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LES INSURGÉS DE L'AN 1 DE CHRISTIAN PHÉLINE

Un des chefs-d'oeuvre de résistance identitaire

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Un des chefs-d'oeuvre de résistance identitaire

les insurgÉs du 26 avril 1901, à Margueritte, illustrent cette vérité définitive que le peuple algérien n'a jamais renoncé à lutter contre tous les envahisseurs depuis des millénaires.

Ainsi que je l'ai annoncé mercredi dernier, j'aborde mon second rappel d'événements historiques, en ce mois d'avril. Il a pour objet la révolte de Margueritte (auj. Aïn Torki) que Christian Phéline a essayé d'instruire, à nouveau, dans son livre Les Insurgés de l'An 1, Margueritte (Aïn-Torki), 26 avril 1901 (*), - en couverture, est reproduite une photo subjective du «Marabout Yacoub [Mohamed ben el Hâdj Ahmed], instigateur des troubles de Margueritte, au moment de son arrestation, en 1901». Ce fait historique du vendredi 26 avril 1901 aura 112 ans, après demain, vendredi 26 avril 2013! (Remarquons le jour: vendredi.)
Notons que Aïn-Torki (La fontaine du Turc), située à 40 km du chef-lieu de Aïn Defla et relevant de la daïra de Hammam Righa, a, vers 1885, porté le nom de Margueritte (sic). Ce dernier, commandant en Algérie la subdivision militaire de Miliana, s'est illustré contre les populations civiles, lors du soulèvement des Ouled Sidi Cheikh, en 1864. Six ans plus tard, nommé à la tête des 1er et 3e Chasseurs d'Afrique, Jean-Auguste Margueritte - étant alors le plus jeune général de division - meurt de ses blessures dans la bataille de Sedan contre la Prusse en 1870.

«Qui se souvient de Margueritte?»
J'ai dit «à nouveau», parlant du livre de Christian Phéline, car il existe un ouvrage intitulé Qui se souvient de Margueritte? de notre regretté et ami Laadi Flici, éd. ÉNAL, Alger, 1984. 124 pages. Dans la même année, j'ai eu le bonheur de le présenter dans le grand quotidien national El Moudjahid (où il a été publié précédemment en 22 parties du 10 mars 1983 au 27 août 1983 sous le titre général «Chronique du temps qui passe») et dans mon émission Le Temps de lire (déjà) à la radio Chaîne III, le 14 juillet 1984. J'y ai lu cette observation de Flici, extraite de son livre: «Un article de M. Dumont dans ´´La Libre Parole´´ consacrée au procès de Montpellier: ´´Si nous perdons un jour l'Algérie, soyez sûrs, que le procès des accusés de Margueritte, tel qu'il a été compris aura contribué pour une large part à ce résultat.» Laadi Flici a donné toute la lumière sur ce petit village de Margueritte qui fut entièrement décimé par l'armée coloniale. J'ai terminé l'émission par cette autre citation-conclusion au style particulier, alerte, plein d'humour et de colère de Laadi Flici: «Nous avons voulu tout au long de ces épisodes vous dire Margueritte le plus simplement possible. Puissent les enfants de Margueritte, aujourd'hui, se rappeler que leurs parents furent d'authentiques héros. Gloire éternelle aux martyrs de Margueritte.» La dernière phrase a été reprise par Christian Phéline dans son livre Les Insurgés de l'An 1, p. 221.
Quant au livre de Christian Phéline, Les Insurgés de l'An 1, il bénéficie d'une préface d'une grande utilité, rédigée soigneusement par Mouloud Achour qui écrit: «La révolte d'Aïn Torki, ex-Margueritte, aura été le premier coup de semonce tiré, au XXe siècle, à l'encontre du statu quo colonial en Algérie. [...] Les Insurgés de l'An 1, dont la publication intervient tout juste 111 ans après le soulèvement du 26 avril 1901, rend ainsi hommage à la mémoire de Yacoub et de ses compagnons dont l'action toute spontanée préfigure celle que les mouvements nationalistes allaient engager, quelque trente ans plus tard, au plan politique, puis militaire, jusqu'au recouvrement par l'Algérie de son indépendance en juillet 1962.»
Pour tenter de clarifier l'«affaire de Margueritte», Christian Phéline s'est évertué à produire un travail de recherche, d'analyse, de vérification et de mise au point. Digne de sa qualité personnelle d'homme de conscience et de sa formation intellectuelle (membre de la Cour des comptes à Paris, a été coopérant distingué dans le domaine de l'agriculture en Algérie à la fin des années 1960 et a contribué aux débats autour de la «voie algérienne» de développement) et certainement digne «arrière-petit-fils du magistrat colonial qui avait été chargé des premiers constats, il n'a pas hésité à plonger jusqu'au coeur de la vérité historique de la tragédie révolutionnaire de la population algérienne de «Margueritte». Il faut lui reconnaître son honnêteté, son courage, son audace et sa persévérance dans sa quête de la vérité et son habileté à remettre à l'endroit un point d'histoire longtemps méconnu, longtemps ignoré, presque complètement occulté en France.

