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LA PROIE DES MONDES D'ANYS MEZZAOUR

Les jeunes nous apprennent à rêver

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Les jeunes nous apprennent à rêver

Là où l'imaginaire est créateur de sujets humains exceptionnels et libres, peu importe que le monde, qui s'ouvre à nous pauvres idéalistes hésitants, soit un cosmos total capable de remodeler l'homme pour l'homme.

Après avoir lu, après avoir relu dois-je dire, le roman La Proie des Mondes (*) de ce jeune âgé tout juste de dix-sept ans, aujourd'hui même, et que je crois connaître parfaitement, je me sens bluffé. Anys Mezzaour, au seuil franchi de la dernière année de ses études secondaires, me met, mettra sans nul doute de nombreux lecteurs de son âge et même ceux dont la tête, comme la mienne, est couverte de neige, face à une réalité attachée à une séduisante irréalité, celle du genre fantasy, un art littéraire autonome. Et ce n'est là que le commencement d'une oeuvre à venir, puisque le présent roman s'abrite sous le titre général «Le Lien des Temps», promesse d'une suite d'ouvrages de haute qualité. Il faut alors considérer que l'Entreprise Nationale des Arts Graphiques, ayant célébré, le 30 avril 2013, sa trentième année d'existence et d'évolution constante, ne cesse d'affirmer aussi sa mission éditoriale et ses fortes prétentions à servir le Livre algérien et, par ainsi, répandre la culture nationale chez nous, dans tout le pays, et dans le monde, tout en encourageant nos jeunes talents.
Alors oui, je me sens sincèrement bluffé et heureux. Le lecteur doit se laisser emporter dans la fraîcheur de cette littérature juvénile et se perdre et se retrouver dans la nécessité des chemins du récit fantastique. J'en donne un «abstract», rédigé par l'auteur lui-même et adressé, par ailleurs, à ses camarades de lycée: «Ce sont les péripéties complexes et haletantes d'un adolescent de 16 ans, doté de pouvoirs magiques et vivant dans un univers parallèle, pris en chasse par l'ennemi public numéro un de son pays. Au fil de l'intrigue, il devra faire face à des vérités longtemps cachées et à des situations qu'il n'aurait jamais imaginé pouvoir vivre. Depuis, son entrée à l'Académie de magie d'Elementia jusqu'à son séjour sur Terre en passant par les complots aux plus hauts sommets de l'État, Bill Stuart vivra une aventure extraordinaire à la frontière du réel.»
Quant à moi, je ne résiste pas à l'exténuant bonheur qui me submerge et me presse à me glisser dans les plis de la préface que la vocation précoce de mon petit-fils Anys Mezzaour, m'a inspirée, et que voici: «En commençant cette préface, je suis ému comme à la naissance, le 6 novembre 1996, de mon premier petit-fils prénommé Anys.
Dans le cas présent, c'est encore un don de la Providence, car j'assiste aussi à la publication de la première oeuvre d'écriture littéraire d'Anys qui a aujourd'hui seize ans.
Il l'avait projetée, cette oeuvre, au cours de l'hiver 2008. Sans doute, était-il poussé, depuis longtemps déjà vers l'écriture, par ses nombreuses lectures d'ouvrages littéraires classiques et modernes.
Il venait, de temps à autre, lire derrière moi, par-dessus mon épaule, ce que j'écrivais sur l'écran de mon ordinateur. Il restait debout un court moment, observateur curieux et silencieux, puis, s'apercevant soudain qu'il me gênait ou qu'il devait terminer un devoir de classe, il s'éclipsait sur la pointe des pieds, jusqu'à la prochaine envie de me surprendre. Il me retrouvait tout perdu dans mes pensées, jeté dans les sentiers d'un récit imaginé dans la solitude de l'écrivain inquiet et pourtant plein d'intérêt pour son futur lecteur aussi solitaire que lui et d'espoir têtu de croire donner une âme à une idée conçue avec la vanité du naïf...
