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LA PETITE BIBLIOTHÈQUE DE L'ÉTÉ 2015 (V)

Le bonheur au prix du bonheur

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Une sympathique bibliothèque d’écoleUne sympathique bibliothèque d’école

Apprenons, avant toutes choses, nous disent les sages, que le vrai bonheur est la liberté de vivre.

Petite ou grande philosophie, cette réflexion est, dans l'immédiateté, toujours à la mesure de l'intelligence humaine. L'immense poète, philosophe et mystique Hafiz Chems ed-Din Mohammed (1320?-1389), de sa Perse brillante, et lui, à raison, sans doute quelque peu ébloui par elle, chantait ces vers: «Des amis, un flacon de vin, du loisir, un livre, un coin parmi les fleurs... Je n'échangerai pas cette joie pour un monde présent ou à venir.» Ne nous méprenons pas, surnommé «lisân el-ghâib, la langue mystérieuse», Hafiz a traité aussi de sujets plus graves. Mais présentement, que nous sommes loin à l'écart de ce bonheur! Notre bonheur est que la jeune génération s'assimile le bonheur de lutter de nos anciens et s'attache à élever sans cesse notre culture à un niveau supérieur...
Voici des extraits de présentation d'ouvrages dans Le Temps de lire (Saison 2014-2015):

JIWEL OU L'ALCHIMIE DU BONHEUR de Abd-El-Kader Benatia. Casbah Éditions, Alger, 2013, 205 pages: «La destinée, qu'est-ce que la destinée?... La destinée est une oeuvre que l'on façonne par une suite infinie d'actes petits et grands. Et encore, le reste ne dépend pas de soi, seulement. [...] Ce n'est pas une simple question de religion ou de philosophie générale, encore moins un ensemble de normes de l'action régie par la Morale. C'est tout le problème de l'Être qui pense et qui agit qu'il est alors l'objet même de la valeur de toute une vie. Ces notions, si complexes soient-elles, semblent assez sérieusement abordées dans le roman Jiwel ou l'Alchimie du bonheur (*) de Abd-el-Kader Benatia. [...] N'allons pas plus loin, restons dans l'«esprit» de Jiwel ou L'Alchimie du bonheur, ouvrage proposé par Abd-el-Kader Benatia, qui n'est, oserai-je dire, qu'un «roman» mais qui fait penser longuement. Car, lit-on en page 4 de la couverture, l'auteur «est né en 1972 dans la wilaya de Saïda, qu'il quitte à l'âge de neuf ans avec toute sa famille pour rejoindre le père installé en France. Technicien supérieur en informatique mais surtout excellent artiste-peintre [Voir l'illustration de la couverture de son roman] ayant à son actif de nombreuses expositions au cours de ces vingt dernières années, son étonnante maîtrise de l'écriture s'est traduite par la publication d'un grand nombre de poèmes parus dans différentes revues et dont quelques-uns ont été réunis dans un recueil édité en France (Yotima, 2004).» [...] La recherche du Bonheur mérite tous les sacrifices. «L'enjeu en valait la peine: souhaiter une chance à l'oiseau rare de partir et de revenir assurément.» «Du vieux et sage Jiwel qui gisait sous le squelette du grand palmier», cet ultime et très allusif conseil tel «Le flot d'amour jaillit des entrailles» au jeune Yazid: «Écoute-moi, petit...Surtout reste petit comme aujourd'hui, toujours...» L'auteur écrit: «Ce que vit le gamin dans les yeux de l'ermite, à cet instant, aucun poète ne saurait le peindre. [...] Les étoiles sont en nous, arrosons-les pour qu'elles vivent. La plus grande ruse du diable, c'est de nous faire croire qu'il existe. [...] Le destin de chacun est déjà écrit: à son mektoub, on ne peut échapper.»

