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JIWEL OU L'ALCHIMIE DU BONHEUR DE ABD-EL-KADER BENATIA

La destinée, qu'est-ce que la destinée?...

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La destinée, qu'est-ce que la destinée?...

La destinée est une oeuvre que l'on façonne par une suite infinie d'actes petits et grands. Et encore, le reste ne dépend pas de soi, seulement.

Ce n'est pas une simple question de religion ou de philosophie générale, encore moins un ensemble de normes de l'action régie par la Morale. C'est tout le problème de l'Être qui pense et qui agit qu'il est alors l'objet même de la valeur de toute une vie. Ces notions, si complexes soient-elles, semblent assez sérieusement abordées dans le roman Jiwel ou l'Alchimie du bonheur (*) de Abd-el-Kader Benatia.


Une quête du bonheur
L'auteur n'est certes pas un philosophe. Mais tout homme, devant la vie, est forcément quelqu'un qui «pense» à la vie qu'il mène avec ou sans passion - un philosophe, quoi! - et d'autant que tout ce qui lui arrive est l'effet visible de causes précédentes éprouvées. S'il en est ainsi, tout arrive fatalement. «Il est donc démontré, affirme Cicéron dans son Traité Du Destin (tome IV, fragment X, 44, av. J.-C.), que le Destin préside à tous les événements du monde.» En tout état de cause, nous ne sommes pas dans le domaine de la superstition religieuse ni même dans celui de l'esprit populaire que l'on appelle «le bon sens». Cela étant que d'autre part, Jiwel, le personnage central du roman dont il est question ici, est bel et bien soumis à l'esprit divin. Jiwel, de retour de La Mecque, commence une nouvelle vie. Le problème traitant des rapports du «destin» et du libre arbitre, remonte à la Création de la Nature et de l'homme. La recherche du Bonheur, pour l'homme (pour Jiwel) est le fatum de tous les êtres doués de raison, depuis la nuit des temps, - il est constant et éternel. Pour ceux qui ont de la Croyance en islâm, cette «philosophie» est clairement expliquée par Al Ghazali (450 H.-1058-59 J.-C. / 505 H.-1111 J.-C.), l'alchimiste par excellence du bonheur. («Alchimie», de l'arabe, alkimiyâ, se donnant pour objet de découvrir «la pierre philosophale, capable de transmuer les métaux», puis prenant le sens de «subtilité» tout court en toute action créative.) Al Ghazali fut surnommé la «Preuve de l'Islâm» (Houjjatoul-Islâm) dans les pays musulmans, à cause de la démonstration rationnelle qu'il fit de la spiritualité islamique. Sa quête du bonheur, il l'a longuement expliquée à sa génération et aux suivantes dans son ouvrage Ihyâ' Oulûm ad-dîn, la Revivification des sciences de la Religion. (Lire à ce sujet, l'impec-cable traduction (et notes) de l'arabe vers le français d'A. Moussali, éd. ENAL, Alger, 1985, et particulièrement, l'«aperçu exact en français de l'oeuvre monumentale» d'Al Ghazali, Restauration des sciences religieuses par le regretté Nabhani Koribaa, éd. ENAL, Alger, 1984).
N'allons pas plus loin, restons dans l'«esprit» de Jiwel ou L'Alchimie du bonheur, ouvrage proposé par Abd-el-Kader Benatia, qui n'est, oserai-je dire, qu'un «roman» mais qui fait penser longuement. Car, lit-on en page 4 de la couverture, l'auteur «est né en 1972 dans la wilaya de Saïda, qu'il quitte à l'âge de neuf ans avec toute sa famille pour rejoindre le père installé en France. Technicien supérieur en informatique mais surtout excellent artiste-peintre [Voir l'illustration de la couverture de son roman] ayant à son actif de nombreuses expositions au cours de ces vingt dernières années, son étonnante maîtrise de l'écriture s'est traduite par la publication d'un grand nombre de poèmes parus dans différentes revues et dont quelques-uns ont été réunis dans un recueil édité en France (Yotima, 2004).»
Et d'abord, quel est la signification de «Jiwel». Avant tout, le vocable est plutôt Jewel, étymologiquement, de l'ancien français, «joiel» dont serait issu le mot français «joyau», et l'on verse dans l'exploration du caractère (généralement «bon», «agréable», «généreux»,...) de celui qui porte ce «prénom» Jiwel (ou Jewel) et qui tente inlassablement de découvrir le chemin, ou plus exactement, les chemins qui le mèneront à son bonheur. On peut se rappeler ici, par exemple, le merveilleux ouvrage, un bijou de littérature, L'Alchimiste de Paulo Coello, sans doute très différent dans l'intention philosophique et dans l'écriture. Cependant, il reste avantageusement que le roman de Benatia est une quête du bonheur: celle de Jiwel, et de plusieurs autres personnages (Sidi Smaîn, Halladj, Kheira, Aîssa de Nazareth, Zhuoling, Adam, Kina, Yazid, Rafiq, Jawad, Allan, Jibril, le beau Yitzhak, le brigadier Youssef, le joueur d'échecs, le jeune Chamoun, le voleur Altahir, Rachel,...) typiques de l'époque évoquée. Chaque personnage illustre un temps et signifie une ardeur de vivre le bonheur. C'est un théâtre de vie où l'ordinaire côtoie l'exceptionnel; le normal, l'anormal; le possible, l'impossible... Ainsi va la vie!

