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SI BELCOURT M'ÉTAIT CONTÉ DU DOCTEUR MESSAOUD DJENNAS

Un rêve nostalgique instructif

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Un rêve nostalgique instructif

Nous avons, à la fois, l'histoire et le conte, c'est-à-dire une double résurgence d'une vie humaine passée, toute en vérité mesurée: le souvenir de l'enfance rendue et les images oubliées reconstruites par la tête grise d'un sage.

Ne laissons pas le passé là où il est; ne regardons pas le présent passer, non plus; nous n'aurions pas d'avenir sans la connaissance du passé et de l'actuel. Trop de passions, aujourd'hui émoussées ou dénaturées, ont amolli le courage des authentiques témoins vivants pour qu'ils les exhument, sans vanité, sans vengeance contre l'injure du temps qui laisse des «empreintes» souvent inexpliquées, parfois peu expliquées, toujours trop joliment détaillées qu'elles ressemblent plutôt aux mensonges qu'à la vérité historique. Pour autant, l'ouvrage Si Belcourt m'était conté (*) du docteur Messaoud Djennas retient l'attention, - mieux! il met en joie le lecteur qui aime l'histoire vraie, celle d'une vie humaine douée de raison et capable de gratitude et même d'amour pour les lieux où il a vécu, où il s'est formé, où il a mis en exercice toutes les faveurs que la Providence lui a accordées. Sans doute, dans ce livre, c'est «De l'histoire à... l'Histoire», ainsi qu'il est indiqué en sous-titre, et autant qu'il est vrai aussi que «l'Histoire est faite de ces petites histoires».

Belcourt de son enfance
Quoi qu'il en soit, il nous est proposé ici une narration de souvenirs, une suite de regards sur une tranche de vie personnelle, liée à une époque privilégiée par l'auteur, né le 15 octobre 1925 à El Aouina (Wilaya de Jijel) et, à cinq ans, installé avec ses parents à Belcourt, un vaste quartier d'Alger.
Dans son «Avant-propos» à Si Belcourt m'était conté - intitulé évocateur, nostalgique, expressif et instructif - Djennas mentionne: «Ma génération a vécu de grands événements historiques: de l'essor du mouvement national, après le débarquement des Alliés en Afrique du Nord le 8 Novembre 1942 - au cours de la Deuxième Guerre mondiale -, à l'indépendance de l'Algérie en 1962, en passant par la tragédie de Sétif et Guelma de 1945 et notre glorieuse Guerre de Libération nationale, avec les immenses sacrifices consentis par le peuple algérien pour s'extraire des griffes du colonialisme. Tous ces événements, et bien d'autres encore, intensément vécus, ne pouvaient pas ne pas me marquer, profondément.» Il annonce tout un champ de vision large et profond révélant la réalité historique d'une époque, d'un lieu et d'une société. À ce sujet, il écrit: «Deux séquences de ma vie ont particulièrement marqué ma prime jeunesse - un âge de grande sensibilité, où le moindre événement peut laisser une empreinte indélébile -; les deux années de mon enfance, de sept à neuf ans passées chez mes grands-parents au douar natal d'El Aouana, et le reste de mon enfance et toute mon adolescence à Belcourt, jusqu'à mon départ pour la France en octobre 1948. C'est cette séquence belcourtoise de ma vie, si intensément vécue, qui m'a amené - à la dernière phase de ma vie -, à tenter de revisiter ce quartier, entré avec fracas dans l'Histoire un certain 11 Décembre 1960 mais qui, en réalité, comme on le verra, l'a été plus de deux décennies avant, et plus encore, a un passé plus ancien, que j'aimerais conter.»
L'histoire devient un conte, et inversement. Mais le bon lecteur, le lecteur tout court, aime à lire ce qui est à son usage; il ne perd donc rien de son temps. Aussi, «conte» ou «histoire», le récit développé dans Si Belcourt m'était conté est-il, comme tant d'autres, naturellement le bienvenu sur les rayons de nos bibliothèques. Nous espérons le voir parmi d'autres livres tout particulièrement dans les bibliothèques des établissements scolaires, si toutefois il en existe; si toutefois la pratique de la lecture est intelligemment organisée, c'est-à-dire conduite par un enseignant cultivé, sans matraque en main, pour diriger l'orchestration de la lecture silencieuse qui crée le plaisir de lire, non comme c'est tout le contraire dans certains établissements où la leçon de «rattrapage scolaire» tourne parfois à la séance de garderie ou de calme abrutissant! Or, «il faut lire et encore lire», nous recommandent les pédagogues, ajoutant «c'est en lisant qu'on s'instruit». Et je ne peux m'empêcher de dire qu'il faut lire algérien. De ces livres, il en existe, mais il est vrai qu'il faut trouver une bibliothèque dotée de ces livres, une bonne librairie, une bonne distribution à travers tout le pays, - oui, il est vrai aussi que les responsables en chef de toutes ces activités doivent savoir lire...

