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LA PETITE BIBLIOTHÈQUE DE L'ÉTÉ 2014 (X)

Le passé raconté par le livre

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La bibliothèque idéale repensée pour nousLa bibliothèque idéale repensée pour nous

Tous les livres qui pensent et qui font penser sont, plus que des vertus contre le vice, des lumières pour les aveugles de la raison et du coeur.

Quelle belle leçon d'histoire et de dignité donnée par nos auteurs chercheurs, historiens, mémorialistes à nos détracteurs indécrottables! Une leçon de plus, par parenthèse et indirectement, à l'adresse aussi de notre jeunesse mal informée. Et quel âge a-t-elle, au vrai, notre jeunesse? Il est des quinquagénaires qui n'ont reçu aucune instruction avancée sur ce point d'histoire de la lutte de libération, - que peuvent-ils alors, eux pareillement sans la connaissance de l'histoire de leur pays, pour faire apprendre à leurs enfants qui ne lisent pas non plus et, à dire vrai, qui ne savent pas lire parce qu'on ne leur a pas appris à lire pour s'instruire...

Des livres du Temps de lire (saison 2013-2014)
L'EMPREINTE DES JOURS de Rédha Malek, Casbah Éditions, Alger, 2013, 485 pages. Compte tenu du nombre de pages de ce fort volume, sa présentation dans Le Temps de lire a été faite en deux parties. Première partie (extraits): «Le projet de soi et de l'Autre. L'étude des normes de la Vérité se trouve-t-elle dans le fondement commun de l'Histoire, la Religion et la Société? L'Empreinte... - qu'est-ce que l'empreinte? Quelqu'un d'autre, exprimant une pensée assez proche, avait employé un synonyme: «Qui laisse une trace, laisse une plaie.» Et voilà ce qui tire l'oeil!
Rédha Malek, né le 21 décembre 1931 à Batna, licencié en lettres (philosophie), militant nationaliste algérien accompli, est rompu de très longue date à l'information et à la politique. Diplomate chevronné, négociateur subtil dans les affaires nationales algériennes, notamment pendant la guerre d'Algérie contre le colonialisme, il est l'auteur de plusieurs ouvrages qui font autorité dans le vaste domaine de l'histoire de la lutte de Libération nationale et, tout spécialement, dans son évolution avant et après l'indépendance; je cite, à titre d'exemples: Tradition et Révolution, L'Algérie à Évian, Guerre de libération et révolution démocratique. [...] Rédha Malek nous met sous les yeux un fort volume de lectures bien denses en réflexions vertueuses sur une période de vie politique et culturelle (2004-2012). Il y développe, ainsi qu'il l'annonce dans son «Avant-propos»: «Trois thèmes majeurs: la religion, le pouvoir ainsi que le principe éthique lequel, en s'intriquant dans les deux premiers, révèle du coup, son importance cardinale.»
Effectivement, Rédha Malek, s'inscrivant dans la démarche de l'histologiste, étudie en somme les tissus des trois thèmes évoqués et dont les fibres, en quelque sorte, «se croisent et se recroisent entre elles», - ce qui, à l'évidence, ne facilite pas la recherche de solutions possibles. La période étudiée et soumise à notre attention par l'auteur a été bel et bien vécue par lui.
Et il nous prévient: «Ces pages ne constituent pas un discours compact, à caractère systématique, plaisant pour des thèses savamment arrangées.» Il entend nous présenter des «pensées détachées», et c'est à nous lecteurs d'en faire l'usage le plus approprié à notre conviction, à notre sentiment, et en définitive à nos émotions. Car des émotions, il y en a dans cet ouvrage, mine de rien, «tissé» pour faire émerger ici et là inlassablement, une litote pour adoucir une pensée parfois très critique, à raison. [...] Nous sommes en pleine pensée humaine, où «s'intriquent» naturellement Histoire, Religion et Société. À cet effet, l'écriture et le fond de L'Empreinte des jours de Rédha Malek sont également inspirés par cette logique à la fois complexe et, en vérité, toute simple.»
Seconde partie (extraits): ««Entre le vécu et le pensé. [...] À l'homme de conscience, personne ne peut rien apporter; c'est lui le maître enseignant de l'harmonie entre nos idées. Au centre de toute analyse, Rédha Malek privilégie la recherche de l'éthique et, autant, de l'esthétique qui apaisent le discours. Sans nier l'intelligence de l'homme, il la regrette, et même avec colère, de n'être pas au
service de l'homme.
L'Empreinte des jours, ouvrage du genre littéraire essai reproduit parfaitement l'effet positif du caractère puissant, volontaire et libre de l'auteur. [...] C'est à travers les sujets qui le préoccupent le plus et ses commentaires que nous découvrons l'homme de réflexion et de constance, ses goûts intellectuels, ses dilections et ses principes moraux, ses émotions les plus intimes, s'appuyant scrupuleusement sur des arguments solidement ancrés dans l'histoire de nos origines et reflétant les aspirations du peuple algérien de tous les temps. Parcourons donc encore, en guise de lectures rapides, quelques pages de L'Empreinte des jours, - ce volumineux et magnifique travail auquel on aurait dû ajouter un «index» indispensable pour satisfaire les curieux trop enclins à retrouver aisément un terme cité. Extrayons quelques échantillons spécifiques de la pensée de Rédha Malek qui fait là oeuvre d'analyste et d'historien de sa passion pour l'Algérie et son peuple. Il s'explique: «Un journal en quelque sorte d'idées - incluant les aspects trop personnels - nés entre le vécu et le pensé, couvrant une période déterminée: 2004-2012.»

