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LA PETITE BIBLIOTHÈQUE DE L'ÉTÉ 2015 (VI)

Apprendre son Histoire...

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Bibliothèque au lycée international Alexandre Dumas AlgerBibliothèque au lycée international Alexandre Dumas Alger

De même qu'il y a bien des manières d'écrire l'histoire, il y a des méthodes, plus ou moins efficaces ou perspicaces pour l'enseigner à nos enfants.

Il me semble que cette réflexion est bien partagée par les enseignants en histoire, et particulièrement en histoire générale de l'Algérie. Pourtant, enseigner l'histoire est passionnant. On éveille l'esprit, le jeune esprit, à la connaissance de son milieu physique, culturel, spirituel, tout à la fois, et, plus largement, on l'intéresse à la découverte de «l'aventure humaine», d'où il est issu. Ibn Khaldoun l'explicite clairement dans sa définition de l'histoire: «L'histoire est une discipline qui se transmet de peuple à peuple, de nation à nation, vers quoi convergent tous les intérêts. [...] Mais en réalité, l'histoire se caractérise par l'examen et la vérification des faits, la recherche précise des causes et des origines des choses existantes, la connaissance profonde de la manière dont les événements se sont passés et de leurs connexions.»
Tout est dans les livres, dit-on, mais pour s'en rendre compte vraiment, il est indispensable d'y entrer par le moyen le plus naturel, les ouvrir!... Toutefois, l'anecdote n'est pas l'histoire, fut-elle glissée adroitement dans les livres, même dans les manuels ou dans l'exposé oral fait en classe pour rendre «vivante et colorée la leçon du jour». Ce sens de l'Histoire sert ici de simple prétexte pour en introduire l'objet.
Voici des extraits de présentation d'ouvrages dans Le Temps de lire (Saison 2014-2015):

LA RÉSISTANCE À L'OCCUPATION DANS LA RÉGION DE MILIANA (1830-1843) d'Ahmed Benblidia, El Kalima Éditions, Alger, 2013, 212 pages: «Héroïque, Miliana!... [...] Quand le pédagogue est passionné d'histoire de son pays, il éduque et instruit. Il dispense à la jeune génération l'enseignement essentiel: celui de l'amour de la patrie. [...] Aussi, à la suite de la publication de son magnifique ouvrage [...], m'est-il agréable d'évoquer et de rendre hommage ici à une personnalité marquante de l'éducation nationale, estimée et respectée, notre très regretté el hâdj Ahmed Benblidia (Miliana, 31 mai 1901-Birkhadem / Alger, 1er juillet1988). [...]C'était un homme de culture et de raison, un enseignant paisible et plein d'esprit et autant d'humour, un discret éducateur nationaliste éclairé de nombreux jeunes élèves algériens auxquels il accordait un égal et vif intérêt et dont plusieurs sont de glorieux chouhadâ, tel Ahmed Bougara dit Colonel Sî M'hamed et dont beaucoup sont des militants et des moudjâhidîne qui se souviennent de l'instituteur ou du directeur d'école qu'il fut. En effet, Ahmed Benblidia a, très jeune, exercé son métier d'instituteur, la toute première fois, à Sidali Kassem (?), un petit village en Oranie, puis à Aïn Cherkh (?). On note qu'il a enseigné, par exemple, à El Khemis Miliana, à Miliana (vers 1920, à l'école indigène Kelkouli dont les élèves ont obtenu un prix lors de la traditionnelle fête des fleurs), à Médéa (1940), à Alger (1951), rue du Soudan (Basse-Casbah), boulevard Lutaud (Champ-de-manoeuvres), à Birkhadem (1961-1962), directeur du Collège d'Enseignement Général (CEG). Bilingue (français et arabe), en plus de ses brillantes études primaires et secondaires dans sa ville natale et de sa formation à l'École normale de Miliana (créée plus tard, après celle d'Alger-Bouzaréah qui date de 1865), il était pourvu du diplôme du Brevet d'arabe qui, institué à l'époque coloniale, était très convoité et très difficile à obtenir, évidemment par les étudiants indigènes à cause des conditions strictes de préparations imposées par le système éducatif colonial en Algérie. L'«historique» du «brevet d'arabe» mériterait un développement spécifique, par ailleurs...
Quant à moi, j'ai connu notre regretté El hâdj Ahmed Benblidia à la rentrée scolaire d'octobre 1961 au CEG de Birkhadem, où j'enseignais le français depuis la rentrée scolaire d'octobre 1960. J'étais alors le seul enseignant algérien dans cet établissement qui comprenait des classes primaires et des classes du premier cycle du secondaire, le CEG. Ahmed Benblidia avait remplacé le directeur Logel. Et très vite, je m'étais trouvé en compagnie d'un frère aîné, aux attentions riches en amitiés et en complets rapports professionnels, et à la bienveillance toute paternelle. [...] Dans son avant-propos, l'auteur Ahmed Benblidia avise, non en historien professionnel, mais en pédagogue averti, qu'il nous propose un travail personnel, un essai, soit donc humblement une tentative réussie, une longue réflexion sur l'histoire de sa région qu'il aimait et qu'il connaissait. Et c'est tout en son honneur d'homme de conscience d'en parler avec le langage du coeur et de la raison historienne, se fondant sur les faits datés pour mieux éclairer la vérité historique: «L'histoire telle qu'on l'enseigne jusqu'en 1962 dans les écoles d'Algérie, faisait bonne place aux chapitres relatifs à la conquête de notre pays par la France. [...] À en croire les moins discrets [Manuels et enseignants], l'expédition de 1830 aurait été comme une grâce céleste, un événement providentiel tout au moins pour le bonheur des populations algériennes qui se trouvaient, disaient-ils, en plein chaos économique, social, intellectuel et moral. [...] En attendant que l'ouvrage que nous appelons de nos voeux voie le jour, [...] nous proposons [...] un petit essai limité à la région de Miliana.» Quant à nous, nous pénétrons à pas feutrés et respectueux dans l'histoire de la résistance à l'occupation dans la région de Miliana. C'est un travail sérieux, dense, fiche après fiche technique et pédagogique, des préparations de leçons d'histoire, documents à l'appui. Il suffit de lire, de savoir lire et de comprendre. On découvre aisément la résistance des courageux guerriers de l'armée populaire de la région de Miliana, sous la direction de l'émir Abdelkader et de ses lieutenants. On découvre aussi la cité antique et celle qui faisait partie du territoire de la tribu berbère des Maghraoua, Miliana et ses traditions, ses saints et ses musées, ses populations et ses personnalités et ses quartiers (dont la fameuse «Pointe des blagueurs»).
Lisons: 1- Caractéristiques de la région. 2- Sid-Ali El Khelladi. 3- El Hâdj Mahieddine Es-Segheir. 4- Mohammed Ben Allel, Ould Sidi Ali Embarek.
5- Rupture de la paix de la Tafna. 6- Occupation de la ville de Miliana. 7- La situation se dégrade. 8- Les atrocités contre la population civile du Zaccar. Incontestablement, l'ouvrage La Résistance à l'occupation dans la région de Miliana (1830-1843) d'Ahmed Benblidia est un travail de grand pédagogue féru d'histoire de sa ville natale, rédigé avec un style simple et efficace, loin des fioritures amphigouriques de certains «spécialistes» de l'histoire de l'Algérie. Et comme en classe, un bon point d'encouragement pour El Kalima Éditions!»