Anys, un jour, me demanda comment je faisais mes livres. Évidemment, je fus heureux d'apprendre qu'il s'intéressait, à 15 ans, au métier d'écrivain. Et j'essayai de lui donner, le plus simplement possible, quelques explications mais qui m'amenèrent à lui parler comme un professeur embarrassé, pris en flagrant délit d'impuissance de science et surtout de pédagogie.
Pour finir, je crus bon de lui exprimer ma tendresse en lui disant qu'un jour, lui aussi écrira sûrement des livres. Il m'annonça tout de go: «Je suis en train d'écrire un roman de fantasy. Il a pour titre La Proie des Mondes.» Ha!... Je le félicitai. Et à son tour, il fut heureux.
Mais mon intention, à cette minute, ce fut de ne pas le détourner de ses études.
Par la suite, au fil des semaines, des mois, des années, je savais que, spécialement pendant les vacances, il «écrivait» - ainsi disait-on, dans notre entourage -, et souvent, il se laissait naturellement captiver par les jeux électroniques, par la lecture ou par de rares rencontres entre camarades de son âge. Parfois, ses parents, sa grand-mère, moi-même, nous le plaisantions quand il se détournait de son ordinateur. Et ton livre? Où en es-tu? En vain, aucun de nous ne parvenait à savoir autre chose que: «Ça avance.»
Abandonnée, puis reprise et de nouveau abandonnée, et de nouveau reprise, cette idée d'écrire le récit, où prédominerait la fantasy et dont il se passionnait, voletait dans son esprit tantôt serein tantôt préoccupé, de saison en saison d'école et de vacances, de livre en livre lu et souvent relu... En décembre 2011, il reprit goût - peut-être trop sérieusement, à mon sens - à «travailler» à son roman. Il me tendait fièrement un feuillet ou m'invitait à m'approcher de son ordinateur pour lire des extraits de plusieurs chapitres. Que devais-je en penser? Dans quelle direction, avais-je la certitude et le droit de l'engager?
Je faisais semblant de ne pas voir ses progrès, de crainte, tout à la fois, de le désintéresser de ses études et de le détacher d'une aurore de bonheur d'écrire à son âge un roman dans le genre fantasy, et de quelque sujet d'imagination débridée traiterait-il, de quelque étrange invraisemblance oserait-il, de quelque ambition délirante prêcherait-il.
Au final, laissons la jeune conscience algérienne exprimer - fût-ce par la Magie de l'Académie d'Elementia - les valeurs de son rêve qui est en avance de ce que l'on est capable d'imaginer, - on verra après...
Tout le récit est dans le déraisonnable, dans la démesure, dans l'irrationnel et l'on finit par être convaincu de la normalité nouvelle qu'exige le rêve de notre adolescent adorateur de mondes parallèles et qui croit au futur des Mondes et milite pour la coexistence pacifique et le respect de l'Autre. Les mauvaises ombres doivent être combattues ou ramenées, par l'éducation et par l'exemple, à l'équilibre de l'humaine condition.
Le premier jeune auteur algérien de fantasy serait-il né?
Anys s'adonne, en toute liberté, à la fantaisie de son imagination et à son écriture. Les personnages, les noms, l'action, les lieux de l'action, la description des formes, des êtres et des choses,... obéissent aux lois imposées par le jeune auteur. Ne cherchons pas si ceci ou cela est réfléchi, peut-être que oui, peut-être que non. Cherchons où se situe le charme de l'imagination humanisée, et comprenons pourquoi et comment pourrait-on construire, par exemple, un immeuble public avec quatre matériaux différents: la pierre, la lave, l'eau et les nuages ou se transporter grâce à une ceinture de volatilisation et réaliser bien d'autres choses époustouflantes. Aussi, Anys a-t-il le langage et l'écriture des jeunes, c'est-à-dire un style direct, truculent, sans fioriture inutile, souvent impliquant une merveilleuse didactique et soutenu par un irrésistible suspense jusqu'à la dernière ligne du récit.
Aujourd'hui, voici donc une oeuvre de jeunesse qui ravive notre imaginaire oublié. Le talent d'Anys Mezzaour est là et nos encouragements le sont aussi.»

(*) La Proie des Mondes d'Anys Mezzaour, ENAG Éditions, Alger, 2013, 315 pages

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