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LE MAURE D'ANDALOUSIE DE JOSÉ ANTONIO GONZÁLEZ ALCANTUD

Le Maure face aux alternances linguistiques

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Le Maure face aux alternances linguistiques

Le masque du Maure ramené aux Andalousies continue de hanter et de séduire. Et il est cette allusion très raffinée - elle dit bien ce qu'elle veut dire - prononcée dans les milieux algérois: «Nous sommes comme les Andalous, nous nous comprenons au seul signe.»

J'ai relu cet ouvrage Le Maure d'Andalousie (*) de José Antonio González Alcantud (traduit de l'espagnol vers le français par Jean-Pierre Auguin). Mon plaisir a été renouvelé avec une telle puissance que j'aimerais que mes amis lecteurs le relisent, si même ils l'ont déjà lu. Ils savent la bien belle réflexion de François Mauriac, je la reproduis en passant et ainsi que je l'ai reprise ailleurs dans mon ouvrage À quoi sert le livre? (ENAG Éditions, 2013), auquel 35 auteurs ont contribué: «Dis-moi ce que tu lis, je te dirai qui tu es... Il est vrai, mais je te connaîtrai mieux si tu me dis ce que tu relis.» Cela vaut, à l'évidence, invitation à lire, et surtout à lire le livre algérien et les livres qui aiment l'Algérie, - avis à nos importateurs, à nos éditeurs et à nos libraires.

Les raisons d'une exclusion
Avec son ouvrage Le Maure d'Andalousie, José Antonio González Alcantud est venu essayer, à son tour, d'apporter quelque clarté sur la problématique si importante et si gênante à la fois d'un mythe, pur produit de l'histoire humaine, - et non pas seulement sur l'interpénétration de l'Islâm et de la Chrétienté dans la péninsule Ibérique.
Ce mythe a tout le caractère de l'être exclu: le Maure d'Andalousie. Connaître cet être, souvent cet Autre soi-même, si l'on n'est tout de passion consciente, conduit à nier une sûre et certaine identité de l'être, laquelle pourtant fixe, fût-ce par le seul langage, ce que l'auteur irréductiblement engagé appelle «notre matérialité la plus immatérielle».
Or le langage est essentiel: il nous dit et nous distingue de notre semblable avec lequel nous partageons une terre de vie commune, une patrie, mais aussi il nous définit bien au-delà de l'histoire des pays méditerranéens. Le Maure a-t-il droit à sa part indivisible dans la vie quotidienne en Espagne? Et l'actualité, ne nous révèle-t-elle pas sa «diversité» et sa condition de vie quotidienne pénible en Europe et partout? Que faut-il en penser? Que ne faut-il pas en penser?
En effet, autrement posée, la question du Maure ne serait qu'une boutade ancrée dans la mémoire courte d'un philosophe, d'un historien, d'un politicien, d'un général d'armée et qui, emballant sèchement histoire, civilisation, culture dans une outre ordinaire, sombre et inhumaine, prescrit «´´La peur de l'orientalité´´, comme choc de civilisations entre ce qui n'est pas occidental et l'occidentalité.»
Cette conception pousse au refus de l'Autre, allume et rallume des foyers de conflits...
Le Maure a eu, a encore l'apparence, sinon le fond, du Musulman. Interprétation forcément logique, spécialement anti-religieuse.
José Antonio Gonzalez Alcantud, professeur d'anthropologie à l'Université de Grenade, se propose dans son livre Le Maure d'Andalousie d'examiner, en les analysant et en les commentant à l'aide d'articles pertinents déjà publiés et inédits, «Les raisons d'une exclusion et la formation d'un stéréotype» à partir d'un cas toujours essentiel, toujours représentatif, toujours actuel, celui des Maures et précise l'apport musulman, à travers eux et par eux, à l'Andalousie, notamment «dans la constitution de l'entité espagnole et dans celle de l'Europe».
Le livre prétend s'adresser au public français, ce qui est une intention très réductrice eu égard à l'importance du sujet et à l'engagement de l'auteur.
Ce livre pourrait, il devrait aussi intéresser les peuples méditerranéens et, au premier chef, les Maghrébins dont les ancêtres immigrés se sont mélangés aux habitants de la péninsule Ibérique au viiie s., provoquant l'effondrement du royaume wisigothique xénophobe de Tolède (711) et faisant spécialement de l'Andalousie une terre de civilisation. On peut se demander avec Lévi-Provençal «pourquoi, et sans aller plus loin, l'école historique actuelle n'insiste pas avec davantage de force sur cette circonstance indéniable: qu'en devenant un lac musulman, la Méditerranée ne devint pas du même coup un lac barbare, une mer obscure et brumeuse, dont nul phare n'éclairait désormais les contours (La Civilisation arabe en Espagne, p. 105).»

