construit cet hôtel et l´appelle Askrem palace. Ce monsieur fait partie des fidèles de Charles De Foucauld, prêtre français enterré là-bas. Il a été tué par les Touareg en 1916. c´est lui qui a fait le premier dictionnaire en langue Tamachek, des Touareg. M.Osman le voit donc comme le prophète du désert. il construit un hôtel et la veille du Nouvel An, il organise une série de confessions avec ses locataires. Chacun racontera sa vie entière. C´est un roman de mondialisation. si tu fais un roman sur El Harrach, c´est à Alger, Constantine c´est un quartier en Algérie, si tu fais un roman sur l´Algérie cela englobe le monde. Ce sont donc des cercles qui s´élargissent. Je suis arrivé à faire un roman «mondialisant» car les personnages sont un Espagnol, un Français, une Japonaise, un Targui notamment. Ce n´est pas un roman futuriste. Cela existe en 2040 mais les faits racontés datent d´avant. Dans le roman Tora Bora je décris comment les Afghans ont vécu les événements du 11 septembre sous le diktat des taliban. Ce livre n´est pas venu comme cela. Il y eut beaucoup de lecture et de recherche. Ce roman parle effectivement de notre tragédie nationale mais aussi du patrimoine des Touareg, comment ils vivent la modernité etc. Le traducteur a réussi son travail...

Comment vous est venue l´idée de construire ce roman à tiroirs, pourquoi cette démarche un peu incongrue?

Je lis beaucoup et très peu de littérature mais plutôt des ouvrages liés à la politique. Je constate que le monde vit une guerre froide culturelle. On la vit actuellement. Les conflits qui existent aujourd´hui sont à caractère culturel, à savoir sur le plan linguistique, historique, etc. des conflits peuvent avoir un couverture politique mais leur fond c´est autre chose. Il ne faut pas qu´on joue un second rôle. Il faut qu´on ait une participation active et importante dans le monde.

Et en tant qu´écrivain?

Je crois que le livre en Algérie commence à occuper sa place. Pour preuve, le nombre grandissant des éditeurs, sinon ils travailleraient tous à perte. Ce qui n´est pas le cas. Le livre n´est pas un fruit à consommer en une journée. Il prend son temps, il dure, il faut le savourer. Car son résultat vient sur le long terme. Comme cet ouvrage, vous pouvez mettre une semaine à un mois pour le lire. Il contient plusieurs prophéties qui peuvent arriver que je peux énumérer. De 2011 à 2040 peuvent arriver des guerres atomiques etc., ceci arrive par ta lecture et ta propre recherche et les approches que tu peux faire sur un plan géostratégique. Le roman brasse plusieurs sujets notamment politique, historique, philosophique, religieux, poétique. Tout.

En tant qu´homme rompu aux choses politiques, le monde va très mal et il ira en empirant. Votre avis?

Plus la mondialisation se resserre par en haut, plus cela se fissure par en bas. Il n´y a qu´à voir ce qui se passe au Soudan, en Yougoslavie. Le monde se dirige vers de nombreuses crises. Ces énergies atomiques qui sont emmagasinées, où vont-elles aller? Elles tomberont un jour entre des mains malintentionnées...Aujourd´hui, le savoir est facile à obtenir. On peut imaginer les pires catastrophes et scénarios. Je pense qu´aujourd´hui, le sens du mot sécurité a changé. Nous vivons aussi des guerres de l´information.
Certains disent que les guerres porteront bientôt sur l´eau, d´autres parlent de l´énergie, etc. Mais il reste les guerres du savoir et le vol de la connaissance. Là où il y a de la matière grise, elle est volée et exploitée. Je pense que les guerres vont être terribles et porteront aussi sur la sécurité des valeurs, de l´identité, des libertés et non pas des frontières, alimentaires, sanitaires mais dans son acception nouvelle.
Le monde dans 20 ou 30 ans va changer, les frontières resteront mais les pays changeront de configuration. Les valeurs vont complètement changer, même la notion de démocratie. Al Gor l´avait dit dans les années 1990, c´est lui qui a inventé le concept de la démocratie électronique: voter à partir de chez soi. D´ici 20 à 30 ans il y aura un changement radical dans le sens de la liberté, de la gouvernance, etc.

Qu´en est-il de votre nouveau poste en tant que directeur de la Bibliothèque nationale d´El Hamma, maintenant que vous n´êtes plus ministre de la Communication?

La Bibliothèque nécessite beaucoup de travail. C´est un bastion du savoir et de la culture, de la production intellectuelle, la nôtre et celle d´ailleurs.
Notre premier objectif est de connaître ce qu´elle contient. Il s´agira d´organiser le fonds livresque. Un grand fonds que ce soit à El Hamma ou à Frantz-Fanon, il faut établir une numérotation complète, faire l´inventaire selon des paramètres et des normes nouvelles. Il faut que les gens quand ils ouvriront notre prochain site Web puissent trouver tous les résumés de ces livres. Après, on passera à la numérisation de ces ouvrages.
C´est le pari qu´on doit relever, à l´instar de toutes les bibliothèques dans le monde. Il faut qu´on obtienne des livres électroniques consultables par le Net, autrement offrir un accès au savoir, bien sûr, suivant des conditions bien spécifiques, l´abonnement, etc. Cela nous prendra du temps, le temps qu´il faut. Il faut que n´importe quel chercheur dans le monde puisse consulter notre inventaire, sinon quel intérêt d´être une bibliothèque? Certains chercheurs travaillent avec des méthodes classiques, voire archaïques.
C´est un grand projet. La ministre de la Culture accorde un grand intérêt à ce projet en le considérant comme une de ses priorités. Il faut tirer profit des expériences des autres pays et voir aussi les installations à mettre en place.
Autre chose, il faut réfléchir à conserver les manuscrits qui sont cachés dans les bibliothèques familiales. On réfléchit à la manière de les sauvegarder, pourquoi pas en créant une station mobile, aller photocopier ces manuscrits d´une région à une autre pour éviter toute perte. On ira éventuellement dans les mosquées, chez les gens. C´est un devoir qu´il faut assumer car cela fait partie de notre patrimoine collectif.
Cela confirmera la présence de la bibliothèque algérienne sur un plan universel. Les activités culturelles qui seront organisées au sein de la bibliothèque seront liées au livre car elle a des missions à accomplir. On fêtera le livre et nos écrivains et on fera tout pour réussir.

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