Accueil |Culture | Le temps de lire |

LA BATAILLE DE BADR IN LA VIE DE MAHOMET D'ÉMILE DERMENGHEM (*) [III]

Le miracle de la bataille de Badr...

Par
Taille du texte : Decrease font Enlarge font
Représentation de la bataille au musée impérial de Topkapi d'Istanbul (Turquie)Représentation de la bataille au musée impérial de Topkapi d'Istanbul (Turquie)

«Badr inaugurait une série de victoires qui devaient changer la face du monde», écrit Émile Dermenghem.

Et il ajoute: «La même année, les musulmans eurent à se réjouir de la revanche des chrétiens grecs sur les Perses idolâtres, prédite par le Coran.» Émile Dermenghem, dont nous continuons la présentation de son livre (Lire L'Expression du mercredi 24 juin et du mercredi 1er juillet 2015) a eu cette volonté de l'humain sensible à croire l'humain sensible. Le Prophète Mohammed (QSSSL) gardait en toute circonstance, même en état de guerre imposée contre ses assaillants, ses ennemis les plus féroces, cette part d'humanité au-dessous de laquelle, il n'y a pas d'«humain trop humain pour l'Islam». Cette réflexion, il la rappelait, un autre grand orientaliste arabisant, le regretté et ami de l'Algérie, le Français Jacques Berque, dans sa préface à une biographie traditionnelle écrite par l'illustre chroniqueur Tabari (Amol / Tabaristan [région ancienne d'Iran], 839 - Bagdad / Irak, 923), intitulée «Mohammed, sceau des prophètes» et traduite par Hermann Zoterberg, éd. Sindbad, Paris, 1980.

Combats et escarmouches
Après son installation à Yathrib qui devient «Madinat er-Rasoûl, La ville de l'Envoyé [de Dieu]» - et tout court «El Madina, Médine» -, Mohammed (QSSSL) «est choisi librement, chef de la communauté aussi bien par les musulmans que par les païens et les juifs. Il y institue un régime social développé, pour l'époque et un système de mutualité tant par conviction que par nécessité», note, le regretté ami et islamologue, Abdelhamid Benachenhou dans son ouvrage L'Islam, EPA, Alger, 1975. Un État musulman est fondé. Le Prophète a désormais un double but: répandre l'islam dans les tribus voisines idolâtres et belliqueuses et entrer, avec ses compagnons mouhâdjirîne (émigrés à Médine) à La Mecque, sa ville natale. Depuis le départ de leurs concitoyens musulmans avec Mohammed pour Médine, les Mecquois païens n'ont pas cessé leurs attaques (escarmouches fréquentes) et leurs combats sanglants et d'envoyer en l'an 2 de l'Hégire une puissante armée contre le Prophète.
C'est alors le début d'une lutte contre l'intolérance et l'incroyance, et les représailles se multipliant, au moindre prétexte, pour empêcher les conversions à l'Islam et réduire l'Envoyé de Dieu. Une rencontre a déjà eu lieu à Badr, une chevauchée d'environ 150 km de Médine. Le groupe des Musulmans, conduit par le Prophète, a été mis en déroute par les païens trois fois plus nombreux qu'eux et terriblement combatifs.
Les provocations des Mecquois contre l'un des leurs, puisque Mohammed est de la grande famille des Hachemi de la tribu des Qoraïchites (qui veut dire «Petit requin» en arabe), sont devenues une menace de destruction de l'Islam. Émile Dermenghem écrit: «Mahomet n'est pas un quaker; il pense qu'il est des choses pour lesquelles il y a parfois lieu de se battre et de mourir. En ce monde où tout est désordre depuis le péché originel, la violence ne peut être considérée comme essentiellement mauvaise en fait que si elle est aussi injustice et haine. Et l'on ne peut se croiser les bras devant le triomphe du mal. Il n'y a pas nécessairement contradiction entre le devoir de tendre l'autre joue pour une insulte personnelle et celui de venir au secours d'un enfant qu'on assassine. Les musulmans avaient souffert toutes les répressions dix ans sans se défendre. Le Coran, alors, leur ordonnait de tout supporter patiemment. Maintenant, ils étaient exilés de leur patrie; la tête de leur chef avait été mise à prix; ils formaient un État nouveau. Depuis l'hégire, la guerre était virtuellement ouverte entre la ville des idolâtres et la cité du Prophète. La guerre semblait maintenant le seul moyen de sauver l'Islam, une question de vie ou de mort. Que les Qoraïchites [tribu mecquoise] vinssent à attaquer Médine et à être victorieux, tout était fini. Il fallait aux musulmans ´´tuer ou être tués´´, combattre ceux qui les avaient chassés ´´de leur foyer sans justice, simplement pour avoir dit: notre Dieu est Allah´´. La liberté de conscience ne pouvait être sauvegardée que par la guerre. Mourir ´´dans la voie de Dieu´´, c'était subir le martyre. Les Qoraïchites et les tribus de l'Arabie, y compris les Juifs même de Médine, vont se coaliser contre l'Islam, dont les chances de succès paraissent bien minces. Le Coran va devenir souvent un chant de guerre exhortant les fidèles au courage, un recueil des ordres du jour de leur chef.»

