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UN DERNIER VŒOEU AVANT L'AUBE DE DJAMEL KHARCHI

L'amour dans la palmeraie...

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L'amour dans la palmeraie...

Nourrir l'espoir, avec une malice secrète, de retrouver les promesses d'une hypothétique spiritualité, emmène au désert de l'amour.

Ce n'est pourtant pas une leçon de morale que Djamel Kharchi, né en 1950, ayant fait des études en post-graduation en Droit, prétend nous donner dans son roman Un dernier voeu avant l'aube (*). Le bon lecteur n'y croirait pas, et lui, rien ne l'y oblige. Il nous propose, plutôt, une histoire palpitante de la troupe humaine - j'allais dire «bien de chez nous» -, celle de «la tribu d'où étaient issus les illustres ancêtres qui avaient transformé Nakhlet-Sidi-Ibrahim, cet espace de terre aride et stérile à l'origine, en un lieu de vie communautaire dans la vaste étendue de terre que Dieu a dispensée aux hommes, personne ne savait ce qu'il en était advenu. La réponse était à jamais perdue dans les sables du désert et le temps».
À cet effet, l'auteur, afin de nous rapprocher de ses forts sentiments, ne met pas de côté son inclination à la poésie tout court et, moins encore ici, à la poésie «bédouine» ou mieux au chant sahraoui. Au vrai, il fait indirectement l'éloge de la vie bédouine - quelque dur que soit le temps - à laquelle, au reste, un certain et célèbre chanteur-compositeur à la voix de poitrine remarquable, le regretté El Hâdj Khelifi Ahmed de Sidi Khaled, près de Biskra, avait été très attaché, et nous avec lui.
Kharchi s'est fait connaître par trois recueils de poésie dont Poésie à ciel ouvert (1990), - ce qui ne laisse pas dans l'ombre, à mon sens, ses meilleurs ouvrages traitant de sujets de conséquence: Colonisation et politique d'assimilation en Algérie (2004), La Fureur de ressusciter (2008) ou Le Rêve en héritage (2010).

Les tempêtes du passé
Mais le peuple, dans le roman Un dernier voeu avant l'aube, est différent; autrement dit, il est quelque peu éloigné de la poésie de la lune au-dessus de l'immensité des sables dunaires... Là, les symboles sont têtus et brillent de toutes leurs valeurs. J'y ai reconnu aisément et heureusement l'âme du Sahraoui, qui se meut de sa propre vie ici et là dans le sud du pays, précisément dans une oasis ancestrale, perdue puis retrouvée, celle de Nakhlet-Sidi-Ibrahim, renaissante grâce au temps nouveau et pour le temps nouveau. C'était une époque significativement historique pour le peuple de cette contrée, sans cesse, à la recherche de son équilibre multiple, pour enfin, à l'instar de Cheikh Saad, «désormais vivre en étroite communion avec l'esprit des ancêtres qui le nourrissaient de leur énergie et de la force de leur volonté». La tempête de sable, levée par le vent, et décrite didactiquement par l'auteur dans le long chapitre premier, plante le décor tout en dramatisant le récit. Tout doit revivre, s'animer, agir sans désobéir: objets, bêtes et gens doivent reprendre leur place et se réapproprier leur identité. Cheikh Saad l'a décidé: «Son index fébrile qu'il dédiait au temps et à l'éternité se crispa dans un geste pointé sur les voies célestes.» Il était «l'aveugle» qui «avait un rapport singulier à l'aspect des choses dans leur forme, leur structure et leur matière. [...] Il trouvait de la magie et de la fascination dans le souffle du vent sans qu'il comprît exactement pourquoi». Et le voilà, qu'il présente «tous les signes d'une inspiration à la limite de la folie». Son entourage, hommes et femmes, ainsi qu'il le voulait lui-même, était-il assez uni et résolu pour sauvegarder «le fil sacré de l'acquit communautaire»? La question allusive est posée et ressentie par cet entourage dont Cheikh Saad veut éveiller la conscience, en sa faveur: la succession doit être assurée. Et lui «avait la conviction d'être un homme que le sort avait élu pour sauver son clan et lui assurer un destin original». Mais dans le clan, il y a tant de personnages touchés directement ou indirectement par le drame, par l'action qui pourrait constituer, dans une combinaison d'intentions contraires, l'unique relève: et c'est toute l'histoire de Nakhlet-Sidi-Ibrahim qui est contée au rythme de l'écho des tempêtes du passé résonnant de toutes ses phases historiques, - fussent-elles glorieuses, héroïques ou som-bres, tragiques... Le combat contre le destin contraire est permanent, et d'autant «de juillet 1962 à maintenant et, c'était le mois d'avril 1965»...
Kharchi s'applique à nous instruire sur l'attachement de ce peuple à sa terre, sur ses origines identitaires et sur son sens de la justice. Son mode de vie, marqué par la tradition et le désir d'évoluer, de progresser, soulève bien des questionnements de toute sorte. Cependant, c'est la lutte émouvante de ce peuple pour sa survie qui donne de l'épaisseur à la pléthore de personnages incroyablement vrais, et je n'hésite pas à dire qu'ils sont tous du cru. Il y a Belgacem, Khaouni, Mostefa, Khelifa, Hocine, Hama, Chiboub (le courage personnifié) et les autres. Et enfin, plus que toutes autres femmes «que ce soit Hawa, Akriya, Hadda, El-Khansa, Aïcha, Henia, Kheira, Khaoula ou Saadia, pour ne citer que celles-là», Garmia, la sublime, celle dont Hama voyait le visage «sur le fond du ciel empli d'étoiles» et Khaouni qui, en la regardant, avait «comme une étincelle dans le sombre de ses prunelles»; cette fille de Belgacem, sera ni à l'un ni à l'autre. Un douteux hasard, la désigne pour épouser Cheikh Saad qui s'était mis à prier Dieu de lui «donner un enfant mâle qui saura perpétuer [son] nom».

