Prévisions pour le 17 Aout 2018

 Adrar Min 31 °C Max 43 °C
32
 Laghouat Min 20 °C Max 29 °C
30
 Batna Min 16 °C Max 26 °C
39
 Biskra Min 25 °C Max 30 °C
4
 Tamanrasset Min 23 °C Max 33 °C
30
 Tlemcen Min 17 °C Max 29 °C
39
 Alger Min 21 °C Max 29 °C
30
 Saïda Min 17 °C Max 27 °C
4
 Annaba Min 21 °C Max 29 °C
30
 Mascara Min 18 °C Max 30 °C
30
 Ouargla Min 27 °C Max 38 °C
30
 Oran Min 24 °C Max 27 °C
34
 Illizi Min 28 °C Max 41 °C
32
 Tindouf Min 18 °C Max 36 °C
32
 Khenchela Min 17 °C Max 26 °C
47
 Mila Min 18 °C Max 30 °C
4
 Ghardaïa Min 25 °C Max 33 °C
30
Accueil |Culture | Le temps de lire |

L'ENNEMI INTÉRIEUR DE MATHIEU RIGOUSTE

"Ici on noie les Algériens"

Par
Taille du texte : Decrease font Enlarge font

C'était à une époque sauvage que la mémoire historienne nationale n'a pas oubliée, qu'elle n'oubliera jamais, car elle est liée à la barbarie coloniale française en Algérie.

Ce n'est pas tout à fait de la pure littérature mais un document contre l'oubli cruel et l'indifférence malsaine que je trouve dans le fort, juste et brillant ouvrage L'Ennemi intérieur (*) de Mathieu Rigouste.
L'auteur est français, né en 1980 à Gennevilliers. En 2008, il est docteur en sciences sociales à Paris VIII (Saint-Denis), chercheur indépendant et militant anti-sécuritaire. Sociologue, il se consacre principalement à l'histoire de la police et à l'analyse du comportement policier et sécuritaire.

Ce fantasmagorique «ennemi intérieur»
Dans un entretien en date du 11 décembre 2012, Mathieu Rigouste déclare qu'il «prend part aux luttes populaires contre les systèmes de domination et d'oppression. [Et il affirme que] l'investigation n'est pertinente que si elle est menée au service des luttes et à travers elles». Dans ses nombreux articles sur «La construction médiatique de l'immigration et des quartiers populaires» et dans ses travaux de fonds, il développe ses convictions sur un ton de liberté d'expression démonstrative des injustices subies par l'immigration en France, - ce qui dérange, à l'évidence, certains milieux politiques français en chasse constante, récurrente au besoin et réadaptée immanquablement lors de toutes les échéances électorales françaises.
Ainsi, en témoignent ses publications, par exemple: Les Marchands de peur. La bande à Bauer et l'idéologie sécuritaire, Libertalia, 2011; Théorème de la hoggra. Histoires et légendes de la guerre sociale, Collection Béton arméE, éditions BBoyKonsian, 2011; La Domination policière. Une violence industrielle, La Fabrique éditions, 2012. Et il a eu, dit-on, des démêlés avec la justice française...
Dans la présente réédition (première parution aux Éditions La Découverte, Paris 2008), augmentée d'une postface et caractérisée par la conception «algérienne» de sa couverture, l'ouvrage, L'Ennemi intérieur, sujet repris de sa thèse de doctorat, Mathieu Rigouste, établit et analyse «La généalogie coloniale et militaire de l'ordre sécuritaire dans la France contemporaine». C'est bien entendu, un sujet complexe, important en tout point. Il détaille l'idée de peur de l'immigré et la circonscrit dans et par la perception strict sensu du français nationaliste. Dès les premières lignes de son introduction à son livre, Mathieu Rigouste note: «Dans la France des années 2000, comme dans de nombreux pays, occidentaux, l'«islamisme, le «terrorisme», l'»immigration clandestine», les «violences urbaines» et l'«incivilité» semblent bien être devenus les principales menaces désignées par les discours publics, à droite comme à gauche. Et, dans l'arsenal sécuritaire déployé par l'État pour les combattre, une figure s'est discrètement réaffirmée depuis les années 1980, celle de l'«ennemi intérieur», même si ce vocable, naguère banal, n'est plus jamais usité». Ce fantasmagorique «ennemi intérieur», qui est-il? Quelle est son apparence? Son mode de vie? Son activité sur le territoire? Sa culture? Sa religion? L'auteur explique: «La notion évoque en effet une période révolue, celle de la guerre froide: l'ennemi du «monde occidental» était alors le communisme et ses «cinquièmes colonnes» à l'intérieur du territoire. C'est d'abord cet ennemi que l'État français entendait combattre à l'époque, dans les guerres coloniales d'Indochine (1946-1954) et d'Algérie (1954-1962). Face aux révoltes nationalistes, les pires méthodes furent utilisées pour éradiquer la «gangrène subversive pourrissant le corps national», dans les colonies comme en «métropole». Théorisée par des militaires, la «doctrine de la guerre révolutionnaire» (DGR) justifiant ces méthodes a été alors officialisée par les responsables politiques de la IVe République. La lutte contre l'»intérieur» sur le territoire national, relais supposé de la «subversion» anticolonialiste dans les colonies, y occupait une place essentielle. Le général de Gaulle, arrivé au pouvoir en mai 1958, a rapidement cherché à rompre avec les aspects les plus choquants de la DGR. Mais ce n'est que progressivement.»