L'An II de l'Hégire, 17e jour de Ramadhâne
Ainsi, Mohammed a rencontré devant lui d'énormes obstacles tendus par ses propres parents dans son propre pays, - «Nul n'est prophète en son pays! (locution déjà employée dans Les Évangiles de Luc et Matthieu». Mais le Prophète continue de former et d'organiser son armée d'abord défensive puis face à l'ampleur des attaques des ennemis les puissants et riches Qoraïchites et leurs affidés, les hypocrites défaitistes (el mounâfiqoûne) et certains juifs de Médine, l'armée se mue en armée offensive. Le danger étant au-dedans et au dehors, il prend même le commandement de plusieurs sorties dans les environs de Médine et jusqu'à la plaine de Badr pour chasser les assaillants et les poursuivre en vain.
Se référant à sa documentation Dermenghem précise: «Mahomet [...] fit preuve dans son triomphe final d'une grandeur d'âme comme on n'en trouve pas beaucoup d'exemples dans l'histoire. À ses soldats, il ordonnait d'épargner les faibles, les vieillards, les enfants et les femmes [...] Il prescrivait de ne tirer l'épée qu'en cas de nécessité absolue.»
Et puis, «Dans des journées brûlantes du mois de Ramadhâne de l'an II de l'hégire (624 J.-C.) les musulmans ont voulu se battre et mourir pour que la religion vécût et se répandît. Ils avaient subi toutes sortes d'avanies, d'humiliations et de persécutions durant plus de treize ans, à La Mecque, en Abyssinie, à Taïf, à Médine. [...] Il fallait donc combattre. Et pourtant, Dieu a recommandé de ne pas attaquer le premier et d'observer la plus grande modération (A. Benachenhou).» Le passage d'une importante caravane de riches commerçants venant de Syrie est annoncée. C'est celle des Qoraïchites et elle est composée de mille chameaux, conduits par une quarantaine d'hommes. Une petite armée du Prophète (313 hommes dont 2 cavaliers, 70 chameaux et 70 mouhâdjirîne) s'est préparée à l'affronter, tout en comptant que «La guerre est une ruse». Mais en vérité, une armée païenne qoraïchite composée de 900 à 1000 combattants dont 100 cavaliers est venue lui faire la guerre. Cet événement se passe le 17e jour de Ramadhâne de l'an II de l'Hégire (17 mars 624). Reprenons, au risque d'en faire un résumé excessif, le fil du récit de Dermenghem: «La bataille commença par des combats singuliers et de grandes paroles. [...] Otba ben Rabia, le beau-père d'Aboû Sofyân, son frère Chaïba et son fils El Walîd sortirent de rangs qoraïchites, cuirassés et casqués et défièrent les plus braves de l'armée ennemie. [...] Hamza, avec une plume d'autruche sur la poitrine, Ali avec une double cuirasse, [...] et Obaïda ben el Hârith se présentèrent et crièrent bien haut leurs noms. Les six hommes se chargèrent alors furieusement. Hamza et Ali tuèrent Chaïba et el Walîd et purent alors se porter à l'aide de Obaïda dangereusement blessé par son adversaire. Ils tuèrent Otba et emportèrent Obaïda qui avait un pied coupé et mourut peu après. La Mecque avait perdu ses trois meilleurs champions. [...] Sur l'ordre de Mahomet, la mêlée devint générale. [...] Dans la vallée la bataille fait rage. Des cris montent dans un nuage de poussière et une odeur âcre de sang. Mahomet - extase et crise nerveuse - s'évanouit. [...] Enfin le prophète revint à lui. - ´´Réjouissez-vous, dit-il. Le secours de Dieu est présent´´.» Et il ordonne qu'on lui amène son cheval. ´´Tu es à l'ombre, et tes compagnons combattent au soleil...´´ Lui a dit l'ange Gabriel. Malgré les représentations d'Abou Bakr et de Sad, il monte en selle. Il exhorte les assistants à la lutte, il leur promet le paradis: ´´Paradis est à l'ombre des épées´´. [...] Les musulmans chargent en poussant leur cri de guerre: ´´Ahad! Ahad! Unique! Unique!´´ C'est alors que le sort de la bataille fut décidé, et avec lui celui de l'Islam. La balance du destin penche à cette minute. Les impondérables interviennent, les forces de l'éther auxquelles le coeur de l'homme est relié par des chaînes de diamants invisibles. [...] Les anges intervinrent fondant en cascades d'éclairs des hauteurs du ciel. Ces fulgurations des lames heurtées, ce sont des éblouissantes cuirasses des guerriers célestes. Des bruits confus, ce sont les frémissements de leurs chevaux ailés et le son de leurs trompettes. Ces lueurs qui passent dans les yeux des mourants, ce sont leurs turbans jaunes et leurs longues robes blanches qui claquent comme des drapeaux. [...] Les Qoraïchites avaient perdu beaucoup de leurs meilleurs sabres.»
On dénombre 70 infidèles tués (dont «le fameux Abou Djahl» que le Prophète désigne comme «le pharaon détestable de sa nation»), 70 prisonniers et 14 chouhadâ parmi les combattants musulmans. Le miracle a été accompli. Dieu a décidé le triomphe de l'Islam sous le commandement de son Envoyé. La bataille de Badr ouvre une ère nouvelle dans la société arabe dans les deux camps.
La confiance gagne les musulmans, et les Qoraïchites perdent la hargne des repus, des riches et des puissants. Le Prophète avertit ses amis de cette victoire et particulièrement le Négus d'Abyssinie.
Chaque année, le 17e jour du mois de Ramadhâne, les musulmans se remémorent la bataille de Badr par des conférences et des lectures du Saint Coran.

(*) La vie de Mahomet d'Émile Dermenghem, Éditions Charlot, Alger, 1950, 326 pages.

Suivez ces commentaire via le flux RSS Réactions (0)

total :| Affiché :

Réagir à cet article

Entrez le code que vous voyez dans l'image s'il vous plait:

Captcha