L'histoire locale éclaire
Cette digression, c'est l'objet du livre Si Belcourt m'était conté du docteur Messaoud Djennas qui nous l'a indirectement soufflée.
Spécialiste en ophtalmologie, peut-être nous aiderait-il à mieux voir pour lire et, par ainsi, à mieux comprendre ce qu'est l'image de la vie d'hier et d'aujourd'hui. Il est lui-même féru de lecture et d'écriture. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages dont Le docteur Ahmed Aroua, mon ami qui est plein de fraternels souvenirs et de délicate émotion.
Maintenant, dans son nouvel essai, il s'évertue à rechercher des lumières, plutôt que de se charger de fardeaux de valeurs probantes d'objectivité, de causalité, d'effets, de lois,... et le toutime, - ce qui montre que l'Histoire n'est pas forcément l'oeuvre des seuls historiens et, a contrario, un docteur en médecine n'est pas historien, pas plus qu'un professeur d'histoire n'est historien professionnel. Et ceux qui ne sont pas historiens, savent raconter le passé vécu, confirmé par des lectures et des relectures de documents bien choisis rapportant des faits réels.
Le récit prend alors la couleur et le ton authentiques du passé; l'auteur le rendant assez vivant, assez consistant, assez réel, en y mettant un peu de coeur, un peu de raison et beaucoup d'imagination. Qu'importe que le récit devienne «conte» des choses vues ou «histoire» de faits datés. Messaoud Djennas fonde ses explications, certes sur des documents rares et peu nombreux, du reste, mais il a pris beaucoup de soin pour que la quête des témoignages soit conforme à la critique sévère et juste permettant d'éliminer les erreurs, de dégager l'authenticité de l'événement étudié et analysé. Son concept de l'histoire qu'il nous raconte avec ferveur et précision appelle aisément l'adhésion du lecteur, du moment qu'il n'y a aucun doute sur le fait historique présenté, éprouvé, sachant qu'il y a bien des manières d'écrire l'histoire. Ici, sans être «savante», l'histoire locale éclaire suffisamment la réalité historique que l'auteur s'est engagé à décrire et à illustrer richement où il y a place au souvenir, à l'imagination, à l'émotion, à l'érudition, et donc à la vérité historique. Il faut bien le dire, raconter l'histoire, évoquer de manière concrète la vie humaine d'une période historique - celle délimitée par l'auteur -, poser des repères et dresser des questionnements, éveille la conscience de nos jeunes à l'intérêt de connaître l'histoire de leur pays et l'aimer.
Le travail de Messaoud Djennas est, à ce titre, un bel essai qui apprend à connaître l'histoire de son pays, à partir d'une histoire locale, ici Belcourt. À cet effet, Si Belcourt m'était conté, comprend trois parties. Première partie (1900-1942, de l'Émir Khaled au 8 novembre): I- Cadre géographique et historique. II- L'organisation administrative et la vie politique.
III- La vie sociale (en milieu musulman, en milieu européen («Ainsi était vécue une réalité historique: cohabitation forcée avec les Chrétiens et les Juifs, dans modus vivendi excluant tout affrontement des communautés, que tout séparait par ailleurs»).
Deuxième partie (1943-1962, du débarquement des Alliés en Afrique du Nord [8 Novembre 1942] à l'indépendance de l'Algérie [5 Juillet 1962]): IV- Les Alliés à Alger, l'essor du mouvement national. V- Le Manifeste du peuple algérien. VI- Les événements de mai 1945, leurs conséquences. VII- Belcourt dans la guerre d'indépendance.
VIII- Vers l'indépendance.
IX- Dans l'Algérie libre. Annexes: références, photos, documents divers: brèves biographies de héros (El Ghazali Ben El Haffaf, Abane Ramdane, Lakhdar Rebbah, Larbi Ben M'hidi), note particulière sur Albert Camus, texte de l'Association du 11 Décembre 1960, rappel d'un hommage rendu au Dr Ahmed Aroua, entretien avec Amina Belouizdad, liste de chouhada de Belcourt.
Voilà, à mon sens, un de ces livres qui peuvent conduire naturellement à la lecture et à la connaissance de points d'histoire de notre pays.

(*) Si Belcourt m'était conté du docteur Messaoud Djennas, Casbah Éditions, Alger, 2014, 208 pages.

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