LA PETITE BIBLIOTHÈQUE DE L'ÉTÉ 2014 (VI)

Une littérature contre l'oubli

Avoir le Temps de Lire tous ces livres!
Avoir le Temps de Lire tous ces livres!

Pour ÉDUQUER et instruire notre jeunesse, il est indispensable que notre littérature s'oriente vers une approche d'un fonds patrimonial historique et culturel pur de toutes scories inspirées de l'exotisme tendancieux des romans de la colonisation.

On l'a souvent remarqué: peu d'ouvrages de qualité littéraire sont depuis quelque temps publiés chez nous. La masse de ce qui est imprimé dans l'année et présentée au Salon du Livre, démoralise le vrai lecteur algérien qui recherche la vraie lecture, celle qui éduque et instruit, celle qui éveille l'esprit, celle qui enrichit l'humain en lui enseignant son humanité.
Évidemment, on peut toujours dire que le vide laissé par les éventuels bons écrivains peu prolixes ou en panne d'inspiration est, tout comme fait la nature sauvage, comblé par des «affairistes du livre». Mais ceux-ci, qui sont pour la plupart assez loin de la culture et de l'éducation, savent mieux tirer profit, semble-t-il, de leur commerce, que «le professionnel» qui, par ailleurs, bénéficierait d'un fonds d'aide au livre. Aussi, dois-je souligner l'intérêt à lire les oeuvres qui nous rapprochent, d'une part, de notre patrimoine historique et culturel, d'autre part, d'un monde de progrès et de respect de l'Autre.

Livres du Temps de lire (Saison 2013-2014)
LA SCALERA de Fatéma Bakhaï, éditions Alpha, Alger, 2013, 311 pages: «C'est une longue histoire que va raconter la vieille Mimouna Bencheikh, ajoutant à l'inconfort de la nostalgie la poésie du passé. [...] Cette singulière histoire, Fatéma Bakhaï nous la raconte dans son roman La Scalera. [...] C'est beaucoup l'histoire d'Oran, de l'Oranie mais, à l'évidence, de l'Algérie aussi. Avec ce roman, Fatéma Bakhaï nous ramène aux origines de notre identité et aux réalités de notre existence. [...] La vieille Mimouna se rappelle tous les détails de l'installation de la famille et décrit la ville: «Notre rue, à l'époque, était essentiellement habitée par des Européens. C'était une petite rue en pente, étroite, qui débouchait sur la Scalera. Les Espagnols étaient les plus nombreux, mais il y avait aussi des Siciliens, des Maltais et quelques Français.
La plupart étaient pêcheurs. C'étaient des gens de petite condition qui vivaient au jour le jour, des travailleurs qui ne savaient ni lire ni écrire.» Cette Scalera a marqué la vie de Mimouna... et fasciné la romancière qui en a saisi toute la dimension historique et humaine. La Scalera n'est autre que «Les marchés» en Espagnol. On dit aussi «La Calère». À Oran, c'était - car actuellement un plan de réaménagement de l'urbanisme est en cours d'exécution - un centre de vie populaire important, formé de maisons anciennes. La Scalera est située entre la Pêcherie et le célèbre lieu-dit Sidi el-Houari. Là, autrefois, vivaient généralement en bonne entente les «Arabes» (les Algériens) et les Espagnols, notamment le grand écrivain français Emmanuel Roblès y a vécu son enfance et son adolescence (Lire ses oeuvres, particulièrement Jeunes saisons et Saison violente). De plus, la structure de La Scalera, ses souvenirs historiques et religieux, ses populations, ses commerces constituent un immense échantillon d'histoire pour ceux qui souhaitent faire des études sur la ville d'Oran, et l'on situe, non loin, l'inoubliable Bordj Râ's el-Aïn, un des lieux des batailles livrées sous la direction de Mohieddine et à ses côtés son fils, le jeune Abdelkader, dans la banlieue d'Oran de l'époque (3-8 mai 1832) contre l'expédition française à sa tête le général Boyer, dit «Pierre le Cruel».
Poursuivant le récit de sa vie, la vieille Mimouna, raconte à sa manière une longue période de l'Algérie. Après son enfance à la campagne, elle évoque sa vie avec ses parents et son frère Kader à Oran. Elle découvre un univers qui l'éblouit et l'inquiète. Pourtant, elle entretient des amitiés sincères avec tous les voisins, par exemple avec Mme Cruz... [...] Le temps passe et s'annonce se terminer par une belle journée de printemps. «C'est bien, dit la vieille Mimouna à Nadia, son médecin patient, la terre sera tiède.» Fatéma Bakhaï a écrit une histoire juste et poignante: La Scalera.»

