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LES NOCES DU RETOUR DE YOUCEF TOUNSI

Oui, blague à part...

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Oui, blague à part...

comment pourrait-on vivre ici ou ailleurs et se trouver conséquent avec soi-même?

C'est qu'en vérité, chacun n'est jamais tout le temps en face de lui-même, chacun cherche son maître, et peu importe que celui-ci soit beau, bon, vilain ou méchant, il l'accepte par fatalité! De ce type de personnage, qui n'en a pas eu sous les yeux, et si souvent qu'il a oublié de se regarder lui-même dans son miroir personnel?
Dans son recueil de dix nouvelles Les Noces du retour (*) - publié avec le soutien du Ministère de la Culture dans le cadre de la célébration du Cinquantenaire de l'Indépendance de l'Algérie -, Youcef Tounsi nous donne de très significatifs profils de caractères évoluant dans la société actuelle entre le vivre ici et le vivre ailleurs, entre l'aller et le retour, entre ce qui est terre et ce qui est pied-à-terre. Comment donc être soi-même loin et dans son propre pays, tout en menant «une vie quotidienne et banale, c'est-à-dire de labeur, de souffrances, de peur, de nostalgie»? À sa façon, Youcef Tounsi l'écrit; il le juge, il le dit librement selon son choix dans un genre littéraire pourtant difficile qui requiert à la fois art et technique, brièveté et sobriété, des règles absolues pour circonscrire des consciences souvent face aux pires atrocités d'un destin contraire, le tout en un style fin exigeant une puissance d'expression singulière.
Dans l'«Avant-propos» à ce livre, l'écrivain et poète montpelliérain, Frédéric Jacques Temple le précise autrement: «... Les personnages, dont certains sont visiblement inspirés de l'auteur lui-même, ou de ses propres expériences, vivent leur quotidien, dans leurs métiers ou leurs professions, confrontés aux diverses circonstances qui ont affecté leur patrie: la guerre, l'indépendance, les tragédies, l'exil ou les désillusions du retour.»

L'exil sans le salut escompté
Youcef Tounsi, né à Alger, «consultant et conseil en formation», est auteur d'une pièce de théâtre (Les Colliers de jasmin, 2001) et de romans (La Falaise des sept lumières, 2004, Les Chiens rouges, 2007, publiés sous le nom de Youcef Tahari et Impasse de la Régence, 2010). Quant à l'oeuvre en question Les Noces du retour, elle évoque des émotions d'une grande pureté psychologique pour être assez attachante et faire croire à l'authenticité de l'événement vécu par l'auteur. Et là, à mon avis, est la qualité essentielle de cette oeuvre: des scènes vivantes, un récit revêtu d'une forme populaire simple, des propos fort directs, des humeurs pittoresques, un langage s'écartant parfois, pas toujours, de l'amphigouri et de l'usage de termes sans profit pour la pensée. C'est ici que je vois, néanmoins, le soin auquel tient Youcef Tounsi pour écrire juste et bien et par ainsi essayer de s'écarter des niaiseries et du néant de certains auteurs qui briguent la première place du podium littéraire et l'obtiennent encouragés et poussés qu'ils sont, à bras-le-corps, par des amitiés forcément intéressées et assez faussement généreuses pour en tirer profit, malgré tout, elles également.
À présent, j'invite le lecteur à fixer un moment son regard sur l'illustration de la première de couverture de ce recueil de nouvelles Les Noces du retour et à fournir un effort judicieux d'imagination pour éprouver l'infini plaisir d'un certain «auto-réalisme» exprimé par l'artiste peintre algérien Denis Martinez, imprégné de culture populaire.
Au reste, c'est ce qui, à mon sens, introduit le lecteur dans la spécificité des personnages qu'il va connaître ou reconnaître dans les dix nouvelles où ces personnages, vibrant dans un puissant et vaste «autoritarisme», laissent, à leur corps défendant, paraître leurs caractères de citoyens ordinaires. «On ne naît pas Je», dirait telle romancière, Chloé Delaume, l'une des plus importantes de la jeune génération actuelle d'écrivains français qui développent une littérature fondée sur «l'invention de soi». Elle met dans ses personnages une vitalité inouïe à «se dire», non à se produire.
Chez Tounsi, les personnages ne sont certes pas des «héros», pourtant, l'auteur leur fait dire «leurs vies» diverses et authentiques, laissant à chacun de nous d'en tirer sa conclusion, en toute conscience. Ce sont tous des Algériens, qu'ils vivent en Algérie ou qu'ils vivent à l'étranger. Ces nouvelles constituent une galerie de portraits s'affichant dans une société en constante évolution, souvent en pleine contradiction, trop naïve, trop souvent généreuse, parfois indifférente, à la limite de l'insensibilité du vrai et du faux, de la logique quotidienne du civisme et de l'interdit du rêve personnel impossible. Mais on verra que là l'impossible est possible et ici le possible est impossible. Alors il faut, comme tous les humains, que l'on décharge sa rate ou que l'on trouve une issue en allant comme un dératé à la recherche d'une vie meilleure.
Aussi l'exil devient-il le coup de maître de l'existence, mais ce sera, presque aussitôt, une existence sans le salut escompté. Et bien sûr, suit la désillusion, et suit le toutim.

