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SID AHMED SERRI, LE CHANT DU ROSSIGNOL PAR HAMID TAHRI

La Noûba qui nous submerge d'amour

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La Noûba qui nous submerge d'amour

ll y a lÀ un merveilleux secret, celui d'un resplendissant rayon d'humanité dont l'humble vertu est d'adoucir les coeurs barbares.

Pour perdre ses soucis, il faut se laisser aller à écouter les chants de l'Andalousie primordiale: musique et paroles possèdent de purs charmes pour nous instruire sur nous-mêmes... Aurions-nous perdu, pourrions-nous retrouver, l'expression de l'idéal artistique le plus élevé, celui de la Musique Andalouse qui, en des temps anciens, submergeait d'amour les peuples réunis en terre d'Espagne musulmane puis progressivement, paisiblement, le Sud de la France, ensuite l'Europe et pas seulement? Nul n'oserait refaire l'histoire, - et que sert-il de cacher le soleil avec un tamis, car, de plus, à l'évidence, ce n'est vraiment pas possible?

Le rêve d'une vie musicale arabo-musulmane
Ce sentiment fort, nous est inspiré par la publication du beau livre de Hamid Tahri consacré à la biographie de Sid Ahmed Serri et par la symbolique de l'intitulé «Le Chant du Rossignol» (*). Sa lecture lève en nous une indicible joie, elle-même portée par un mouvement artistique plein de conscience et de fraîcheur nouvelle en dépit du temps maussade auquel nous ont habitués tant de promesses administratives hélas non tenues. Heureux pourtant que Sid Ahmed Serri, tout juste à 87 ans, ne soit pas l'homme, l'artiste et le maître d'aujourd'hui, seulement. Toujours fidèle à lui-même, et par là à ses maîtres aussi, il s'est souvent exprimé pour faire mieux connaître ce genre musical, pour appeler à sauver ce qui reste encore à sauver. (Lire notre article «Les noûbâte de la Gazelle» présentant l'ouvrage «Chants andalous: Recueil de poèmes des noubâtes de la musique ´´Sana´´» par Sid Ahmed Serri, éd; ENAG, 2002, in L'Expression du mercredi 15 janvier 2003 et notre «Entretien avec Sid Ahmed Serri: Pour l'amour de la Noûba», in L'Expression du lundi 3 mars 2003). En effet, que de fois, cet enseigneur au vrai sens du mot, a écrit, il a prêté sa voix - c'est bien la meilleure forme de son engagement - pour défendre ce patrimoine musical contre l'oubli qui favorise sa mise en péril par l'indifférence de ceux de qui on espère beaucoup et qui n'agissent pas et par l'incompétence ou l'ignorance des opportunistes qui s'en mêlent aggravant l'objet redouté. Mais qui voulait-il entendre, Serri? Qui savait-il le comprendre? Mais la solitude du Maître, par la grâce de sa volonté et par le soutien indéfectible des vrais amis et des vrais mélomanes, est devenue centre de valeurs déterminantes pour restituer à la riche civilisation algérienne, enfin aujourd'hui libre et indépendante, tout le rêve d'une vie musicale arabo-musulmane. Et ne faut-il pas néanmoins déplorer la perte de tant et tant de «qaçaid» du répertoire de chants religieux lesquels, ravivés par les mélodies des oeuvres profanes des noûbâte classiques, donnaient du sens à la piété des cérémonies de célébration du Mawlid en-Nabâoui ech-Charîf, notamment au mausolée de Sidi Abderrahmane et dont la tradition est reconduite par Sid Ahmed Serri?
