Alger Min 17 °CMax 27 °C
33
Oran Min 17 °CMax 27 °C
33
Constantine Min 12 °CMax 27 °C
29
Adrar Min 23 °CMax 41 °C
30
Illizi Min 23 °CMax 37 °C
31
Accueil |Culture |

FATMA-ZOHRA ZAÂMOUM À L’EXPRESSION

«La vie de Sembene Osmane a été un combat»

Par
Taille du texte : Decrease font Enlarge font
«La vie de Sembene Osmane a été un combat»

Plasticienne de formation, la réalisatrice évoque avec nous son dernier film, Z´har, véritable ovni cinématographique tout en abordant son documentaire qui rend hommage à l´écrivain Sembene Osmane. Un film qui sera projeté aujourd´hui dans le cadre de la compétition officielle de la 22e édition du Fespaco à Ouagadougou.

L´Expression: Tout d´abord, pourquoi revenir sur les années 1990 dans votre film Z´har?

Fatma-Zohra Zaâmoum: Je reviens sur les années 90 car, du point de vue de la fiction, la question de la violence a été peu traitée. Et on n´a pas appris grand-chose sur ce qui s´est passé depuis que cela s´est passé. Une mémoire vivante c´est celle qui s´analyse continuellement pour comprendre ses erreurs ou égarements. La fiction peut parfois faire ça. Cela ne signifie ni résoudre un problème ni y apporter une réponse, juste y réfléchir avec le recul du temps.

Votre film montre et implique deux formes de narrations qui se complètent: l´une porte sur le making of, l´autre sur la fiction à proprement parler. Au-delà des problèmes de financement qui vous ont acculé au choix de ce format scénaristique, n´est-ce pas un peu votre implication dans les arts plastiques qui vous a autorisée à prendre cette voie?

C´est vrai que mes tout premiers courts métrages ont été faits un peu sous cette forme (mes courts-métrages dans les années 95 et 96). Plutôt analytiques et favorisant une forme de discours. Alors peut-être que j´y suis revenue car j´ai senti qu´au-delà des contraintes, il fallait prendre la liberté formelle.
Il est vrai que j´ai commencé par être peintre et par aimer les problèmes formels, peut-être qu´on ne se guérit pas de ça.

Vos personnages semblent déambuler comme des spectres qui n´avancent pas trop. Une sorte de métaphore de l´Algérie qui ne savait pas où elle allait dans les années 1990?

Je n´aime pas beaucoup l´idée de la métaphore, ou alors je préfère ne pas être responsable du ressenti que vous pouvez avoir.
C´est vrai que les personnages n´avancent pas ou tournent en rond mais c´est le propre des questions essentielles: la vie et la mort, l´amour ou la haine que de nécessiter du temps pour se résoudre ou pour prendre une forme que l´on puisse dépasser.
Ce n´est pas simple à traiter au cinéma car il faut que les personnages vivent des sentiments et que cela ait une durée suffisante pour que le spectateur puisse les éprouver.

Pourquoi avez-vous choisi une figure féminine qui vient d´ailleurs et de surcroît émancipée et photographe de son état? Pas fortuit, non? L´écrivain désabusé, présumé mort par les journaux, représente-t-il un peu cette liberté d´expression étouffée ou l´intellectuel brisé de cette époque-là?

Le film a été écrit pour un personnage féminin et il devait être vu de ce point de vue. Et il fallait un personnage qui ait une forme de recul car sinon, pourquoi s´étonner? Il faut pouvoir découvrir un milieu ou des questions sinon, on ne s´étonne de rien, les interdits et les problèmes sont déjà intégrés.
Le fait qu´elle soit photographe était une façon de la faire exister comme révélateur, quelqu´un qui voit et qui donne à voir. C´est théorique comme position mais j´espère que c´est ce qui se passe avec les deux personnages qu´elle rencontre.
Le choc de ces années-là a été que des intellectuels soient tués et que d´autres se sentent ou soient menacés. C´est un fait énorme, qui a saigné l´Algérie dans ce qu´elle avait de plus riche au sens de la diversité humaine.
On ne produit pas un écrivain ou un artiste à l´école, il faut des facteurs très complexes d´ouverture, de chocs, de mobilité intellectuelle dans la société, de foi collective, etc.
La disparition de personnes de qualité ne se voit pas objectivement car les gens continueront à vivre, à manger et à travailler mais il manquera au groupe une brillance ou un éclat particulier.

On sent dans votre film plus qu´une intention de dire, de témoigner, un documentaire, plutôt en devenir, un peu désarticulé ou biaisé. Votre film, qui sera présenté lors du Fespaco de cette année, est un documentaire. De quoi parle-t-il? Et pourquoi ce genre de cinéma dans ce cas précis?

Z´har est un film expérimental de fiction car le régime narratif l´emporte sur l´aspect documentaire mais c´est vrai qu´il y a du discours et que le discours excède le film car il est en lien avec un réel très fort. Mais j´insiste, c´est un film expérimental de fiction dans la veine de nombreux films expérimentaux ou traitant de questions graves ou morales où la fiction a besoin du discours car il faut être clair. Le film que je présente au Fespaco est quant à lui un pur documentaire fait en collaboration avec Cinécinéma qui a fait une soirée thématique sur Sembène Ousmane, écrivain et réalisateur.
J´avais espéré rencontrer cet homme au Fespaco en 2007 mais il n´est pas venu car malade puis il est mort trois mois après et j´ai décidé de lui rendre hommage car c´est un grand homme dont la vie a été un combat que l´on peut qualifier d´exemplaire. C´est un film de 52 mn qui a été présenté en avant-première au Festival panafricain à Alger.
Le film a été tourné à Alger, à Ouagadougou, à Dakar, à Paris et à Boston. Il a été présenté sur Cinécinéma le 9 octobre 2010.

Suivez ces commentaire via le flux RSS Réactions (0)

total :| Affiché :

Réagir à cet article

Entrez le code que vous voyez dans l'image s'il vous plait:

Captcha
  • Envoyer par email à un ami Envoyer par email à un ami
  • Version imprimable Version imprimable