Une oeuvre objective
Toutes ces idées circulent aisément à travers les dix nouvelles recueillies dans Les Noces du retour. Cependant, autant Youcef Tounsi a le sens aigu, semble-t-il, du genre littéraire appelé «nouvelle», autant doit-on remarquer qu'ici l'ordre des récits courts (short story, «histoire courte») n'est pas observé.
Généralement, la première nouvelle, centrée autour d'un événement principal, sert de «motrice» à l'ensemble du train de nouvelles qui lui sont nécessairement attachées pour, en somme, l'illustrer différemment et renforcer l'idée maîtresse à exposer dans le recueil. Ici l'idée de «noces» liée à l'idée du «retour», et plus exactement de «noces du retour», est élaborée dans la nouvelle «Les noces du retour».
Tounsi a justement mis en épigraphe à cette nouvelle les vers suivants du regretté grand poète palestinien Mahmoud Darwish (13 mars 1941 -9 août 2008): «Je ne reviendrai pas comme je suis parti, / Ne reviendrai pas même furtivement.» À méditer.
Dans cette nouvelle, les personnages (le narrateur, «Âmmi Braham» et surtout «Tahar», le fils «absent» de ce dernier) sont d'une réalité psychologique impressionnante d'où cette fausse vertu des «noces» qu'elles ne sont pas toujours heureuses. L'oeuvre de Youcef Tounsi étant essentiellement objective, il en va de même pour la nouvelle intitulée «Blague à part» (avec Badreddine en tête du recueil), traitant d'«une situation ubuesque» où la justice est bafouée dans une affaire de gros sous et d'autres choses à découvrir selon la sensibilité du lecteur. Il en va encore de même pour toutes les nouvelles suivantes, à l'exemple frappant de l'histoire de «Djelloul, le coiffeur aux mains d'argent» quand Djelloul, du côté de la petite Camargue, «était comme ça, le matin toujours un peu rêveur, un peu philosophe... [...] Mais les ennuis le rattrapèrent très vite.», tant il est vrai que la vie est pleine de surprises: il aura in fine son salon à lui tout seul, sauf pas encore le bonheur de l'avoir à... Oran! Alors «il essuya [ses] larmes d'enfant arraché à son pays par d'absurdes attitudes de bureaucrates impénitents et les visions sectaires, inhumaines de responsables jaloux de leur autorité». Ainsi va la vie... où que l'on aille!
Quoi qu'il en soit, les nouvelles recueillies sous le titre Les Noces du retour ne seront sans doute qu'une lecture divertissante pour les uns mais, j'en suis sûr, elles seront pour beaucoup d'autres une véritable source de réflexions judicieuses... Car, en littérature, la nouvelle est une oeuvre de fiction qu'elle soit ou non inspirée d'un fait vécu.
Bref, l'art, la technique, la clarté des idées et finalement le talent de l'auteur créent l'envie de lire, Les Noces du retour de Youcef Tounsi. Les lecteurs du Temps de lire sauront en juger.
Cependant, respectueux de la morale de nos Anciens, je dis: 1 - Mâ yahoukklak illâ dhafrak wa mâ yabkîlak illâ chafrak, ne peut te gratter que ton ongle et ne peut te pleurer que ton oeil. 2 - Ouakrak! Ouakrak! Mâ yanfaak illâ ouakrak! Ton pays! Ton pays! Ne peut t'être utile que ton pays! 3 - Wal hadith qiyâs! Et tel propos en est la juste mesure!
Çahha ramadhânakoum, en ce début du mois sacré du calendrier musulman.

(*) Les Noces du retour de Youcef Tounsi, APIC Éditions, Alger, 2013, 167 pages.

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