Quoi qu'il en soit, sachons, sans trop de querelle, plutôt conserver, sauvegarder ce patrimoine musical propagé, mûri, enrichi chez nous, mis à la portée de toutes les intelligences algériennes depuis un temps très lointain que l'on pourrait fixer, sans exagération, au XIIIe siècle, sinon plus antérieurement, si l'on se réfère au mouwachchah, inventé par Mouqaddam B. Mouafa et qui connut un prodigieux épanouissement de la fin du IXe siècle au début du
Xe siècle. C'est sans doute pour leur forme populaire et pour la concision de leurs strophes - appelées souvent «khardja» qui signifie «issue, sortie» ou «fin», car elles terminent le poème et dont l'origine remonterait au couplet chrétien en langue romane - que ces pièces mouwachchahâte ont été importées au Maghreb par les Maures exilés de l'Andalousie, probablement depuis le Xe siècle, c'est-à-dire avant la chute de Grenade en 1492. Ce point d'histoire est relevé par de nombreux chercheurs et cette appréciation est spécialement partagée par Sid Ahmed Bouali quand il évoque, dans sa Petite introduction à la musique classique algérienne (éd. SNED, Alger, 1968, p. 25), les origines arabo-andalouses de la musique classique algérienne: «C'est à partir de cette époque, effectivement, que des exodes de plus en plus massifs, commencèrent à débarquer sur les côtes d'Afrique du Nord, leurs contingents d'exilés.» Ce genre s'est répandu à Fès par l'andalou Ibn Oumayr, auteur de nombreux poèmes-mouwachchahâte, puis à Tlemcen par Ali B. Al-Mouadhdhan, puis progressivement dans toutes les régions et les grandes villes voisines... Certes, ce n'est pas le sujet ici, mais l'évocation de l'origine de la musique dite «Arabo-Andalouse» ou «Classique Algérienne» ou «Algéro-Andalouse»,... - selon la circonstance, le tempérament ou l'occurrence,... ou l'intention - permet de mesurer l'importance accordée à ce patrimoine musical parfaitement enraciné, jalousement conservé et passionnément défendu, particulièrement en Algérie. Et l'un des plus grands maîtres de cette musique, après tant d'autres génies algériens, est-il encore besoin de le présenter, a pour prénom Sid Ahmed et pour nom Serri. Que les anciens sachent en parler avec émotion, c'est chose naturelle; que l'on veuille en faire enfin le «portrait» destiné à enrichir nos archives bibliographiques de nos artistes dans le domaine de la musique algérienne et en même temps surtout à instruire notre jeunesse, voilà qui mérite remerciements spontanés et chaleureux.