Dans le vif du sujet
Les documents utilisés sont tirés d'archives authentiques confirmées par des études et analyses très détaillées par Christian Phéline et comparées, encore par lui, aux articles de presse de l'époque et aux écrits d'auteurs de haute compétence dont onretrouvera les noms et les oeuvres dans la volumineuse bibliographie. De plus, un grand nombre de ces documents ont été judicieusement exploités sous la forme d'intéressants commentaires dans le corpus. Les notes qui suivent les chapitres excellemment structurés et dont les paragraphes sont titrés, incitent à poursuivre la lecture pour savoir et comprendre tout en procurant un bien-être immense à vivre l'événement en continu et à partager la passion des personnages en lutte pour leur liberté. Toutefois, j'ai à dire, par parenthèse, que l'on aura beau «avertir» (p. 11), il reste encore difficile de transcrire, d'expliquer ou de donner un sens aux mots de langue arabe si, indépendamment du non respect des règles phonétiques, la prononciation ou l'écriture est fautive du fait d'une totale ignorance de la variance du signifié. Simple exemple: p. 256, n. 1, «... moukhama (sic) ne serait-ce pas plutôt «mouhâmâ»? Autrement, doit-on comprendre (révolution, conflit)? De même, p. 251, n. 13: «... le nom de ´´Kaddour´´, doublet de ´´Kader´´ qui n'évoquerait plus puissance et richesse que sous la forme ironique d'un diminutif.» Il y a, semble-t-il, contradiction, car chez le musulman le puissant c'est Dieu, il est le Tout-Puissant, le Kader, plus précisément Al Qâdir. Le prénom admis est Abd El Qâdir, couramment. «Abdelkader» et «Kader». On emploie des diminutifs pour ne pas «profaner» le nom divin El Qâdir, tout en sous-entendant (Abd = créature de ou serviteur de), soit Qouwaydîr, Kouider ou le diminutif-intensif Qaddoûr, plus simplement Kaddour. Bref...
Ainsi entrons-nous dès les premières lignes du livre Les Insurgés de l'An 1, dans le vif du sujet: «Soulèvement des indigènes dans la commune de Margueritte». «Il y a une révolution!» Le récit commence. L'enquête établit la chronologie des faits. L'inquiétude, l'angoisse, la stupeur donnent tour à tour la gradation du drame. Des Algériens («indigènes» à l'époque coloniale), journaliers, maltraités, chez les colons se révoltent. «Le groupe caracole alors vers le village. Yacoub Mohamed ben El Hadj Ahmed, un jeune journalier usuellement employé à la taille des piquets de vigne et connu pour son zèle religieux, a pris sa tête avec rang de ´´Sultan´´. Progressivement grossie d'ouvriers quittant les champs sur son passage, la bande dépasse bientôt la centaine. Rencontré dans son champ, le colon Pierre Gariot est le premier à avoir la gorge tranchée, le visage tourné vers l'Orient.» (Un encart présente des photographies d'époque...) L'armée intervient. Le massacre de la population est sans répit. Des questions se posent (pourquoi?) et réclament des réponses (parce que!) à ceci: spoliation, injustice, révolte (ou intifâda), fanatisme, assaut, représailles, accusation, débats (surenchères, réaction), détention, la presse («Les troubles de Margueritte», le procès, le verdict, acquittement? (non pas, plutôt, bagne!)... La Mémoire n'est pas vide, des mémoires se rappellent: celle de Laadi Flici («Qui se souvient de Margueritte?»), des stèles à Miliana, des images (la revue L'Illustration s'intéresse «au départ d'un détachement pour une battue dans la montagne,...», fictions, réinterprétation,... répétition mai 1945, rupture. Oui, ainsi que l'écrit Christian Phéline: «C'est donc aussi en creux que le 26 avril représente un jalon, discret mais décisif, vers ces formes ultimes de la lutte contre l'émancipation nationale.» Et l'auteur termine son livre en reprenant le pronostic prémonitoire de Louis Braud (La Dépêche, Toulouse, 9 février 1903) au lendemain du procès de Montpellier: «Si la France laisse subsister ce régime, elle perd l'Algérie ou elle aura fatalement à réprimer des insurrections encore plus terribles que celle de Margueritte.»
Vous lirez Les Insurgés de l'An 1 (la symbolique est claire) de Christian Phéline avec la passion indispensablement soulagée...

(*) Les Insurgés de l'An 1, Margueritte (Aïn-Torki), 26 avril 1901 de Christian Phéline, Casbah Éditions, Alger, 2012, 270 pages.

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