Comme un éclair qui éclaire et qui brûle et qui foudroie!
Dès lors, des politiques suivantes vont être préoccupées - et s'en saisir - par l'aspect nouveau de l'ennemi surgi, et il sera l'«ennemi intérieur». L'auteur en développe la nature exacte dans de sous chapitres: - Les nouveaux chantiers de la «question postcoloniale»: «Dès lors comment comprendre le renouveau contemporain de ce concept clé de la doctrine de la guerre révolutionnaire, pourtant évacuée officiellement de longue date par l'État?» - Une histoire ancienne: «Depuis la fin des années 1990, plusieurs travaux d'historiens ou de politologues français ont commencé à analyser la formation en France, pendant les guerres d'Indochine et d'Algérie, d'une technique de contrôle des populations coloniales.» - La contre-révolution, un tabou français: «Mais l'innovation qui nous intéresse ici, dont nous montreront les étapes, est celle de l'élaboration, dans les années 1950, par des officiers de l'armée française, d'une vision théorique systématisant ces techniques pour en faire une doctrine, une machine de contrôle organisée pour la purge de l'ennemi intérieur.» - Les engrenages de la mécanique sécuritaire: «La peur est une machine politique, un levier du contrôle social.» - Les archives de L'Ihedn, corpus significatif de l'évolution des conceptions de la défense: «C'est en 1936 que l'amiral Raoul Castex, qui menait alors aux côtés du maréchal Philippe Pétain une réflexion sur le rôle des «cités» dans la Défense nationale, conduisit la conception et la mise en place du précurseur de l'Ihedn, le Collège des hautes études de Défense nationale, qu'il dirigea jusqu'en 1939.» - Démonter la machine sécuritaire: «Les archives de l'Ihedn, mises en perspective avec les articles des principales revues de la communauté politico-militaire, permettent donc à la fois de retracer les grandes étapes de l'évolution des théories contre-subversives en France, de la construction de l'immigration comme menace et de la conception théorique du système de «contrôle sécuritaire».»
De cette manière, l'auteur aura organisé ce qu'il appelle sa «chronologie française» qui comprend «Trois respirations historiques»: - La guerre froide, l'institution de l'«indigène-partisan» et la synthèse de la DGR sur le terrain colonial puis sa prohibition (1954-1962). - Le bannissement puis le retour des théories de la contre-subversion, l'invention du «problème de l'immigration» et la conception du modèle sécuritaire de 1959 à 1981. Ensuite, l'auteur évoquera l'évolution de la conception du modèle dans le contexte du déclin et la mise en oeuvre du nouvel ordre sécuritaire dans le capitalisme globalisé (1979-2009). Or, par parenthèse cette «évolution» sera incessante puisque l'actualité récente exige de plus en plus l'amélioration de la machine sécuritaire. Il est alors clairement entendu que l'essentiel de l'«ennemi intérieur» est constitué autour du personnage de l'immigré et dont l'aspect strictement religieux est l'islam, et il est fondamentalement intégré dans la société, mais parfaitement visible, connu et reconnu, en un mot «fixé». Et si j'ose dire, il est «très distingué», à ce point qu'il n'est presque plus le personnage central des humoristes. Il est devenu le commun des sujets que l'on n'aime pas aborder. Sauf si le fleuve parisien,... La Seine se souvient d'en avoir noyé pas mal! Voilà le souvenir qui revient dans notre mémoire comme un éclair qui éclaire et qui brûle et qui foudroie!
On peut dire que la représentation de l'immigration en France est globalement perçue et étudiée avec audace, clarté et honnêteté. Mathieu Rigouste fait honneur aux chercheurs de vérité, ni plus ni moins. Un tel travail, un travail d'intellectuel formé et appliqué, passionné et serein, curieux et circonspect, est un modèle éducatif et instructif dont tout jeune chercheur devrait s'inspirer. Pour le lecteur algérien, L'Ennemi intérieur de Mathieu Rigouste est une source d'informations originales et pour la plupart d'archives. Il a travaillé sur le terrain et ses sources écrites sont nombreuses et souvent de première main. Une postface à la présente édition recadre, en bien des points, quelques formulations insuffisantes publiées dans la toute première édition, et c'est un enrichissement que l'on apprécie comme il convient. La conclusion est que l'«ennemi intérieur» est définitivement l'«immigré» d'où qu'il vienne. L'actualité renforce cette cruelle réalité qui éveille les effets dramatiques de la «pacification» glorifiée par l'«action psychologique» en faveur d'une «Algérie française», les crimes de la guerre d'Algérie, les tortures qui s'y pratiquaient et les attentats OAS,...

(*) L'Ennemi intérieur, La généalogie coloniale et militaire de l'ordre sécuritaire dans la France contemporaine de Mathieu Rigouste, Éditions Alem Afkar, Alger, 2012, 360 pages.

Suivez ces commentaire via le flux RSS Réactions (0)

total :| Affiché :

Réagir à cet article

Entrez le code que vous voyez dans l'image s'il vous plait:

Captcha