LA PETITE BIBLIOTHÈQUE DE L'ÉTÉ 2015 (VII ET FIN)

Sur le dos de l'écolier...

Sur le dos de l'écolier...

Que le dromadaire porte une bosse, cela la nature nous l'apprend pour quoi, mais que l'on inflige à l'écolier une besace de pas moins de cinq kilogrammes, chaque matin, chaque après-midi, c'est contre nature et... antipédagogique.

Ha! ce serait fort bien, s'il pouvait porter une bibliothèque dans son sac de toile ou de cuir - pardon! plutôt son cartable, sa serviette, sa sacoche,... -, si l'on pouvait l'aider à porter ou à emmagasiner intelligemment tous les livres qu'il a lus et surtout appris en cours d'année scolaire!
Ce serait alors la véritable besace que l'enfant, tel l'adulte allant vers son chantier rejette nécessairement sur l'épaule formant deux poches contenant des provisions de bouche, mais lui, écolier, la sienne étant faite d'une seule poche, la porte sur le dos, bourrée de provisions de savoir. Peut-être, me dirait-on, c'est sa besace... d'écolier, même si lourde que sa colonne vertébrale se courbe, que son squelette rompt. Mais lui, à son âge, venant au monde, il ne tient pas à se coltiner deux fois par jour sa besace. Demandez-le lui, chers enseignants, chers éducateurs,... Certains d'entre vous, dit-on, réclament à cor et à cri la présence en classe de ces livres si «chers» et si «importants», et pourtant ils ne les font même pas ouvrir.
Je n'ai rien inventé ici que je n'ai vu, par le hasard qui fait bien les choses, sur facebook: le dessin humoristique de ce garçon de 13 ans, Wassim Kasasni, dont le personnage central se prénomme Twitty et compte des centaines d'admirateurs sur le Net, - un vrai régal! Pour retrouver Twitty, il faut utiliser le lien suivant: www.facebook.com/pipasbook.

Comme le soleil sur la mer
Après cette «gaîté culturelle avec Twitty», il me plaît de rappeler un vivant poème chanté, inédit, intitulé J'ai droit aussi... à un cartable. Il a été écrit sur le pouce, à Bab-El-Oued (Alger), le 03.09.2011, par Mahieddine Bentir, notre cher et talentueux artiste en tout genre:
«J'ai droit aussi... à un cartable: Une ardoise de la craie / C'est pour bientôt la rentrée / Avec des crayons de couleurs / J'te dessinerai des fleurs / Pour toutes les additions / j'trouverai les solutions / J'étudierai... la grammaire / comme le soleil... sur la mer. - Maman t'as perdu la boussole / En m'laissant jouer dans la rue / Je veux aller à l'école / Sans apprendre à lire, je suis perdu / Dis à ton âme charitable / De m'acheter un tablier / J'ai droit aussi à un cartable / Comme tous les petits écoliers - Ne t'en fais pas pour les maths / Pour les sciences et la géo / Puisque toi aussi tu me gâtes / J'n'aurai jamais de zéro - Et sur le grand tableau noir / J'écrirai de belles histoires / Avec des rayons d'espoir / La relève... Je veux bien y croire. - Pas de ratures... sur mes cahiers / Les belles notes... je les aurai / Mes parents seront très fiers / Pas d'école buissonnière! - Pas de violence à l'école / Ni d'langage désagréable / Et surtout pas de colle / Il faut ouvrir son cartable. - J'aurai le bac, le magister / Et major de ma promo... / Et pour te satisfaire... / J'réussirai bien mes mots! / Avec les gens du Savoir / Je leur dédicacerai mes livres / Les non-voyants pourront voir... / Un beau «Braille» qui délivre...»

Voici des extraits de présentation d'ouvrages dans Le Temps de lire (Saison 2014-2015):

