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UN COEUR À PRENDRE DE TARIK DJERROUD

"Qui connaît une femme devient vite philosophe"

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"Qui connaît une femme devient vite philosophe"

Le bonheur pourrait pourtant être dans la solitude, dans la nôtre ou dans celle des autres?

Oh, sûrement! Et beaucoup d'autres choses y contribuent aussi!... Mais, pour bien comprendre ce qu'il en est, lisons, à notre tour, directement «la Lettre-Roman» intitulée Un Coeur à prendre (*) de Tarik Djerroud, sans trop nous attarder sur les quatre épigraphes.

Une intime confession
Le personnage central - «l'éprouvé» si l'on préfère - fait, à son «Cher Maître et ami», le récit détaillé de sa vie complexe de jeune détective «pris dans une mauvaise étreinte, écrasé par l'enclume de la solitude et le marteau de la nostalgie». Il lui envoie une très longue lettre ou plutôt ce que l'on appellerait - et pour ajouter ici un peu d'étrangeté à ce genre d'écrit formel - une «épistole», un vieux terme issu du latin, oublié par la littérature d'aujourd'hui et ayant désigné une épître, une lettre (au sens de correspondance), un poème, un livre et tout autre travail d'érudition spécialement long. Par exemple, Les Epistulae (Les Épistoles soit Les Épîtres ou Lettres en français) du poète latin Horace (65 av. J.-C. - 8 av. J.-C.).
Le style du narrateur épistolier d'Un coeur à prendre s'annonce, dès les premières lignes, fort en vocabulaire de sa profession, empreint de l'humour des anciens de Kabylie et pleinement inspiré d'une philosophie de l'homme aux aguets, cherchant une sortie logique à la tourmente dont il est la proie: l'amour secret pour une femme magique. Il tente de se convaincre de la compréhension de son généreux Maître: «N'est-ce pas lorsqu'on a tout perdu qu'il faut rêver de salut et de bonheur?» C'est, à la fois, la question posée dans cette longue lettre «chargée d'une brochette d'événements saisissants» et la réponse que le lecteur formulera tout seul et en lui-même. C'est peut-être, justement chez son lecteur, non chez le destinataire de sa lettre, son «Maître et ami» auquel il semble se confesser sans restriction, que le détective-expéditeur cherche refuge. Or l'attente de cette réponse sera longue, elle aussi. Mais y en aura-t-il une au bout de cette intime confession?
Afin d'expliquer, à son «Maître et ami», sa «situation incongrue, et peu reluisante qu' [il] traverse dans une absolue solitude», le jeune défective s'en réfère à ce que fut son père «passionné de peinture, féru de lecture, les livres de Socrate constamment à son chevet, [Son père] fut un homme pour qui la curiosité était une seconde nature et le raffinement habitait son âme depuis sa tendre enfance. À ses heures, citant le penseur grec, il [lui] répétait dès qu'une occasion se présentait: Avant de connaître une femme, on voudrait bien l'aimer. Cependant, dès qu'un homme connaît une femme, il devient vite philosophe. Ce qui est une bonne chose´´.»
Tarik Djerroud est né en 1974. Il a fait des études universitaires en électronique, et il est actuellement «éditeur de profession» et auteur de plusieurs ouvrages dont Hold-up à la Casbah (2012) un roman que j'ai présenté dans Le Temps de lire et avec cette mention: «Et parce que c'est un roman, il est la résonance transcrite d'un enchantement de rêve, d'idée et d'écriture à propos d'un événement historique majeur marquant de la conquête de l'Algérie.» Son nouveau livre «Un coeur à prendre» révèle davantage un talent en pleine formation et une écriture d'une grande sensibilité, à vrai dire, pour exprimer par des mots qui disent quelque chose de l'humaine condition élevée dans une trajectoire bellement universelle.
En effet, nous découvrons une âme vigile et, si j'ose dire, «virile». Pour écrire cette oeuvre, Tarik Djerroud a puisé, en poète, dans l'histoire de l'homme, car si même le village, où se déroulent les faits, est imaginaire, la société qui y évolue ne l'est pas: «À Tizi, tout le monde se connaît. La population se jalouse comme elle respire!», et dans la localité de Sendou, on n'est pas différent.
La sorcellerie pratiquée par l'imam et lqabla a tétanisé toute la population.
Les personnages sont aussi authentiques que le drame qui les rend à leur naturel, tels les hommes et les femmes: l'imam, «la sacrée lqabla» et son mari Amar, Tina «le bijou» envié et son mari «l'architecte», l'amin et son fils Kamel, Dda Rachid, Nna Tassadit, Belaïd, Nadir, Nassim, Rabah,... et la foule des jeunes désoeuvrés. Qui est l'auteur du double crime?

