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LES COLOMBES DU PRÉSIDENT SUIVI DE LA NUIT LE JOUR DE ACHOUR CHEURFI

Faire du bruit pour en faire fortune

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Faire du bruit pour en faire fortune

Ceux qui «TUENT» le temps, tuent réellement et sans regrets les «colombes»: cela n'est pas une fable.

Le sens du «symbole» ou mieux la fonction de l'allusion, el mana, (particulièrement pratiquée dans la société algérienne) est de s'adresser à la conscience d'une tierce personne, - celle-ci est seule à juger si elle en a une bonne ou une mauvaise. C'est bien ce que veulent exprimer, dois-je naturellement me persuader, certaines virtualités pensées par Achour Cheurfi dans son recueil de nouvelles Les Colombes du président suivi de La Nuit Le Jour (*). Nous pouvons ajouter cette expression populaire bien de chez nous et dont il est difficile d'en rendre la subtile signification «Haff te îch, trompe pour en vivre, autrement dit, duper pour faire fortune.» C'est une idée commune qui ne cesse d'ouvrir aux opportunistes acharnés un chemin de gloire dans les champs fertiles les plus divers de la politique, de l'administration, de l'économie, de l'éducation,... de la culture, - oui, de «la culture» évidemment, et par conséquent au risque de sombrer dans l'hérésie pléonastique «cultiver la culture», dût-on, au surplus, en importer d'ailleurs au détriment de la nôtre!

L'ambivalence d'une Algérie...
Achour Cheurfi sait parfaitement le genre littéraire appelé «nouvelle» et donc il ne lui échappe pas que l'ordonnancement des textes exige que ces nouvelles soient réunies dans un seul volume. Pourtant, ici pour respecter l'appellation classique du genre, on peut compter nettement deux recueils de «nouvelles». Tels qu'ils se trouvent présentés sous la même couverture, ces textes portent des titres et des thèmes fort intéressants mais presque sans lien entre eux et sont abrités sous des «chapitres» tout à fait différents, - on en compte deux, ou encore selon l'auteur, deux «parties». Ces «nouvelles», ces «récits», ces textes sont pourtant chargés de transmettre aux lecteurs un enseignement unique: «Toutefois, explique Achour Cheurfi dans sa "Liminaire", n'échappant pas à leur contexte, traversées de bout en bout par un fort mouvement contradictoire, ces nouvelles traduisent l'ambiance, voire l'ambivalence, d'une Algérie qui, au sortir du boumédiénisme et à la veille de l'explosion d'octobre 1988, n'arrive plus à supporter le poids excessif du parti unique et d'un pouvoir sectaire qu'illustrent «Stations hallucinatoires» et «Colombes du président».
Ainsi, dans ce recueil de nouvelles, le contexte fait-il surgir une multitude d'idées (ou simplement une multitude d'opinions) qui apparaissent, au lecteur averti, comme autant d'actes de parole que de différents sens à saisir, à traduire et à replacer dans le quotidien social algérien. Est-ce là une oeuvre sociologique factuelle? Sans doute. Une réflexion philosophique journalistique? Sûrement par ses références techniques et son inspiration. Une analyse politique? Pourquoi pas. Une subtilité littéraire? Formellement, - Achour Cheurfi étant à la fois journa liste professionnel, poète (Coraline, Chahla ou danse infidèle), auteur d'une pièce de théâtre (La Maison maudite), de plusieurs dictionnaires (Mémoire algérienne / La Classe politique algérienne de 1900 à nos jours / Écrivains algériens / L'Anthologie algérienne /...) et d'encyclopédies (L'Encyclopédie maghrébine / Encyclopédie des pays musulmans). Achour Cheurfi est, bien entendu, un auteur, si j'ose dire, aux horizons vastes et divers, intensément préoccupé par l'histoire totale de son pays. Il est, par ainsi, l'un de nos plus importants chercheurs qui se soucient du devoir de mémoire, notamment dans le domaine culturel.
Dans l'ouvrage que voici, Achour Cheurfi est poussé par sa passion de connaître même la vie, les amours et (si l'on veut) les désamours - les humeurs et les humours - de la société algérienne. Il observe, il réfléchit et il décide, sans retenue, d'écrire de sa plume de journaliste littéraire ce qu'il a à coeur: ce qu'il y a dans le temps et ce qui pourrait servir dans le temps, d'où ces nombreux dictionnaires qu'il a produits seul, envers et contre tout, ne lésinant ni sur son temps, ni sur sa patience nécessaire pour mettre au point des montagnes d'informations, ni sur son attachement au bel ouvrage, devrais-je dire. Et c'est cela, tout compte fait, la raison de sa passion: être utile là où il y a lieu de l'être pour les autres, mais certes sans la vanité d'agir à leur place.
Cependant, tout en travaillant au plus haut niveau des besoins les plus importants et les plus immédiats (voir ses dictionnaires et ses encyclopédies), Achour Cheurfi ne se désintéresse pas de la pure littérature puisqu'il vient de nous rappeler qu'il reste néanmoins foncièrement un littérateur en publiant le recueil de nouvelles Les Colombes du président suivi de La Nuit le Jour.... encore que...