LES CLAIRONS DE LA DESTINÉE de Mourad Benachenhou, Casbah Éditions, Alger, 2014, 158 pages: «Le volcan qui bout sous les pieds... Finalement, ils rentreront en France sans entrevoir le volcan qui bout sous leurs pieds», écrivait Charles Mismer dans ses Souvenirs du monde musulman, en 1892. [...] Le livre de Mourad Benachenhou, toutes proportions gardées de ce que des «mémoires» peuvent dire ou ne rien dire d'une vérité perçue sur le champ de l'histoire ou supposée sur la page d'un écrivain devant sa table de travail, car elle n'en existerait pas moins parce que le lecteur ou un autre auteur l'aurait ignorée. Ici, c'est le reflet naturel de toute une vie que Benachenhou nous envoie de lui-même.
Ses intentions, parce qu'il a été mêlé à des événements historiques de son pays, vont en avant de ce que le simple lecteur d'aujourd'hui veut savoir pour comprendre. Dans ses «Réflexions préliminaires», il s'explique: «Ce livre n'aura jamais vu le jour, sans aucun doute, même à titre de projet autobiographique, il y a quelques dizaines d'année de cela. Les participants à la guerre de Libération nationale, quelque modeste ait été leur rôle et quelques marginaux aient été les événements dont ils avaient été témoins ou acteurs, étaient simplement interdits de raconter leur expérience.[...] Même le droit de raconter sa propre vie était interdit. Les temps ont changé mais un grand retard reste à rattraper, d'autant que se réduit de jour en jour le nombre de membres de la glorieuse génération dont l'héroïsme et les sacrifices ont permis à notre Nation d'arracher son indépendance. [...] plus encore, les générations soumises à cette interdiction d'histoire sont parvenues à l'âge de la maturité et sont en train de prendre en charge les affaires du pays.»
Lui, il va donc aborder tous les tabous et non des moin-dres. Citons-en quelques-uns: «Rien ne vaut l'examen des livres d'histoire, mis entre les mains des esprits encore en phase de formation, pour avoir la mesure des distorsions introduites dans le récit des événements [...]. Paradoxalement, les acteurs centraux de la guerre de Libération nationale, dont pourtant les hommes au pouvoir prétendaient tenir leur légitimité, furent effacés, car, comme l'a si bien dit un de ses leaders, la partie la plus glorieuse de l'histoire de notre peuple fut «écrite avec une gomme». [...] on a voulu faire de la fondation du FLN/ALN un acte divin coïncidant avec la création de l'Humanité, suivant la formule coranique: «Qu'il soit et il fut». [...] Le vécu raconté ici, au-delà de son caractère anecdotique, se rattache à une période historique précise et continue, une partie de son histoire; et c'est de cela que vient son importance.»

MOHAMMED OULD CHEIKH: Un romancier algérien des années trente de Ahmed Lanasri. OPU, Alger, 1986, 314 pages: «Le premier roman en français d'un indigène. L'archéologie... en littérature, existerait-elle? Question, sans doute, surprenante... Mais à l'évidence, on ne peut nier le riche gisement ancien «de monuments et objets qui en subsistent» et que constituent les toutes premières oeuvres littéraires écrites en français par les indigènes pendant la colonisation française en Algérie. [...) Ainsi, j'évoquais la littérature algérienne écrite en français. Et j'en ai un bel exemple fourni par l'universitaire Ahmed Lanasri, auteur de Mohammed Ould Cheikh: un romancier algérien des années trente (*). Lors de cette publication, en 1986, et qui est issue de sa thèse de doctorat de 3ème cycle, Ahmed Lanasri, né en 1947, était maître-assistant à l'Institut des langues étrangères de l'université d'Oran.
Le regretté Djeghloul Abdelkader (décédé en 2010, à l'âge de 64 ans), intellectuel brillant - hélas! méconnu et même oublié -, présentateur de l'édition de l'OPU (1986) avisait: «[Ahmed Lanasri] a centré son travail sur l'émergence de la littérature algérienne d'expression française en étudiant un roman publié en 1936 aux éditions Plaza à Oran et quasiment tombé dans l'oubli: Myriem dans les palmes de Mohammed Ould Cheikh. L'intérêt de cette thèse est double. Elle permet de mieux connaître un moment et un aspect de notre histoire culturelle et littéraire en particulier. Elle permet aussi une réappropriation raisonnée d'un élément de notre patrimoine débarrassé des scories d'une critique littéraire simpliste pour qui la trame idéologique de la première génération d'écrivains, en situation coloniale serait nécessairement constituée par une attitude assimilationniste vis-à-vis de la métropole coloniale.». Il ajoute, à raison pour fixer les esprits: «Ahmed Lanasri prend le contre-pied de ce préjugé. ´´Nous pouvons avancer que, contrairement à ce qui a été dit jusqu'à présent, cette littérature algérienne n'a pas toujours été assimilationniste et qu'en ce qui concerne notre oeuvre, elle est déjà affirmation d'un ´´quant-à-soi´´ définitif.»

SI BELCOURT M'ÉTAIT CONTÉ du docteur Messaoud Djennas, Casbah Éditions, Alger, 2014, 208 pages: «Un rêve nostalgique instructif. NOUS AVONS, à la fois, l'histoire et le conte, c'est-à-dire une double résurgence d'une vie humaine passée, toute en vérité mesurée: le souvenir de l'enfance rendue et les images oubliées reconstruites par la tête grise d'un sage. [...] Le travail de Messaoud Djennas est, à ce titre, un bel essai qui apprend à connaître l'histoire de son pays, à partir d'une histoire locale, ici Belcourt. [...] et à conduire naturellement à la lecture et à la connaissance de points d'histoire de notre pays.»