FATMA-ZOHRA ZAÂMOUM À L’EXPRESSION
«La vie de Sembene Osmane a été un combat»

Plasticienne de formation, la réalisatrice évoque avec nous son dernier film, Z´har, véritable ovni cinématographique tout en abordant son documentaire qui rend hommage à l´écrivain Sembene Osmane. Un film qui sera projeté aujourd´hui dans le cadre de la compétition officielle de la 22e édition du Fespaco à Ouagadougou.
Fatma-Zohra Zaâmoum: Je reviens sur les années 90 car, du point de vue de la fiction, la question de la violence a été peu traitée. Et on n´a pas appris grand-chose sur ce qui s´est passé depuis que cela s´est passé. Une mémoire vivante c´est celle qui s´analyse continuellement pour comprendre ses erreurs ou égarements. La fiction peut parfois faire ça. Cela ne signifie ni résoudre un problème ni y apporter une réponse, juste y réfléchir avec le recul du temps.
C´est vrai que mes tout premiers courts métrages ont été faits un peu sous cette forme (mes courts-métrages dans les années 95 et 96). Plutôt analytiques et favorisant une forme de discours. Alors peut-être que j´y suis revenue car j´ai senti qu´au-delà des contraintes, il fallait prendre la liberté formelle.
Il est vrai que j´ai commencé par être peintre et par aimer les problèmes formels, peut-être qu´on ne se guérit pas de ça.
Je n´aime pas beaucoup l´idée de la métaphore, ou alors je préfère ne pas être responsable du ressenti que vous pouvez avoir.
C´est vrai que les personnages n´avancent pas ou tournent en rond mais c´est le propre des questions essentielles: la vie et la mort, l´amour ou la haine que de nécessiter du temps pour se résoudre ou pour prendre une forme que l´on puisse dépasser.
Ce n´est pas simple à traiter au cinéma car il faut que les personnages vivent des sentiments et que cela ait une durée suffisante pour que le spectateur puisse les éprouver.
Le film a été écrit pour un personnage féminin et il devait être vu de ce point de vue. Et il fallait un personnage qui ait une forme de recul car sinon, pourquoi s´étonner? Il faut pouvoir découvrir un milieu ou des questions sinon, on ne s´étonne de rien, les interdits et les problèmes sont déjà intégrés.
Le fait qu´elle soit photographe était une façon de la faire exister comme révélateur, quelqu´un qui voit et qui donne à voir. C´est théorique comme position mais j´espère que c´est ce qui se passe avec les deux personnages qu´elle rencontre.
Le choc de ces années-là a été que des intellectuels soient tués et que d´autres se sentent ou soient menacés. C´est un fait énorme, qui a saigné l´Algérie dans ce qu´elle avait de plus riche au sens de la diversité humaine.
On ne produit pas un écrivain ou un artiste à l´école, il faut des facteurs très complexes d´ouverture, de chocs, de mobilité intellectuelle dans la société, de foi collective, etc.
La disparition de personnes de qualité ne se voit pas objectivement car les gens continueront à vivre, à manger et à travailler mais il manquera au groupe une brillance ou un éclat particulier.
Z´har est un film expérimental de fiction car le régime narratif l´emporte sur l´aspect documentaire mais c´est vrai qu´il y a du discours et que le discours excède le film car il est en lien avec un réel très fort. Mais j´insiste, c´est un film expérimental de fiction dans la veine de nombreux films expérimentaux ou traitant de questions graves ou morales où la fiction a besoin du discours car il faut être clair. Le film que je présente au Fespaco est quant à lui un pur documentaire fait en collaboration avec Cinécinéma qui a fait une soirée thématique sur Sembène Ousmane, écrivain et réalisateur.
J´avais espéré rencontrer cet homme au Fespaco en 2007 mais il n´est pas venu car malade puis il est mort trois mois après et j´ai décidé de lui rendre hommage car c´est un grand homme dont la vie a été un combat que l´on peut qualifier d´exemplaire. C´est un film de 52 mn qui a été présenté en avant-première au Festival panafricain à Alger.
Le film a été tourné à Alger, à Ouagadougou, à Dakar, à Paris et à Boston. Il a été présenté sur Cinécinéma le 9 octobre 2010.

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