MÉMOIRES D'UNE COMBATTANTE DE L'ALN, Zone Autonome d'Alger de Zohra Drif, Éditions CHIHAB, Alger, 2013, 608 pages: «L'héroïsme face à son passé. Ici, point de paroles sonores, ni légèreté de pensée, ni jouissance personnelle; c'est le souvenir de la lutte du droit à la liberté contre la guerre de la politique coloniale... [...] Que dire de plus? Des «Mémoires», ces temps-ci, sont de juste circonstance et si utiles qu'ils sont réclamés par tous ceux qui, à tort ou à raison, bien ou mal intentionnés, veulent savoir, entre autres faits historiques, ce qui s'est passé «exactement» dans la Zone Autonome d'Alger (ZAA), structure de l'ALN-FLN, créée le 20 août 1956 et organisée en trois régions, pendant la Lutte de Libération Nationale. Certes, il y a eu des publications importantes (dont le célèbre ouvrage «La Bataille d'Alger» de Yacef Saadi) sur les activités glorieuses de nos combattants révolutionnaires chouhadâ ou vivants dans Alger, la capitale, pour la même période. Pour autant, il reste à connaître toujours davantage en exploitant les archives, souvent hélas, inaccessibles, et en lisant les écrits historiques rédigés par une personnalité qui se donne pour objet le récit de sa propre vie. C'est tout à fait le cas attendu et proposé par Zohra Drif qui a récemment publié un fort volume sous le titre Mémoires d'une combattante de l'ALN, Zone Autonome d'Alger. [...] Voici donc une longue étape de la lutte de libération nationale organisée par la ZAA et racontée par Zohra Drif en personne; du moins, raconte-t-elle, sans fioriture, ce qu'a été son engagement personnel. On retrouve le fondement essentiel du parcours de cette combattante de l'ALN dans ses déclarations réitérées, notamment, encore une fois, lorsqu'elle a fustigé le singulier et versatile philosophe Bernard- Henri Lévy lors d'une joute oratoire mémorable entre elle et lui au théâtre de la Criée à Marseille, lors du colloque (30 mars-1er avril 2012) organisé par Marianne-France Inter et El-Khabar-Algérie, autour du 50e anniversaire de l'indépendance de l'Algérie. «J'ai combattu, lui a-t-elle précisé, pour l'indépendance d'un pays qui a sa propre culture et sa propre Histoire... Nous avons pris les armes pour la libération de l'Algérie. [...] Ne m'interroge pas à propos de la bombe [Attentat dit du Milk-bar du 30 septembre 1956], mais interroge les grands responsables français qui ont décidé de coloniser notre pays et tué des milliers et des milliers d'Algériens. [...] Les colons n'étaient pas de simples civils... Notre guerre, nous l'avions menée contre le régime colonial injuste... Cependant, cette guerre est finie. [...] Mme Zohra Drif, d'autres auteurs de «Mémoires», ont espéré livrer leur témoignage à «notre jeunesse». Or, notre jeunesse, difficile à en déterminer le nombre, vagabonde dans les rues, fait du «bisness», et l'on sait ce que c'est! Non, ce n'est pas une boutade à la mode de chez nous, en ce temps d'espérance ardente, de ressaisissement, de reprise de conscience. C'est une réalité qui nous interpelle pour un apprentissage du sens de la patrie dans la famille, dans la rue, dans les stades,... j'allais oublier «l'École»! Il faut bien se rendre à l'évidence que la jeune étudiante Zohra Drif a d'abord vécu dans un milieu favorable chez elle et autour d'elle, et c'était une époque d'éveil au nationalisme.»
(À suivre: La Petite bibliothèque de l'été 2014 dans Le Temps de lire du mercredi 15 octobre prochain.)

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