Prévisions pour le 21 Septembre 2018

 Adrar Min 26 °C Max 38 °C
23
 Laghouat Min 16 °C Max 28 °C
34
 Batna Min 13 °C Max 23 °C
30
 Biskra Min 19 °C Max 32 °C
32
 Tamanrasset Min 20 °C Max 28 °C
30
 Tlemcen Min 17 °C Max 25 °C
32
 Alger Min 17 °C Max 26 °C
30
 Saïda Min 15 °C Max 25 °C
30
 Annaba Min 21 °C Max 26 °C
47
 Mascara Min 15 °C Max 26 °C
30
 Ouargla Min 24 °C Max 33 °C
30
 Oran Min 21 °C Max 25 °C
30
 Illizi Min 22 °C Max 35 °C
32
 Tindouf Min 24 °C Max 36 °C
34
 Khenchela Min 13 °C Max 22 °C
30
 Mila Min 17 °C Max 25 °C
39
 Ghardaïa Min 21 °C Max 30 °C
30
Accueil |Culture | Le temps de lire |

LA PETITE BIBLIOTHÈQUE DE L'ÉTÉ 2014 (II) ENTRETIEN EXCLUSIF AVEC ABDELMADJID BOUZIDI, ÉCONOMISTE (*)

Quelle mondialisation pour l'Algérie?

Par
Taille du texte : Decrease font Enlarge font
Abdelmadjid Bouzidi, le 20 mai 2011Abdelmadjid Bouzidi, le 20 mai 2011

Dans le contexte actuel, l'adhésion de l'Algérie au mouvement de mondialisation se discute.

Néanmoins, cette adhésion devrait tenir plus à sauvegarder des intérêts socio-économiques et culturels de notre pays qu'à satisfaire telle réflexion opportuniste ou têtue.
Dans le dernier Temps de lire (V. L'Expression du 7 juillet 2002), j'ai présenté à nos lecteurs le tome 1 de L'Algérie face aux défis de la mondialisation de Abderrahmane Mebtoul, docteur d'État en sciences économiques. «Le premier volume, écrit l'auteur en résumé, relatera la mondialisation comme rapport social loin de la vision étroite des catégories marchandes. Il sera scindé en deux parties: le renouveau culturel à travers la critique de l'idéologie étatiste populiste dominante en Algérie entre 1991-1992, ainsi que le programme de l'Association Algérienne de Développement de l'Économie de Marché (ADEM) qui constitue la première rupture. Le deuxième volet traitera de l'urgence de l'adaptation de l'Algérie aux mutations mondiales.», - cela d'une part. D'autre part, l'auteur précise que, dans la première partie du tome 1, il «propose différentes contributions parues dans la presse nationale ou internationale entre 1992 et 1995».

L'Expression: Justement, M.Abdelmadjid Bouzidi, vous êtes directement interpellé par M.Abderrahmane Mebtoul dans un de ces articles publié dans trois quotidiens nationaux (novembre-décembre 1994) et reproduit en page 107 du tome 1 en question. Cet article est ainsi intitulé: «La prétendue économie de marché étatique est un slogan idéologique des monopoleurs étatistes.» M.A.Mebtoul en rappelle la circonstance: «Nous avons étudié avec attention les propos de Abdelmadjid Bouzidi transmis à l'Entv en date du 10 novembre 1994 n'arrivant pas toujours à discerner s'il engageait la Présidence ou si c'étaient des analyses théoriques d'un universitaire. Toutefois le mérite de cette intervention est de permettre d'amorcer un débat fondamental pour l'avenir du pays notamment la manière d'instaurer l'économie de marché. Aussi ai-je retenu les arguments suivants...» Nos lecteurs retrouveront ces arguments dans le tome 1 de l'ouvrage cité, à la page 107...
Quelle clarification, M.A.Bouzidi, vous l'économiste dont on connaît la fine pertinence de la pensée et le franc parler, pouvez-vous apporter brièvement aux «arguments retenus» par M.A.Mebtoul, sans toutefois entrer dans la polémique ni même sans en débattre ici - l'espace dont je dispose ne le supporterait pas -, car je voudrais vous interroger sur d'autres thèmes?