Entre idéal et idéologie
En effet, dans cette oeuvre, il n'est pas exagéré de dire qu'il tente de montrer que le récit, par le thème et par l'écriture, contribue à faire comprendre le présent ou, du moins, à confirmer dans le présent, les observations faites dans le passé. C'est en quelque sorte, une réécriture de l'histoire (ici politico-sociale), une tranche de vie particulière, à un moment donné - et fut-elle prescrite cette période - dans le temps où se produit l'événement. Aussi, à aucun moment, me semble-t-il, Achour Cheurfi ne se déleste de son jugement de journaliste, de chercheur - et de poète non plus -, qu'il a pu avoir ici ou là dans telle ou telle nouvelle; il est demeuré attaché à l'idée d'observer et de poser juste l'objet à présenter: serait-il objet de progrès, de dérision ou de régression. Dans chaque nouvelle, il y a un vécu épais entre «un fin idéal» et «une grossière idéologie». En somme, ici la nouvelle, le sujet, se développe sur deux voies parallèles, selon un rythme ou un temps binaire (peut-être: La Nuit et Le Jour), se tend vers une idéologie qui conclut par un appel (et même par un rappel) à la raison. Autant l'idéal et le progrès sont légitimes, autant l'idéologie sèche peut être pernicieuse par tant d'aspects nuisibles à la vie sociale renaissante et toujours en apprentissage du devoir et du droit.
Il nous faut donc nous tenir à la lecture des nouvelles que Achour Cheurfi nous propose dans Les Colombes du président suivi de La Nuit Le Jour. Des vies sont là qui, à travers leurs expériences personnelles multiples et inégales et qui souvent ressemblent, peu ou prou à nos vies, nous forcent parfois à les légitimer; c'est le cas des huit premières nouvelles tractées par «Mama H'mama ou Les Colombes du président».
C'est à nouveau cette intention déterminée dans les six nouvelles qui suivent sous l'intitulé général «La Nuit Le Jour» et dont la plus émouvante, la plus attractive et la plus instructive est «L'Exécution», et pas seulement pour ce que ce titre pourrait laisser le lecteur imaginer de «la tragédie subie». De plus, à l'instar des autres récits, «celle-ci, confie l'auteur, est au coeur de tout le reste même si celle-ci [la tragédie] ne se manifeste pas sous la forme d'une présence unique, prenant la forme de récits éclatés qui continuent d'une autre manière, mes préoccupations, à savoir sonder le corps social et rendre compte des pulsations diffuses qui le traversent.» Cependant, à chacun de nous sa vision et son jugement, tant il est vrai que personne, mis devant tant de vérités sociales, politiques, économiques, historiques, ne peut rester indifférent ou muet.
En tout cas, un concept esthétique, même moralisateur, comme quelque chose de juvénile, ne manquera pas de surprendre le vrai lecteur qui saura alors s'expliquer la grande vérité d'observer et de dire par la seule valeur de l'allusion, el mana. Cela est subtilement exprimé, par exemple, dans «L'enfance humaine». Un puissant personnage est soumis à l'épreuve d'un sensationnel duel avec un insecte diptère d'une hypothétique mythologie, qui lui a «creusé [un cratère] sur le dos de la main droite» et, qui plus est, lui délivre ce message étrange et profond: «Je suis là, il y a cinquante millions d'années et je serai là quand tout aura disparu.» Au reste, Achour Cheurfi, usant de la litote autant que moi-même ailleurs, nous l'explique ici avec sagesse.
Quoi qu'il en soit, en lisant Les Colombes du président suivi de La Nuit Le Jour, nous ne pouvons nous empêcher de méditer sur cette fameuse expression populaire «Haff teîch (littéral. "Trompe, tu en vivras"), soit "Trompe, tu te feras valoir"» qui est assez analogue à «Un vacarme bien accommodé donne de l'éclat» dont Achour Cheurfi évoque lui également l'efficacité à laquelle croit le Mouhafedh, un de ses personnages, en ces termes: «Il faut chercher un bruit nouveau autour duquel l'événement doit être articulé, fidèle en cela à la plus insipide des traditions qui veut qu'un vacarme nouveau donne de l'éclat à un grand événement.»

(*) Les Colombes du président suivi de La Nuit Le Jour (Nouvelles) de Achour Cheurfi. Éditions Dalimen, Alger, 2013, 153 pages.

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