Une nouvelle existence
«Il fallait continuer à mettre les traditions des ancêtres au coeur de la vie», nous fait remarquer le narrateur, ajoutant: «Mais tout n'est pas éternel. La vie est parfois plus forte que le temps, si le temps ne se dévore pas lui-même.» Belle réflexion et juste destin qui va faire rebondir la dramatisation de cette «leçon de morale» mi-miel mi-amertume. Laissons-là se poursuivre avec Khaouni «qui éprouvait à l'endroit de Cheikh Saad la répulsion la plus farouche. [...] et pour Garmia un attachement plus fort que par le passé». Devenu rival implacable de Cheikh Saad, celui-ci réussit à l'envoyer en exil au plus profond du désert, à Reggane, là où «Après la mort des derniers chameaux contaminés par cette substance nocive disséminée dans l'atmosphère de Hamoudia, la maladie avait fini par contraindre Khaouni, touché lui aussi, à rendre son dernier souffle»,... tandis que Cheikh Saad est resté longtemps introuvable. C'est que la tempête de sable a repris par rafales successives sur tout le territoire. C'est alors que le pétrole jaillit du sous-sol, heureux jour pour Nakhlet-Sidi-Ibrahim, désormais «point de rencontre entre le progrès et la tradition». Suit une longue conclusion à ce récit, peut-être est-ce une allusion facile à saisir: «Maintenant que Cheikh Saad n'était plus là, la porte d'enceinte restait ouverte jour et nuit. Cela n'avait plus d'importance. Nakhklet-Sidi-Ibrahim s'affranchissait de cette tradition, survivance d'un long passé d'où émanaient le poids du temps et l'entreprise d'un isolement entêté. Depuis si longtemps la vie s'était immobilisée entre les siècles, sans rien attendre que le vent de sable et la récolte des dattes. À présent, [...] sans se départir de ses racines et de ses attaches, Nakhlet-Sidi-Ibrahim s'éveillait au temps vivant d'un monde en marche. Après son divorce avec la palmeraie, Hama était revenu, heureux de son travail et de sa nouvelle existence. Maintenant, il pouvait épouser Garmia. Ensemble ils allaient vivre comme ils avaient envie de vivre.»
Sans doute, l'écriture - en forme de plaidoirie - de cette oeuvre a été servie par une imagination fertile pour reproduire plutôt avec réussite les vrais effets de la nature et les vraies humeurs d'une population pleinement vivante de la réalité de son destin. Pour le lecteur, épris de récits d'aventures... et de légendes humaines, il y a dans Un dernier voeu avant l'aube de Djamel Kharchi, un appel à saisir l'âme spécifique d'un homme hanté par le salut de sa Terre Maternelle (et à travers lui celui de tout un peuple) et à mesurer l'ampleur, la force, le sens d'une volonté prête à l'action mutante vers le progrès. Cet ouvrage est, à mon sens, un sursaut de rêverie, si j'ose dire, qui éveille l'imagination trop tranquille, servie par une plume sobre, c'est-à-dire correcte, et qui encourage à avoir de la gratitude pour l'auteur algérien qui pense algérien qui écrit algérien pour les Algériens. C'est seulement ainsi que la littérature algérienne donnera du coeur à la lire et à l'aimer. On pense souvent que «le critique littéraire est un lecteur nécessairement sévère». Eh bien, moi, je m'adonne à la lecture heureuse.
Le bien-dire, comme le bien écrire sont des éléments du bien-être.

(*) Un dernier voeu avant l'aube de Djamel Kharchi, Casbah Éditions, Alger, 2012, 278 pages.

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