Abdelmadjid Bouzidi: Vous me replongez là dans un vieux débat que je pensais clos. Mais enfin, puisqu'une nouvelle occasion m'est offerte pour préciser davantage ma pensée...
L'économie de marché n'est pas monolithique. Plusieurs variantes de ce système économique fonctionnent à travers le monde. Pensez-vous que la variante américaine d'économie de marché est identique à la variante française? Pensez-vous que l'économie de marché sud-coréenne n'est pas à forte dose d'État? Lorsque je parlais d'économie de marché étatique (et non pas étatiste), je visais une économie de marché avec dominance de la propriété privée, vérité des prix, libéralisation du commerce extérieur, mais aussi politique industrielle, politique sociale, politique énergétique, domaines où l'État joue un rôle déterminant. Dans notre pays, nombreuses sont encore les activités, même économiques, que le privé ne peut pas assurer avant longtemps. En France, ne pensez-vous pas que l'économie de marché fonctionne avec une présence économique de l'État encore importante dans l'industrie, dans les banques, dans les transports, dans l'énergie?... Alors, aller chercher dans cette formule, une quelconque intention idéologique ou je ne sais quoi, relève de la polémique futile et, dans le meilleur des cas, d'une ignorance des réalités économiques du monde capitaliste.

Il y a comme une perte de sens chez l'Algérien. L'expression populaire «Le bon sens paysan» semble avoir fui la mentalité algérienne, et l'irrationalité semble plutôt bien installée chez certains esprits. Le citoyen est ignorant de «l'économie», même au sein de sa famille. Ses actes traduisent souvent son indifférence à tout ce qui touche aux biens de la nation, et même au patrimoine civilisationnel. Que pourrait-on en attendre de la mondialisation?
Je trouve que vous êtes quelque peu sévère avec nos compatriotes. Subir ce que subit le peuple algérien depuis plus de douze ans et continuer à vivre à l'écoute du monde, en respectant les règles de droit aussi bien dans le pays qu'à l'étranger, montre bien le courage et la dignité dont font preuve les Algériens. S'agissant de la mondialisation et de ses effets positifs'' sert l'Algérien et son comportement, je pense que nos jeunes démontrent quotidiennement leur soif de culture universelle, leurs capacités à suivre le mouvement'' aussi bien dans le domaine de l'informatique, de la créativité culturelle et notamment musicale que dans celui de l'acquisition du savoir scientifique. Il reste qu'il faut bien noter que les acteurs de la mondialisation ne facilitent pas l'intégration des peuples du Sud dans le processus de prospérité mondiale. Et les Algériens le sentent bien. Le Nord érige des sortes de barrières à l'entrée à l'encontre des pays du Sud, et aujourd'hui, l'Algérien se sent rejeté comme un pestiféré par ceux-là même qui l'ont exploité durant des décennies... Ajoutez à cela les revendications identitaires des Algériens face à ce que certains d'entre eux considèrent comme une agression culturelle de la part de l'Occident et vous comprendrez mieux cette frilosité et ce ´´retranchement sur soi´´ de certains de nos compatriotes.

La mondialisation n'implique-t-elle pas une forme de soumission, contraire à la liberté individuelle, et en définitive à l'esprit démocratique?
Il est clair que la mondialisation ne s'opère pas, comme on veut nous le faire croire, de manière spontanée et neutre. Elle se réalise en obéissant à des stratégies mues avant tout par l'intérêt des firmes multinationales - on dit aujourd'hui firmes globales - et leur recherche des taux de profit maximum - ceci au plan économique. Au plan culturel, il est clair qu'il y a, dans le processus de mondialisation, des ´´guerres de position´´ qui visent à rendre dominant tel ou tel modèle culturel bien que cet aspect du phénomène n'apparaît pas encore clairement. Votre question me renvoie à l'ouvrage du politologue américain Benjamin R. Barber et qui s'intitule Djihad versus Mc. World et dans lequel l'auteur montre que, parce qu'elle n'est pas démocratique, la mondialisation, qui s'opère sous dominance de la culture du Mc Do', produit des résistances au niveau des pays de l'Orient. Les peuples musulmans notamment, organisent des résistances à cet «envahissement des valeurs occidentales», contre ces «donneurs de leçons», le Djihad contre le Mc Do.
De plus, dans le domaine économique, de nombreuses études empiriques ont montré que la mondialisation ne produit pas de convergence et qu'elle crée, au contraire, des inégalités et les pauvres s'appauvrissent davantage à quelques exceptions près. Aujourd'hui, les pays du Nord, dominants, semblent avoir pris conscience de ces phénomènes de paupérisation des pays du Sud et appellent à ´´la mondialisation des solidarités´´. Enfin, comment comprendre ces mouvements de contestation des sociétés civiles des pays du Nord sinon comme une revendication à plus de démocratie dans le processus de mondialisation.

