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LA VIE DU CHAHID BENFLIS TOUHAMI DIT SI BELGACEM PAR LA FAMILLE BENFLIS TOUHAMI

Être bon envers ses père et mère

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Être bon envers ses père et mère

La patrie est une grande famille comme la nôtre personnelle, et toutes les deux ont les mêmes vertus.

Le patriotisme est un amour construit dans la famille et c'est un amour spontané et éclairé. C'est aussi un apprentissage, une formation, une construction. L'ouvrage, conçu par Ali Benflis, sous l'égide de la grande famille Benflis Touhami et sous l'intitulé La Vie du Chahid Benflis Touhami dit Si Belgacem, biographie du chahid 1900-1957 (*), illustre aisément - en dehors de toute politique intentionnelle - l'esprit de tout enseignement et éducation devant s'investir dans une contribution à la formation intellectuelle, civique et morale du jeune algérien. Il y a là, pour le lecteur libre ou averti, quelque substance intéressante à examiner pour une leçon d'histoire, de tradition, de mode de vie, une somme de valeurs idéales.
L'auteur principal, c'est-à-dire, Ali Benflis, qui a totalement conçu et dirigé la publication, y insiste avec naturel, sans perdre jamais le souci d'être concret.
Et cela s'explique légitimement par la loi naturelle et, chez le musulman, davantage par la loi divine elle-même qui rappelle des commandements coraniques, entre autres, celui-ci formel: «Ton Seigneur a décrété que vous n'adoriez que Lui et que vous marquiez de la bonté à vos père et mère (Sourate XVII, El-Isrâ', Le Voyage Nocturne, verset 23).» Pour mieux appréhender le thème du Chahid abordé ici, et auquel ont été associés les huit chouhâda de la famille Benflis plus élargie (son fils, ses deux neveux, son cousin, ses quatre parents proches), citons un verset coranique évoqué par l'auteur et traduit par lui.
Ce verset, extrait de la Sourate Ali Imrân, La Famille de Imrân, donne complémentairement son sens à l'hommage de la famille Benflis Touhami rendu à «Sî Belgacem»: «Ne point croire que ceux qui se sont sacrifiés pour Allah soient morts bien au contraire ils sont bien vivants et connaîtront leur félicité (Verset 169, Sourate Al Imran).» Aussi, cet hommage est-il, de fait, rendu à tous nos chouhâda de la lutte de libération nationale.
Mettre à l'honneur sa famille - son père, Touhami dit Sî Belgacem, éducateur en chef et qui plus est chahid, ains que son frère aîné Amar dit Tahar, également chahid (1934-1957) - n'est pas aisé, face à tant d'émotions suscitées. Mais c'est parfaitement noble et respectable. Chez nous, c'est chose sacrée.
Dans nos traditions musulmanes et, à plus forte raison dans notre conscience nationaliste, l'amour filial ne se prouve pas: il se sent. Ali Benflis s'est attaché humblement à faire un retour sur soi: une vie commencée avec un père et une famille nombreuse formée à l'accomplissement d'actes de dévouement pour la patrie et pour ses semblables. Mais c'est spécialement de ce père et de cette famille qu'il nous parle. Il nous murmure, comme en filigrane dans «la biographie du chahid Sî Belgacem», les secrets instructifs qu'il a reçus en héritage et qui lui ont servi dans son éducation, ses études, sa vie professionnelle (il a été magistrat), sa vie politique (il a été ministre de la Justice, Secrétaire général du parti FLN, Chef du gouvernement) et sa vie d'homme consacrée actuellement à la lecture et à l'écriture. Son ouvrage premier est précisément la publication de la biographie de son père «Sî Belgacem» (1900-1957).
Ali Benflis, riche d'une longue expérience professionnelle et politique, dans une sorte de retraite studieuse, se remémore un passé de souvenirs et d'histoires personnelles, grâce à son père, personnage exceptionnel, reconnu et estimé dans les Aurès. Il en a écrit des pages grandioses avec des mots simples, ceux du coeur, avec un style didactique, celui du juriste, avec une expression alerte, celle de la juste envolée lyrique pour manifester sa reconnaissance respectueuse au père et avec quelques discrets effets de manche pour souligner l'importance de l'exemple qui est source de vertus.