Liberté et libre arbitre
L'auteur nous donne ainsi à voir le récit d'une vie qui interpelle l'homme au plus profond de lui-même. Le personnage central, autrefois «jeune homme et insolent» avait reçu du vénérable marabout Sidi Smaîn, le nom de Sidi Ahmed quand il «lui avait annoncé son départ pour Médine, La Mecque et le croissant fertile. Il s'appelait Jiwel, un prénom peu conventionnel pour l'époque et le pays surtout. Pays peu enclin à l'exotisme et à l'inconnu. Un prénom plein de promesses, précieux et excentrique. De son origine un brin alambiqué, est sortie de la splendeur. Le disciple d'alors avait aujourd'hui la quarantaine même si son visage ne reflétait que la trentaine.» On ne peut rester indifférent aux questions multiples (sociales, politiques, humaines,...) et surtout à son irrésistible aventure vers la recherche du bonheur dans la vie, à l'époque même qu'il décrit avec clarté, réalisme et émotion. L'écriture, évidemment spécifique de ce genre de littérature - mêlant imagination, poésie et faits probants - retient l'attention et ravit l'esprit attaché à la phrase alerte, aux mots suggestifs, allusifs, caractéristiques des belles chiquenaudes expressives de la poésie discrète et néanmoins surgissant heureusement à tout propos. L'histoire, la grande Histoire, celle des rêves et des «Andalousies» et hélas! celle de la réalité souvent cruelle, se développe comme la vie longue et dure, incertaine et pleine d'espérance pourtant! Où se trouve le bonheur? Comment l'imaginer? Comment y parvenir? Comment le saisir? Comment se l'approprier? Sinon comment le construire, le promouvoir, le conserver? C'est la révélation de la conscience et la stabilité de l'âme qui se rattachent fort en chaînes et constituent bellement l'être humain dans sa vraie nature. Dans toute vie, en somme, bat ce rappel inspiré (pour tout être vivant et davantage pour le musulman) de la pensée d'Al Ghazali: «En résumé, celui dont l'oeil intérieur n'est pas ouvert ne perçoit de la religion que l'écorce et l'apparence, non le fond et la réalité.» On pourrait remplacer «religion» par «vie».
Ainsi donc, du berceau au tombeau, la vie de l'homme est régie. Les personnages de Benatia vont, à tour de rôle, et souvent s'intercalant, nous content leurs aventures... et leurs mésaventures. Ce sont parfois des guides: politiques, administratifs, sociaux, et religieux. Comment naître, vivre et mourir. Où est la part divine? Où est la part de l'homme? Destin, mektoub, liberté, libre arbitre sont autant «situations de vie» que l'on s'assimile à l'école de la vie. Or, explique Benatia, l'espoir est possible, car il est partout. Il suffit d'être soi. Son personnage Jiwel l'a assez tôt compris: «En jeune homme pétri de lectures diverses, mystiques et religieuses, Jiwel déconcertait. Terriblement marqué par les pensées des philosophes des Lumières et des idéalistes allemands, sans oublier évidemment celles des soufis d'Al Andalous (Ibn Rujd, Ibn Arabi), des confréries d'Irak, et de Syrie, des Ismaéliens Assassins... Jiwel nourrissait l'espoir passionné de croiser à l'angle d'une mosquée, d'une église ou d'un temple l'un de ces maîtres aux longs manteaux ou enturbannés de tissus multicolores qui gratifient par des paroles enchantées du bonheur et procurent le mode d'emploi des serrures en moins de temps qu'il en faut pour comprendre le sens caché d'une sourate ou d'une prière...» La recherche du Bonheur mérite tous les sacrifices. «L'enjeu en valait la peine: souhaiter une chance à l'oiseau rare de partir et de revenir assurément.» Du vieux et sage Jiwel qui gisait sous le squelette du grand palmier», cet ultime et très allusif conseil tel «Le flot d'amour jaillit des entrailles» au jeune Yazid: «Écoute-moi, petit...Surtout reste petit comme aujourd'hui, toujours...» L'auteur écrit: «Ce que vit le gamin dans les yeux de l'ermite, à cet instant, aucun poète ne saurait le peindre. [...] Les étoiles sont en nous, arrosons-les pour qu'elles vivent. La plus grande ruse du diable, c'est de nous faire croire qu'il existe. [...] Le destin de chacun est déjà écrit: à son mektoub, on ne peut échapper.»
Néanmoins, il reste cette étoile en chacun de nous: le droit à l'espérance, à la liberté d'être ou de ne pas être! Jiwel ou L'Alchimie du Bonheur de Abd-el-Kader Benatia, un livre à lire.

(*) Jiwel ou l'Alchimie du bonheur de Abd-El-Kader Benatia. Casbah Éditions, Alger, 2013, 205 pages.

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