L'ISLAM DU XXIE SIÈCLE. Pour une contribution apaisée à la sérénité du Monde de Chems Eddine Chitour, OPU, Alger, 2013, 443 pages: «Qui parle au nom de l'Islâm? [...] L'islam est-il responsable de la débâcle du monde arabe?», la question n'est pas indiscrète, - elle est même bellement posée. Mais que répondre? [...] L'homme d'expérience, chez nous, nous l'imaginons plutôt vieux théologien pour être assez sage et donc indulgent. Néanmoins, il doit oser des réponses indiscrètes sans jamais tirer l'oeil ni s'obliger au repentir qui n'est que pauvre regret de la faute commise par tous. En religion, tout se nuance en teintes différentes selon l'époque, le lieu et certainement l'importance de l'intérêt. La vérité historique ou naturelle tout comme la morale sociale ou construite (et l'une et l'autre se confondent dans l'action humaine) ont manifestement une existence, ainsi que Dieu le rappelle dans Le Coran, sourate xiii, verset 11: ´´ Allah ne modifie pas ce qui est en un peuple avant que celui-ci ait modifié ce qui est en lui-même. ´´ [...]
Parlant de son ouvrage, Chems Eddine Chitour nous avertit dans son «Avant-propos»: «Cet essai a pour ambition de témoigner à travers les écrits réalisés, des relations entre l'Islam et l'Occident avec en toile de fond un contentieux entretenu mais qui n'a pas lieu d'être pour les croyants des religions révélées. Sans remonter aux croisades d'il y a près d'un millénaire, il faut bien en convenir les musulmans de ce siècle sont attaqués pour leur foi.» Il cite en passant les rôles, à cet égard, des papes Jean-Paul II et Benoît XVI.
De même, «La géopolitique du monde¸ rappelle-t-il, a eu des retombées très négatives sur l'Islam.» Il cite les effets «de la guerre froide et le duel sans merci entre deux visions du monde. [... Puis] Après avoir taillé en pièces l'Irak en janvier 1991, George Bush père déclarait le Nouvel Ordre international. De ce fait, l'Islam servit de Satan de rechange après la disparition de l'empire soviétique. Depuis en effet une vingtaine d'années l'immense majorité des conflits actuels mettent aux prises L'Empire avec des pays musulmans ou même des pays musulmans entre eux. Le grand drame de l'Islam est qu'il est instrumenté par les potentats arabes» pour assouvir leur désir de puissance donnant de ce fait une très mauvaise image dans un siècle technologique où périssent les faibles et les ratés, disait Nietzche.» Il cite ensuite «l'exemple de l'Iran» et «le cas aussi des pays asiatiques. [...]
Le constat est alarmant pour l'Islam d'aujourd'hui et il risque d'être affligeant pour l'Islam de demain.
Cependant, il y a un espoir dans l'ouverture d'esprit des scientifiques arabes et espérons-le dans celui de leurs gouvernants.»

UN ALGÉRIEN RACONTE...
de Meziane Noureddine, éditions Barkat, 2013, 388 pages: «Maintenant que nous avons gagné la partie! [...] Quand l'objectif est atteint et que la dignité est sauve, les souffrances cèdent à l'espoir de devenir enfin un être humain libre. [...] C'est un peu cette réflexion que l'on pourrait avoir après la lecture de l'ouvrage que j'ai en main, intitulé Un Algérien raconte... de Meziane Noureddine. Il s'agit d'une réédition récente et professionnelle du texte intégral réalisée par Barkat éditions, Alger, - la première édition, ayant été assurée par les éditions du Seuil, Paris, en 1960. C'était à une époque difficile et charnière où s'étaient affrontées, d'une part, la politique dite de «pacification en Algérie» introduite par les différents gouvernements de la France et poursuivie avec acharnement et mépris sur le terrain par tant de généraux de l'armée d'occupation, d'autre part, la politique nationaliste indépendantiste menée par le peuple militant algérien. Dès sa parution, l'ouvrage a connu alors un grand succès de librairie et a contribué à éveiller des consciences européennes encore hésitantes à croire à la réalité d'une Algérie combattante pour sa liberté et son indépendance. [...] Un Algérien raconte... est incontestablement un document dont la portée historique, sociologique et psychologique aide à la formation de nos jeunes d'aujourd'hui qui doivent comprendre et apprendre l'amour de la patrie, la citoyenneté et la fraternité humaine. Bel aboutissement auquel veille l'Algérie éternelle, et justement comme dit l'auteur-narrateur: «Maintenant que nous avons gagné la partie!»
(À suivre: La Petite bibliothèque de l'été 2014 dans Le Temps de lire du mercredi 17 septembre prochain.)