Le délit de race: le monfisme
Mais nous avons une vraie explication chez González Alcantud: «Habitués durant trois siècles à créer des stéréotypes les uns des autres, nous les peuples européens, nous trouvons prisonniers d'une ´´stéréotypisation´´ qu'elle soit amicale ou phobique, ce qui revient au même, des images d'autrui. [...] Mais dans le discours historique, un travail déconstructif doté du même niveau d'efficacité n'a pas encore été mené à terme.» Dans la préface au livre, on lit aussi: «Le Maure d'Andalousie est un ´´phantasme´´ culturel qui circule en plusieurs directions de par son caractère polyédrique et polymorphe, comme les mythes classiques, mais possède également une historicité qui ne le fait pas égal à lui-même. [...] Le Maure d'Andalousie comme phantasme en arrive même à bloquer des problèmes tels que l'immigration récente, générant une compassion ´´aprioristique´´ qui empêche de voir le fond épistémique de celle-ci, c'est-à-dire l'homme réel. Ce qui entraîne de graves répercussions.» En effet, par exemple, le Maure, le fait Maure, est perçu et décrit constamment dans la réalité et la fiction du quotidien de l'Espagne ancienne et de l'Espagne moderne où la pensée des uns et des autres frise le délit de race.
Le sujet est traité en quatre parties: 1- Les raisons anthropologiques d'un échec: la révolte des Morisques. 2- Le legs andalou, réalité et fiction. 3- Émergence rituelle et imaginaire du fait Maure. 4- Problèmes contemporains et immédiats de l'altérité irrédimée. Une conclusion théorique porte sur le terme ´´Maure´´ et ses significations sous le titre L'identité Maure: fantasmatique et ipséité. Peut-être un glossaire et un index ajoutés auraient été aussi d'une grande utilité.
Quoi qu'il en soit la terre d'al-Andalous ne cesse de revendiquer à bon droit une place de tout premier plan dans l'évolution de l'Espagne, même après 1492 et garde encore de nos jours beaucoup de sa splendeur de souveraine de l'esprit, - ce qui laisse certains méditer sur le drame moral de l'Espagne moderne et d'autres discourir sur les valeurs portées par le Maure d'Andalousie. Mais quand la mémoire est lourde, il est vrai que les mots qui l'expriment sont parfois trop légers, et quand cela est, la pensée court le danger d'historicité. Au reste, se référant à Alexandre Dumas, l'auteur Alcantud note: «Le personnage du More ou brigand a été particulièrement aimé de la littérature romantique.» Le «Monfí» (vocable tiré de l'arabe) désignait alors le banni, l'exilé. Faisant la passe sur les aspects politiques et sociaux, l'Espagne de l'époque développe «l'oppression» laquelle était devenue «seuil du crime et du monfisme». Cela évoque pour nous «El Mounfî» algérien, symbole des insurgés nationalistes du siècle dernier condamnés au bagne par le régime colonial français en Algérie, et le plus sinistrement célèbre en était celui de Cayenne (La Guyane française)... En 1959, en pleine guerre d'Algérie, le jeune Akli Yahyaten, né en 1933, qui n'avait jamais été scolarisé, créa «Yâ el Mounfî», une chanson devenue très populaire et très significative des exactions subies par les populations algériennes.
José Antonio González Alcantud nous aura tous avertis. Le débat reste ouvert, - mais a-t-il jamais cessé de l'être? L'actualité sociale espagnole bat le rappel: tout est sujet à polémique. «La difficulté, pour les mentalités espagnoles d'assimiler l'altérité, se reflète dans la réaction des gens du cru face aux convertis de l'Albaicín, à qui ils adressent la parole en ces termes: ´´Pour un Arabe, vous parlez très bien l'Espagnol´´. L'extranéité castriste installée au coeur de la vie sociale durant plusieurs siècles empêche d'assumer l'élément maure comme quelque chose qui vous appartient en propre, comme faisant partie de l'espagnolité.» Assurément, cela rappelle quelque chose aux peuples qui ont connu la totale colonisation dans ses ´´oeuvres historiques de pacification et d'émancipation´´.
Le Maure d'Andalousie, écrit avec le soin indispensable en anthropologie historique, est une oeuvre dense, puissante, instructive; elle nous concerne, nous les Maghrébins qui avons l'expérience salutaire de l'émergence et payé chèrement notre droit à la liberté d'être nous-mêmes chez nous. Cette oeuvre gagnerait beaucoup à être traduite en arabe.
L'Office des Publications Universitaires (OPU) en avait la ferme intention, mais il y a déjà sept ans.

(*) Le Maure d'Andalousie de José Antonio González Alcantud, Éditions L'Archange Minotaure, Apt, France, 2007, 302 pages.

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