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MOHAMMED OULD CHEIKH: UN ROMANCIER ALGÉRIEN DES ANNÉES TRENTE PAR AHMED LANASRI (2 ET FIN)

Le premier roman en français d'un indigène

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Le premier roman en français d'un indigène

L'Archéologie... en littérature, existerait-elle? Question, sans doute, surprenante...

... Mais à l'évidence, on ne peut nier le riche gisement ancien «de monuments et objets qui en subsistent» et que constituent les toutes premières oeuvres littéraires écrites en français par les indigènes pendant la colonisation française en Algérie.
Dans la première partie du Temps de lire du mercredi 3 juin 2015, j'écrivais que la littérature n'a pas d'âge préfixé pour s'affirmer et être elle-même. Toutefois, le pire, pour une littérature nationale, c'est de s'assimiler une littérature étrangère, si magnifique soit-elle, sans sauvegarder son âme ou de se laisser phagocyter par elle et donc d'accepter de devenir Arlequin sans charme. C'est alors soit drame d'amour inassouvi soit désespérance de cesser d'être soi-même; et si l'on ramène son âge à celui d'une génération ou même à deux, c'est que l'on est soit plus vieux que l'on y paraît, que son esprit est moins ouvert que celui de l'adulte sans instruction et que sa mémoire est autant inculte qu'une terre en friche.

Un travail d'éveil
Ainsi, j'évoquais la littérature algérienne écrite en français. Et j'en ai un bel exemple fourni par l'universitaire Ahmed Lanasri, auteur de Mohammed Ould Cheikh: un romancier algérien des années trente (*). Lors de cette publication, en 1986, et qui est issue de sa thèse de doctorat de 3ème cycle, Ahmed Lanasri, né en 1947, était maître-assistant à l'Institut des langues étrangères de l'université d'Oran. Le regretté Djeghloul Abdelkader (décédé en 2010, à l'âge de 64 ans), intellectuel brillant - hélas! méconnu et même oublié -, présentateur de l'édition de l'OPU (1986) avisait: «[Ahmed Lanasri] a centré son travail sur l'émergence de la littérature algérienne d'expression française en étudiant un roman publié en 1936 aux éditions Plaza à Oran et quasiment tombé dans l'oubli: Myriem dans les palmes de Mohammed Ould Cheikh. L'intérêt de cette thèse est double. Elle permet de mieux connaître un moment et un aspect de notre histoire culturelle et littéraire en particulier. Elle permet aussi une réappropriation raisonnée d'un élément de notre patrimoine débarrassé des scories d'une critique littéraire simpliste pour qui la trame idéologique de la première génération d'écrivains, en situation coloniale serait nécessairement constituée par une attitude assimilationniste vis-à-vis de la métropole coloniale.». Il ajoute, à raison pour fixer les esprits: «Ahmed Lanasri prend le contre-pied de ce préjugé. ´´Nous pouvons avancer que, contrairement à ce qui a été dit jusqu'à présent, cette littérature algérienne n'a pas toujours été assimilationniste et qu'en ce qui concerne notre oeuvre, elle est déjà affirmation d'un ´´quant-à-soi´´ définitif.»
Dans son introduction à sa thèse, Ahmed Lanasri nous éveille à une réalité littéraire majeure en indiquant: «Notre projet est une sorte d'archéologie de la littérature algérienne, de l'entre-deux-guerres, écrite en français. Archéologie, disons-nous, parce que toute cette partie du patrimoine littéraire algérien est demeurée et demeure inconnue du non-spécialiste; et même, d'ailleurs, de celui-ci comme nous le verrons au cours de notre thèse.» Nous savons, hélas, ce qu'il en a été de certaines premières oeuvres de certains de nos grands écrivains, par exemple, le roman La Colline oubliée et l'auteur Mouloud Mammeri. Évoquant la production romanesque algérienne de langue française, Ahmed Lanasri cite «l'école d'Alger» qui a produit une littérature écrite par des Français nés en Algérie et «qui émigrera, d'ailleurs, assez vite à Paris» (par exemple: Camus, Roblès,...),
«l'autre écrite par des Algériens», par exemple: Dib, Feraoun, Taos et Jean Amrouche,... «Or, explique encore Lanasri, dès le début de la colonisation, beaucoup d'écrivains français, parfois ce sont des voyageurs ou des militaires engagés dans la conquête coloniale, ont écrit sur l'Algérie.»
On peut rappeler les Louis Bertrand, les Robert Arnaud (qui signait Randau)), etc. Mais la fin du XIXe s. révèle une littérature particulière, celle de l'Algérien. «Plus modeste, en raison du contexte historique», apparaît une littérature d'un autre ton, même si, sur le plan de la forme, elle imite le roman colonial. On note quelques noms d'auteurs: Chukri Khodja,...Mohammed Ould Cheikh. Avec Ahmed Lanasri, on peut mesurer aisément le chemin parcouru et surtout examiner «certains préjugés sur cette production [qui] montrent, en effet, une longévité étonnante puisque nous héritons sur cette littérature et la période qui l'a vu naître, d'a priori assez anciens.» Sauf que, faisant oeuvre pie, l'Office des Publications Universitaires (OPU) a, en mai 1985, réédité le roman Myriem dans les palmes de Mohammed Ould Cheikh. Il faut souhaiter une réédition plus moderne à la portée de nos chercheurs et d'un plus large public. Ce sera un travail d'éveil.