L'ENNEMI INTÉRIEUR, La généalogie coloniale et militaire de l'ordre sécuritaire dans la France contemporaine de Mathieu Rigouste, éd. Alem Afkar, Alger, 2012, 360 pages: «Ici on noie les Algériens... [...] C'était à une époque sauvage que la mémoire historienne nationale n'a pas oubliée, qu'elle n'oubliera jamais, car elle est liée à la barbarie coloniale française en Algérie. [...]Dès les premières lignes de son introduction à son livre, Mathieu Rigouste note: «Dans la France des années 2000, comme dans de nombreux pays, occidentaux, l'«islamisme, le «terrorisme», l'«immigration clandestine», les «violences urbaines» et l'«incivilité» semblent bien être devenus les principales menaces désignées par les discours publics, à droite comme à gauche. Et, dans l'arsenal sécuritaire déployé par l'État pour les combattre, une figure s'est discrètement réaffirmée depuis les années 1980, celle de l'«ennemi intérieur», même si ce vocable, naguère banal, n'est plus jamais usité.»
Ce fantasmagorique «ennemi intérieur», qui est-il? Quelle est son apparence? Son mode de vie? Son activité sur le territoire? Sa culture? Sa religion? L'auteur explique: «La notion évoque en effet une période révolue, celle de la guerre froide: l'ennemi du «monde occidental» était alors le communisme et ses «cinquièmes colonnes» à l'intérieur du territoire. C'est d'abord cet ennemi que l'État français entendait combattre à l'époque, dans les guerres coloniales d'Indochine (1946-1954) et d'Algérie (1954-1962). Face aux révoltes nationalistes, les pires méthodes furent utilisées pour éradiquer la «gangrène subversive pourrissant le corps national», dans les colonies comme en «métropole». Théorisée par des militaires, la «doctrine de la guerre révolutionnaire» (DGR) justifiant ces méthodes a été alors officialisée par les responsables politiques de la IVe République. La lutte contre l'«intérieur» sur le territoire national, relais supposé de la «subversion» anticolonialiste dans les colonies, y occupait une place essentielle. Le général de Gaulle, arrivé au pouvoir en mai 1958, a rapidement cherché à rompre avec les aspects les plus choquants de la DGR. Mais ce n'est que progressivement.» [...] Pour le lecteur algérien, L'Ennemi intérieur de Mathieu Rigouste est une source d'informations originales et pour la plupart d'archives. Il a travaillé sur le terrain et ses sources écrites sont nombreuses et souvent de première main. Une postface à la présente édition recadre, en bien des points, quelques formulations insuffisantes publiées dans la toute première édition, et c'est un enrichissement que l'on apprécie comme il convient. La conclusion est que l'«ennemi intérieur» est définitivement l'«immigré» d'où qu'il vienne. L'actualité renforce cette cruelle réalité qui éveille les effets dramatiques de la «pacification» glorifiée par l'«action psychologique» en faveur d'une «Algérie française», les crimes de la guerre d'Algérie, les tortures qui s'y pratiquaient et les attentats OAS,...»

(À suivre: La Petite bibliothèque de l'été 2015 dans Le Temps de lire du mercredi 30 septembre prochain.)

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