Défense et illustration de la musique arabo-andalouse
Sid Ahmed Serri a encouragé le projet du diligent journaliste culturel Hamid Tahri qui a conçu l'ouvrage au titre honorablement partisan, poétique et très juste: «Le Chant du Rossignol.» Rompu à une difficile et instructive spécialité, «Portraits», un genre littéraire qu'il nous offre le jeudi dans «El Watan», Tahri a encore réussi à amener délicatement Sid Ahmed Serri à se livrer dans «Le Chant du Rossignol». Au reste, dans sa contribution à mon ouvrage «À quoi sert le livre?», éd. ENAG, 2013, Hamid Tahri a motivé ainsi l'objet des «Portraits»: «L'expérience m'a démontré que la plupart des personnes interviewées avaient ce besoin de parler, de s'expliquer, de se raconter. Beaucoup plus que de briguer une petite place au soleil. En général, ils avaient beaucoup de choses à dire sans avoir pensé un jour les immortaliser dans l'écriture.» Dont acte, puisque Tahri le prouve bellement avec la publication du «portrait» de Serri, et c'est plus exact que «biographie», car il nous présente l'«éthopée», en quelque sorte la description littéraire des traits fins et caractéristiques du personnage Sid Ahmed Serri, un «portrait moral et psychologique»: sa vie, sa passion, sa profession. Tout cet ensemble édifie le «Maître de l'école d'Alger», orné de textes spécifiques sur ses origines, son éducation, sa vie familiale, accordant à la femme la place qui lui est due dans notre société moderne, sa formation et ses maîtres les frères Fakhârdji, le rôle des anciens interprètes ayant sauvegardé le répertoire de noûbâte andalouses (Mohamed Sfindja, Mohamed Benteffahi,...). Citons quelques maîtres-fondateurs (Mohammed Benteffahi, Ahmed Es-Sebti, Larbi Ben Sari,...), différentes écoles (Alger, Tlemcen, Constantine,...). Des associations sont apparues et ont formé de nombreux musiciens (El Moutribia,
El Andalousia, El Mossilia, El Djazairia,... Cette dernière «association» a pris une grande vitalité avec Abderazzak Fakhardji dont Sid Ahmed Serri fait inlassablement l'éloge. On compte de nombreux professeurs (Mohammed Benteffahi, Mohammed Fakhardji, Mahieddine Lakehal, Ahmed Sebti, Abdelkrim Mehamsadji, Bakir Messekdji, Abderazzak Fakhardji, Sid Ali Benmerabet, Omar Bensemmane, Sid Ahmed Serri, Brahim Benladjrab, Youcef Oueznadji,...) ayant transmis et appris ce patrimoine aux élèves (garçons et filles) dont certains, à leur tour, sont devenus des professeurs. De même, on cite des érudits en histoire de la musique andalouse et conservateurs de pièces du répertoire (à l'exemple de Hemida Kateb, cheikh Abderrahmane Djilali,...), des musiciens (Abdelghani Belkaïd, Kechkoul Abdelhak, Alilou, Mohammed Bensemmane,...). De nouveaux chefs d'orchestres se sont révélés dans plusieurs villes sous la direction de maîtres formateurs de la qualité exceptionnelle de Sid Ahmed Serri... Je l'entends répéter comme pour un prochain concert avec de jeunes rossignols: «Il ne faut pas oublier de noter que d'autres personnes aussi travaillent dans l'ombre.»
L'histoire de la musique andalouse reste entière; il faut la remonter jusqu'à la source, à la fois merveilleuse et très édifiante, que constitue l'agréable ouvrage «Sid Ahmed Serri: le Chant du Rossignol» écrit par Hamid Tahri, paru aux éditions Quipos et façonné avec un effort de professionnalisme appliqué que je me dois de souligner, ici. On y lit des textes intelligents retransmettant délicatement la passion de Sid Ahmed Serri pour la musique andalouse, pour ses maîtres, pour ses compagnons dans «les jardins de la musique andalouse», en somme pour sa patrie totale. En annexes, ses lettres adressées «à qui de droit» peuvent être intitulées «Défense et illustration de la musique arabo-andalouse». Des articles de presse et d'auteurs différents dont celui de Kamel Malti donnent l'image authentique d'un Serri qui veut bien dire «secret» et, pour ceux qui savent, «humilité». Les photographies qui jalousent le beau livre, jalonnent aussi toute une aventure humaine, une vie où se mêlent, avec harmonie, l'ancien et le nouveau, le passé et le présent, l'histoire et la culture, le rêve et la réalité, le chant de l'âme et la liberté de l'esprit. Là où Sid Ahmed imagine son trésor, là aussi est son coeur. Il y a en filigrane, une pensée vertueuse pour sa famille, pour son épouse. Je comprends parfaitement alors en tournant la dernière page de la partie «Album Photos», cette magnifique et spontanée réflexion qu'il m'a confiée, un jour qu'il me parlait par allusion, combien nos épouses respectives enduraient les caprices de notre métier, lui chanteur, moi écrivain: «Puissent-elles nous pardonner nos petits grains de folie! Yadjalhoum yassamhoûlnâ habâlna!». J'ai confirmé par ces paroles: «Nous sommes comme les Andalous, nous nous comprenons au seul signe! Henâ kî nâs el Andalous, nefahmou bil ichâra!».

(*) LE CHANT DU ROSSIGNOL de Hamid Tahri
Beau-Livre, format (31x24) cm, 331 pages.
Quipos-Éditions, Alger, 2013.

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