Myriem dans les palmes
L'étude universitaire de ce roman ayant été faite impeccablement par Ahmed Lanasri et consacrée par une thèse spécifique, je n'en ferai pas la présentation détaillée. Néanmoins, rappelons que l'auteur Mohammed Ould Cheikh (Bechar, 1906-Oran, 1938) était «un produit d'une société arabo-islamique», un «produit de l'appareil scolaire colonial» et il a produit plusieurs oeuvres littéraires: nouvelles (La Razzia, 1924, Mektoub; 1925,...), des poèmes (Chants pour Yasmine, 1930), le roman Myriem dans les palmes. 1936. Sa parution s'inscrit dans un contexte historique très riche en événements sociopolitiques, entre autres, elle coïncide avec la célèbre polémique entre Ferhat Abbas et Abdelhamid Ben Badis sur «l'existence de la nation algérienne». (Évidemment, cette «polémique» historique mérite une reprise de publication et d'explication. Mais ce n'st pas le sujet ici.)
Voici, inspiré largement d'Ahmed Lanasri, un résumé très concis du roman Myriem dans les palmes. «L'action se déroule en 1932, au Tafilalet, région du Sud marocain, aux confins du Sud oranais, à la veille de son occupation par les troupes françaises. Myriem, l'héroïne du Roma, et son frère Jean Hafid sont issus d'un mariage mixte, de père français et de mère musulmane. La naissance des enfants engendre une situation conflictuelle entre les parents, chacun souhaite les convertir à sa religion. La mort du père, le capitaine Debussy est tué au Rif dans la guerre du Maroc, débloque la situation. Khadidja, la mère, est désormais seule responsable de l'éducation de ses enfants. Elle s'attache à les récupérer au sein de son identité arabo-islamique. Mais Jean suit déjà la carrière de son père et Myriem «s'occupe de modernisme et pratique l'aviation». Sa mère veut la marier à un jeune musulman Ahmed, mais elle est déjà fiancée à un jeune russe Ipatoff. Elle découvre que celui-ci est un aventurier. Myriem rompt ses fiançailles avec le jeune russe et consolide son amitié avec Ahmed.
Se déroulant jusqu'ici à Oran, l'action du roman se transporte au Tafilalet. Myriem est alors une riche héritière oranaise. Elle possède son propre avion et voyage dans le Sud. Contrainte d'atterrir en pays insoumis, Myriem est capturée par un ´´djeich´´ de Belqacem, sultan du Tafilalet. Et voilà que le lieutenant Debussy apprend le rapt de sa soeur Myriem. Déguisé en Berbère, il arrive à Rissani, la capitale du Tafilalet. Il fait la connaissance de Zohra, une jeune Berbère, qui lui promet de l'aider à délivrer Myriem..., Or, Ipatoff entre en scène sous les traits d'un contrebandier qui vend des armes à Belqacem. Découvrant Jean Hafid, Ipatoff le livre au sultan du Tafilalet, et supplie Belqacem de lui céder Myriem en échange d'une livraison d'armes supplémentaires. Sur ces entrefaites, arrive Ahmed, aidé par Zohra, parvient à délivrer les prisonniers, juste au moment où l'armée française s'apprête à occuper le Tafilalet. L'épisode du roman nous ramène à Oran et réalisa le voeu de Khadîdja par le mariage de Myriem avec Ahmed et de Hafid avec Zohra.»
Dans son ouvrage Mohammed Ould Cheikh: un romancier algérien des années trente, on découvre une étude complète, d'une grande qualité et rédigée d'une façon qui retient l'attention du lecteur comme s'il lisait... un roman passionnant. Rien n'est ardu dans cette étude littéraire et scientifique. Quel est «le bilan idéologique de cette oeuvre romanesque tant contestée» dit Lanasri, j'ajouterais «parfois avec vigueur et excès». Mais l'oeuvre est là, l'époque évoquée, le contexte historique, l'humaine condition aussi et surtout, sont réels, sans doute durs, tout cela indigne aujourd'hui; C'est un miroir utile pour notre génération, pour celle qui se développe aujourd'hui, c'est un miroir qui éduque et instruit toutes les générations conscientes qu'il y a beaucoup de travail à accomplir comme un devoir en direction de la jeunesse algérienne actuelle dont nous espérons beaucoup.

(*) Mohammed Ould Cheikh: Un romancier algérien des années trente de Ahmed Lanasri. OPU, Alger, 1986, 314 pages.

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