LES AMOURS D'UN JOURNALISTE de Abderrahmane Zakad, édition ACA (À Compte d'Auteur°, Alger, 2012, 342 pages: «Le roman d'une Algérie... sans gaz ni pétrole! [...] Quand l'imagination littéraire s'autorise l'audace de décrire les réalités humaines, elle révèle une esthétique militante de vérité. [...] «Et si le pétrole disparaissait?... La catastrophe arrive en 2022: la chute d'un énorme astéroïde embrase tout le Sahara. L'Algérie perd son pétrole, son gaz et le moral. Complètement démantelée, bégayant entre des traditions ébranlées et un modernisme de surface, l'économie se dégrade, les gens fuient alors que des pieds-noirs octogénaires envisagent le retour. Les Algériens ne se reconnaissent plus et, à force de s'être regardés avec une lentille culturelle occidentale, le pays s'effondre faute d'un projet de société viable.» Ainsi, nous prévient Abderrahmane Zakad dans sa fiction, autant brillante qu'hallucinante, intitulée Les Amours d'un journaliste (*). [...] Nous sommes alors en l'an de grâce 2022, exactement le samedi 5 juillet 2022, fête de l'indépendance, à la station de Bâb El Oued... Une météorite de 800 m de diamètre tombe sur le Sahara et le désintègre. Tout le pétrole et le gaz brûlent. Pendant un mois, il a fait nuit noire dans tout le pays couvert par les fumées, les poussières et les scories.
Peu à peu, l'Algérie perd ses richesses, la rente et le moral. La population des villes a fui vers la campagne. On ne sait plus cultiver la terre, et les pratiques ancestrales ont été oubliées. La faim sévit, la pauvreté s'affiche et s'enfle, et devant la misère les spéculateurs pullulent et s'ingénient. Certains s'enrichissent dans l'agriculture après avoir fait revenir les colons.
Le caïdat se réinstalle et les marabouts réapparaissent, les élites sont ignorées, la jeunesse est livrée à elle-même. Sans pétrole et sans gaz, l'Algérie se retrouve dans une situation catastrophique qui surprend et désarme les responsables. [...] L'auteur fait vivre aux populations algériennes impuissantes une surprenante aventure de conscience face à la colère des torchères dressées devenues enfer sur tout le territoire. Où sont passés les pays amis, les pays frères?
Tous ceux à qui le peuple a offert notamment sa générosité et son énergie afin de les servir et de les imiter, espérant être «comme eux». [...] L'auteur met l'espoir algérien dans la jeunesse, dans la splendeur multiple de l'amour de ce couple exemplaire qui aime aussi son travail de journaliste et sa seule Patrie l'Algérie... L'Algérie se relèvera-t-elle? La réponse est dans la hardiesse de ce livre Les Amours d'un Journaliste de Abderrahmane Zakad. Voire donc.»

P'TIT OMAR, LA RÉVOLUTION DANS LE CARTABLE de Souhila Amirat, édition À Compte d'Auteur, Alger, 2014, 162 pages: «Une prise de conscience à l'âge écolier. Ceux qui, dans leur vie, ont éprouvé de longues souffrances et consenti le plus lourd des sacrifices, méritent le repos éternel des chouhadâ. [...] L'éducation de la jeune conscience forme l'esprit du futur adulte, - particulièrement l'éducation par la vie active, c'est-à-dire celle qui se nourrit de besoins de dignité et de fraternité humaine. [...] À bien des égards, cette pensée que je forme, j'en relève les éléments ici et là dans le court et dense récit intitulé P'tit Omar, La Révolution dans le cartable (*) de Souhila Amirat.
Quel juste titre: il nous renvoie en nos lointains souvenirs, autant de situations de rêveries d'idéaux de liberté et d'indépendance. C'est presque un conte merveilleux, - mais oui, c'est un conte merveilleux d'histoire nationale algérienne contemporaine!
Les faits sont authentiques, les personnages aussi, les héros ont existé, le P'tit Omar naturellement, - même les documents secrets codés ou non dans le cartable de l'enfant écolier animé de vertueux élans de prouesses multiples! L'éducation familiale y transparaît; la vitalité du caractère permet des audaces à la raison et à la saine imagination; l'appel de l'Aîné et surtout l'enthousiasme juvénile, la passion valorisante d'être soi-même et d'assumer une conscience qui dicte le devoir qu'exige la Révolution commencée par ses parents, ses amis,... tout son peuple.
Tout est dans le cartable de l'écolier P'tit Omar. Qui veut s'instruire, cette source l'instruira en ce glorieux Centenaire du 1er Novembre 1954... [...] L'éducation de la jeune conscience forme l'esprit du futur adulte, - particulièrement l'éducation par la vie active, c'est-à-dire celle qui se nourrit de besoins de dignité et de fraternité humaine. [...]
Quel juste titre: il nous renvoie en nos lointains souvenirs, autant de situations de rêveries d'idéaux de liberté et d'indépendance. C'est presque un conte merveilleux, - mais oui, c'est un conte merveilleux d'histoire nationale algérienne contemporaine! «Omar est le troisième d'une fratrie de neuf enfants. Ses parents sont cousins germains et portent le même nom. Son père Ahmed est artiste tapissier et entraîneur de boxe. Comme tous les Casbadji, son passe-temps favori est la pêche. Dahbia, sa mère, s'occupe de ses petits frères et soeurs. Elle vient de mettre au monde Boubekker, le dernier de la famille. Omar est né le 7janvier 1944 à la Casbah, au 3, rue des Abderames, dans la maison de ses grands-parents.
Omar rentre au moment où le doute prenait possession de sa mère. Il ne lui donnera aucune explication. Elle le harcelle quand même de questions: - Tes amis t'ont cherché partout, où étais-tu passé? Et qui était l'homme de tout à l'heure? Point perturbé, Omar lui répond: «J'ai remis le colis à l'adresse qu'il fallait.»
Reprenez le récit à son début «L'homme au mouchoir», et continuez la lecture, vous irez jusqu'au bout. Une magnifique représentation théâtrale sur le sujet «P'tit Omar» a été réalisée sur la scène du Théâtre National d'Alger, le 31 octobre 2014.

(À suivre: La Petite bibliothèque de l'été 2015 dans Le Temps de lire du mercredi 23 septembre prochain.)

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