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LES CAHIERS DE BELAÏD OU LA KABYLIE D'ANTAN DE BELAID NAIT ALI

Errances pour une vie d'homme libre

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Errances pour une vie d'homme libre

souvent, à la lumière d'une bougie, le souvenir devient une image productive de rêveries, ainsi ont été transcrites les aventures d'un être humain nommé Belaïd.

L'écrivain que je vous propose de connaître, son éditeur Rachid Khettab - qui, en le publiant, a accompli, en même temps, un acte louable, car il s'inscrit utilement dans la juste réappropriation de la littérature amazighe - lui prête les propos suivants: «J'avais toujours mes poches pleines de notes sur des bouts de papier: des vers, des contes, des essais de compositions; j'ai pris goût à ce kabyle que, depuis peu, je commençais à savoir écrire et que je pouvais lire. Aussi, quand il m'arrivait d'entendre des bribes de poésie, je m'empressais de les recueillir, comme on serre un trésor.»
Après un premier recueil de ces «feuillets» tiré à quelques dizaines d'exemplaires par le Fichier de Documentation Berbère (F.D.B., 1963) et donc touchant un public restreint, une édition plus appropriée leur a été naturellement consacrée sous le titre Les Cahiers de Belaïd ou la Kabylie d'antan (*). Écrits en amazigh de la main même de l'auteur Belaïd Nait Ali et réunis en cahiers par lui-même aussi, les textes ont été traduits et présentés par les PP.J.M. Dallet et J.L.Degezelle. Dans la présente édition, il faut souligner, outre les précieux travaux de recherche, de traduction, de mise au point et de labeur général, la contribution, toute particulière, de Lucienne Brousse, Ould Mohand Hamza, Réda Ziri et d'autres. Les «Cahiers» illustrent - mêlant philosophie, morale et logique - la foi et l'amour d'un homme en détresse de vie, luttant pour sa vraie et libre existence dans son propre pays. L'aventure est ici humaine; elle est sublime. Le premier «cahier» a été commencé en mai 1945 et le dernier (noté «septième bis») a été terminé en décembre 1946. Qu'en est-il exactement?
C'est l'histoire de vie de Belaïd (le commun des mortels) rapportée dans ses propres récits. En effet, en maints endroits, transparaît une condition humaine tragique formant un oxymoron parfait: le mort-vivant. Comment vivre lorsque tout est consacré à l'apprentissage de la mort et que mourir est encore plus difficile? Cet esprit, si déterminé à ne rien céder au malheur et pourtant si fortement tourmenté, s'est inventé des espaces de rêveries pour peindre, parfois à la seule lueur d'une flamme de bougie et surtout avec ses propres mots, la dure et extraordinaire réalité vécue. Cette conscience présente, en méditation constante, déborde de philosophie pratique; et ce n'est pas tout à fait le paradoxe de son addiction au culte de Bacchus qui en est l'initiateur, mais la simple vie, la vie simple, la vie tout court, - oui, l'humaine ou l'inhumaine qui, tantôt soleil, l'illumine, le réchauffe ou le brûle, tantôt nuit, l'aveugle, le fragilise ou l'assassine...
Belaïd Nait Ali, apprend-on dans l'avant-propos des traducteurs de ses «Cahiers», né en 1909 à Bouira, mais se réclamant d'Azrou-Kellal, village de la fraction des Ait-Khelaf de la tribu des Aït-Menguellet, dans le secteur de Michelet (Aïn el-Hammam) est mort, à 41 ans, de tuberculose, «le 12 mai 1950 dans le pavillon des Incurables d'un hôpital d'Algérie, loin du pays natal tant aimé». Bien avant de rendre l'âme, il avait, de son état de santé, informé son ami, le P. Degezelle, auquel il avait destiné ces lignes simples mais dont l'émotion est intense: «Quand vous recevrez un télégramme de la direction, c'est que je serai mort.» Un témoin rapporte que «Belaïd a été trouvé mort penché sur une feuille de papier, le porte-plume à la main. (Selon Mohand Ibrahim, Belaïd Ait Ali, errance et génie littéraire, éd. Dar Khettab, 2010)»
Belaïd a été élevé par une mère (Dahbia) dont le père «faisait partie du personnel de la Commune Mixte». Elle a pu, chose très exceptionnelle à cette époque, étudier jusqu'au Brevet Élémentaire. «Mariée avec un brave homme de son village», elle choisit l'enseignement, occupant «divers postes à travers l'Algérie et jusqu'en Tunisie». Ayant refusé de se naturaliser française pour être titularisée, elle est obligée de gérer avec son mari un «café maure» à Michelet. Et comme la famille s'est «accrue entre-temps», Dahbia et son mari retournent «au pays d'origine. C'est là que naquit Belaïd, l'avant-dernier de sept enfants, trois garçons et quatre filles.» J. L. Degezelle rappelle les motifs du départ du jeune