La fille aux mille et un prétendants
On comprend, de l'aveu du détective, pourquoi «la passion allait-elle nimber cette enquête». Et sans doute, Tarik Djerroud y a-t-il mis beaucoup de lui-même dans ce roman, puisqu'il se sent dans la solitude de tout être vivant certains événements autour de lui. En somme, il vit comme tout Algérien, - oui, peut-être. Mais j'y crois, car l'écriture est en quelque sorte un exutoire pour lui, une respiration, comme si, en lui, bouillonne un fait important et qu'il doit expulser. Alors, il témoigne. Et il témoigne longuement dans ce roman; il est «le» détective qui expose les faits et qui attend «une véritable bouée de sauvetage». Il explique encore à son Maître, tout en appelant à sa «sagesse et à son discernement» qu'«il s'agit, en fait, de mon ultime enquête, brûlante et inoubliable, insolite à bien des égards, comme marquée profondément par un fer rouge sur mon coeur et tatouée odieusement sur l'épiderme de ma mémoire. Pour le moment, si ce n'est pas encore une descente aux enfers, cela y ressemble. À moins que...».
Tout commence, ainsi que dans toutes les histoires humaines, étrangement - croyance oblige! - «Par un vendredi d'un charme résolument estival, aux aurores rougeâtres appelant à une douce plongée sous-marine, un coup de fil me tira du lit tel un chat chassé par son maître dont il disputait la douceur du lit. Les yeux à peine ouverts, j'étais loin d'imaginer ce qu'on allait m'annoncer: un double assassinat à Tizi, un homme et une femme étaient passés de vie à trépas. C'est ainsi, les criminels, eux, ne chôment pas même un vendredi, jour du week-end et de la grande prière. Qu'à cela ne tienne! me dis-je, les détectives existent parce que les criminels circulent et agissent à chaque coin de rue. Ma profession de foi gisant entre les plis de mon âme restait solide: je me dois d'occuper le terrain pour ne jamais laisser le charognard le labourer allégrement.» Il conclut que «tant que le Mal est en liberté», il faut y aller contre, sans hésitation, professionnellement, d'où en suites incessantes ces utiles allusions, symboles, métaphores, bons mots du terroir, us et coutumes; d'où aussi cette morale populaire et tutti quanti.
Le drame est saisissant, l'affliction a envahi tout le village: un imam âgé de 78 ans et une sage-femme (lqabla) âgée de 75 ans ont été assassinés à l'arme blanche. L'enquête débute sur la Place de Taslent. Une scène inattendue éveille l'attention du détective: l'arrivée de trois filles. L'iman l'informe sur celle du milieu: «C'est le fleuron du village. Elle est la fille aux mille et un prétendants. C'est son jour de mariage. Hélas, des voyous ont décidé de faire tomber le diable sur nos têtes en ce jour de fête.» Il est question d'un secret dont tout le village se garde de divulguer. Les deux familles touchées par la tragédie se refusent d'en parler. L'enquête est difficile à mener dans ces conditions. Le détective doit «marcher à l'adrénaline»; il reste vigilant et plein d'astuces professionnelles pour enfin démasquer le criminel et imaginer une solution conforme à sa philosophie soudainement active... Se développe alors en lui, une aridité de pensée morbide et amère. Jusqu'où pourrait-il aller pour quérir son propre bonheur?: vivre de vie saine?
Le suspense est constant. Il serait inconvenant de priver le lecteur du plaisir de suivre une enquête où l'imagination de l'auteur est créatrice de situations psychodramatiques intéressantes et très inattendues. Jusqu'à la fin de la lettre, le «Maître et ami», tout comme le lecteur, restera tenu émerveillé. «Éden» inventé par le détective est bel et bien conçu. Mais alors quelle morale de vie, pouvons-nous en tirer hors de vivre de vie saine?
Bonne fête de l'Aïd el-Fitr à mes lecteurs musulmans.

(*) UN COEUR À PRENDRE de Tarik Djerroud Tafat éditions, Alger, 2013, 159 pages.

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