L'exemple des chouhâda de tous les temps algériens constituent l'Histoire de l'Algérie éternelle. Dans le cas présent, Ali Benflis nous retrace une partie de l'Histoire de l'Algérie à travers la biographie de son père Benflis Touhami dit Sî Belgacem, chahid de la lutte de Libération nationale (1954-1962) dans les Aurès, une des régions historiques de la Révolution populaire algérienne armée contre l'occupation française et son administration coloniale. Le témoignage est dense encore que volumineux. Il comprend plusieurs volets de la personnalité de «Si Belgacem»: la biographie du Chahid, l'homme du Islâh (comptant des décennies au service de l'Algérie), sa naissance, son enfance, ses études, sa formation dans des villes prestigieuses de l'époque (Sidi Okba) et lors de différentes circonstances (Alep, Lattaquié, Damas,...), ses rencontres diverses (à Constantine, Tunis, Batna,...) avec de grands hommes (Cheikh Abdelhamid Benbadis,...) et condisciples (Cheikh Sî Aïssa Merzougui, Cheikh Laoufi,...), l'Association des Oulémas musulmans algériens (Cheïkh Sî Bachir El Ibrahimi, Cheïkh Sî Larbi Tebessi, les deux célèbres poètes Cheïkh Mohamed Laïd El Khalifa et Cheïkh Mohamed Chebouki),...
«Si Belgacem» «fit faire leurs études à ses enfants aussi bien à l'école française qu'à la Medersa de l'Association des Oulémas.» tout comme son fils aîné, Amar dit Tahar avec qui «il fut arrêté le 9 mars 1957, conduit clandestinement au lieu-dit ´´Dar Ben Yakoub´´, à Biskra, où ils furent horriblement torturés puis assassinés.» L'auteur insiste sur la vie ordinaire du père, sur sa culture et son savoir, sur ses amitiés et ses prises de position nationaliste, sur sa douceur et sa générosité: «Il convient de signaler, écrit l'auteur, c'est-à-dire, Ali Benflis, le benjamin des garçons, que Benflis Touhami dit Si Belgacem gagnait sa vie et faisait vivre sa famille grâce à un commerce. [...] Au déclenchement de la Révolution de 1954, il comptait parmi les personnes qui ont fourni aux Moudjahidine armes, finances, nourriture, habillement et hébergement de sorte que sa ferme était devenue un refuge pour les combattants. [...] Les activités militantes du Chahid Benflis Touhami dit Si Belgacem, indisposèrent les colonialistes et leurs suppôts. [...] Une nuit de février 1957, son domicile (situé aux allées Herbillon) fut envahi par les forces coloniales. [...] L'autorité coloniale décida de se venger de lui et de sa famille. Elle diligenta le 9 mars 1957 une unité de l'armée d'occupation pour les arrêter avec son fils aîné Amar dit Tahar et les conduire en un lieu tenu secret à Batna dans le but de les assassiner sans laisser de trace...»
De nombreux témoignages écrits dont ceux du docteur Boualem Benhamouda, Abid Mustapha dit Sî Messaoud, un poème du Moudjahid Sî Ahmed Maache dédié à la mémoire des chouhâda («Si Belgacem» et son fils Amar dit Tahar) et une infinité de documents (photos et lettres) illustrent l'ouvrage retraçant le parcours du Chahid Benflis Touhami dit Sî Belgacem ainsi que les parcours des huit autres chouhâda de la famille Benflis, sans oublier dans les plis du récit ardent, la mère, la Mère souffrante et courageuse, l'épouse es-Sayida Chachoua Khedidja bent Ahmed, «décédée à son tour le 4 septembre 1997 à Batna».
L'intérêt de ce devoir de mémoire est de fixer, pour la jeune génération algérienne, des images fortes et des faits patriotiques incontestables de l'Histoire de l'Algérie sous la colonisation. De chaque ouvrage, où l'intention, généreuse et juste, est de revivifier la conscience historique pour aller de l'avant, pour sa propre existence et pour la reconnaissance de l'Autre dans tous les domaines des relations libres et humaines, il y a des leçons à extraire, à apprendre et à assumer, ce sont autant de leçons de vaillance, de foi, de vertu souveraine des héros et des hommes de bien de l'Algérie de tous les temps, chacun d'eux est mort pour l'Algérie. La vie de chacun d'eux est un exemple et une lumière.

(*) La Vie du Chahid Benflis Touhami dit Si Belgacem, biographie du chahid 1900-1957 par la Famille Benflis Touhami, Houma Éditions, Alger, 2012, 227 pages.

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