Belaïd pour la France: «Son frère aîné, Mbarek, vivait en France où il s'était marié. Une de ses soeurs avait épousé un Français, une autre avait suivi son mari à Paris. Belaïd fut envoyé tout jeune vers la grande ville: il devait garder la nostalgie de ces quelques années de son enfance, quand on appelait familièrement Robert le petit rouquin aux yeux et aux gestes vifs qu'il était alors. Ses errances - elles avaient commencé tôt - l'avaient ramené au pays, Belaïd fréquenta l'école publique d'Azrou, mais n'y obtient pas le C.E.P. n'ayant pas été «présenté».» Il se lance dans la vie. On le marie très jeune. Aussitôt, «sa femme est renvoyée». Un temps, il fréquente d'autres jeunes désoeuvrés, puis il «descend» à Alger: la fortune ne lui sourit pas. Lorsqu'il atteint l'âge requis, il accomplit son service militaire. Il gravit bientôt les échelons et devient sergent-chef. «Il est beau garçon [...] Ce joyeux compagnon, doué d'un esprit ouvert, souple et sensible, [...] trouve ses entrées dans quelques familles européennes. [...] Mais, on apprend un jour qu'il est Kabyle: adieu, alors, la fiancée rêvée!» Mobilisé en 1939, une série d'aventures le conduit en Tunisie, le scorbut lui fait perdre ses dents, une escapade avant d'embarquer pour la Corse, lui fait passer «trois jours dans les vignes du Seigneur». N'ayant pas pu rejoindre son corps d'armée, il est considéré comme déserteur... La longue vie de l'homme errant, accompagné de sa bouteille, est commencée. Il regagne Alger, puis pauvre hère honteux, il rentre en Kabylie, retrouve les siens: tant de choses ont changé, la vie et les hommes. Un moment, il croit connaître le bonheur en épousant Fatima d'Azrou qui lui donne un garçon. Hélas! des tensions entre sa famille et celle de sa femme lui occupent l'esprit, le poussant inexorablement à s'éloigner de son foyer... «La roue tourne» et elle devient vite lancinante. Comment vivre? Pourquoi vivre? Quels sont les moyens de subsistance, et quelle subsistance? La maladie le surprend, le ronge. Il souffre de toutes les injustices du système colonial en Algérie. Toutes les routes du vagabondage s'ouvrent à lui: en Algérie, au Maroc,... Il écrit à ses amis des lettres «qui sont des cris d'alarme ou de longues confidences». La misère, l'angoisse, la maladie lui habite le corps et l'esprit. La recherche de soi est évidente et vaine dans chaque ligne et chaque mot est chargé d'une émotion forte, lourde, terrible: l'expression de la déchéance s'élève au paroxysme d'une désespérance, une douleur qui ne cesse d'annoncer l'issue fatale de toute âme à la recherche de sa propre et seule délivrance... Dans ses «Cahiers», Belaïd a essayé, tout en croyant fermement à la qualité de son intelligence, d'instruire son prochain, et ce n'est pas une boutade, car il le disait lui-même «Il y a instruction et instruction». Il confie à son ami le P. Degezelle: «Je ne peux m'empêcher de remarquer qu'il ne m'est possible de dire ce que je pense vraiment que dans cette chère langue que je vous disais, tout à l'heure, avoir parlé dès mes premiers balbutiements du berceau. Je suis kabyle, bien sûr,...» Dans son lit d'hôpital, entre autres, notamment dans celui de Saint-Denis-du-Sig, se rappelant le «Robert» qu'il était en France et jouant d'une mandoline qui appartenait à «un pauvre gosse» qu'on avait transféré à «l'hôpital d'Oran où il est mort», il a pu fredonner «l'un ou l'autre de [ses] poèmes comme: ´´O montagne des Igawawen, / Toi qui portes le plus beau des noms / Toi que je pleure de mon exil. / Chose surprenante, / Quiconque s'éloigne de toi / S'ennuie et soupire après toi! / Qu'y a-t-il donc en toi de si attachant?...´´»
Je suis sûr qu'on lira avec un réel intérêt et surtout avec beaucoup d'émotion «Les Cahiers de Belaïd ou la Kabylie d'Antan». On découvrira, non seulement «Le Pays de Belaïd» dont les vives et précises illustrations d'Alice Burel ont rendu l'extrême merveilleux qu'il suggère, mais plus encore, si j'ose dire, le physique, l'âme et l'intelligence des sujets doux et puissants, souvent dramatiques et émouvants, toujours captivants et instructifs, - de même que le «Portrait de Belaïd» par le père de Falco est saisissant. On y lit des contes (L'Ogre) et des nouvelles (Le Caillou qui parle», des «mélanges» de genres divers (Une tasse de café) et un choix de poèmes des plus significatifs du génie littéraire de Belaïd Nait Ali. Il faut lire attentivement les textes présentés sous le titre général ´´Nos Anciens´´, - certes, ils étaient sérieux, facétieux, sages et grands éducateurs, nos Anciens!

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