Pour un pays comme le nôtre, quels seraient les bienfaits et les risques de s'inscrire dans le mouvement de mondialisation et de globalisation? Pourrait-on tout prévoir et tout prévenir?
On ne peut pas dire, aujourd'hui, que notre pays est intégré de manière active au processus de mondialisation en cours, et dans le domaine économique, on ne peut même pas dire que notre économie est internationalisée ni au plan institutionnel ni au plan des relations commerciales. Le retard que nous avons accumulé est considérable. Les réformes économiques dont on parle depuis 1988 ne se justifient que par rapport à cet objectif d'ouverture de notre économie et de sa participation à la mondialisation. Malheureusement, la tendance aujourd'hui est au retour à l'étatisme, la centralisation de la décision économique et la régulation par les ´´commissions´´ et autres ´´groupes d'experts´´. Il est évident que si cette tendance persiste, nous serons out'' et nous resterons à la marge des flux commerciaux mondiaux, des flux de capitaux et d'investissements directs étrangers. Tout se passe, chez nous, comme si les policy makers'' n'arrivent pas à se départir de cette culture de la rente et de cette tendance à l'interférence du politique dans les décisions qui devraient relever de l'entreprise et d'elle seule. Notre économie a sérieusement besoin d'être modernisée et nos managers, libérés dans leurs actes de gestion et leur esprit d'entreprise. Alors, pour l'instant, la mondialisation est un processus qui ne nous concerne pas ou plus exactement qui nous ignore pour défaut de qualification.

(*) Cet entretien a été publié dans la rubrique hebdomadaire Le Temps de lire (V. L'Expression du dimanche 14 juillet 2002), - il y a 12 ans! En le reprenant aujourd'hui, on voudrait, par ainsi, rendre un hommage ému au regretté et grand économiste algérien, parmi les plus grands, le professeur Abdelmadjid Bouzidi décédé le jeudi 31 juillet 2014 à l'âge de 69 ans et, surtout peut-être, comme pour faire entendre encore en quelque manière le son de sa voix pédagogique, persuasive, chaleureuse, et pleine de science et de courageuses convictions toutes orientées vers le bonheur de son pays.
Abdelmadjid Bouzidi, Allah yarhamouhou, a été professeur des universités en sciences économiques et conseiller aux affaires économiques notamment auprès du président du HCE Ali Kafi et du président Liamine Zeroual. Rappelons qu'il a dirigé le Centre de recherches en économie appliquée (CREAD) puis le Centre d'études et d'analyses pour la planification (CENEAP). Il a été expert consultant au Conseil national économique et social (CNES). Ses pairs lui reconnaissent une pensée élevée et engagée et une grande capacité d'analyses et de révisions positives. Il reste l'auteur de nombreux articles spécialisés publiés dans la presse et de plusieurs contributions et ouvrages sur l'économie algérienne, par exemple, Économie algérienne: Éclairages et Les Années 90 de l'économie algérienne. Honneur aux intellectuels algériens patriotes et fraternels!

(À suivre: La Petite bibliothèque de l'été 2014 dans Le Temps de lire du mercredi 20 août prochain.)

Suivez ces commentaire via le flux RSS Réactions (0)

total :| Affiché :

Réagir à cet article

Entrez le code que vous voyez dans l'image s'il vous plait:

Captcha