MOHAMED ALY ET L'EXPÉDITION D'ALGER (1829-1830) PAR LE COMMANDANT GEORGES DOUIN, PRÉFACE DE SADEK SELLAM

Le présent s'instruit à l'École du passé

Le présent s'instruit à l'École du passé

Quand la mÉmoire de l'histoire revient tel un écho dont le son ne s'est pas éteint, après des siècles et des siècles, c'est qu'elle tient à exprimer un reste de vérité.

Ce reste de vérité, c'est Sadek Sellam qui nous le propose en rééditant, avec une préface justificative, les textes d'archives recueillis par le commandant Georges Douin et publiés, en1930, sous le titre Mohamed Aly et l'expédition d'Alger (1829-1830) (*).

Les vrais faux prétextes
L'histoire générale et militaire française nous rappelle que la première guerre de Syrie (1821-1832), qui a abouti à la paix de Koutahia (1532), a été rapportée de quantité d'archives importantes sûres par le commandant Georges Douin, auteur de la fin du xviiie siècle.
Cet historien de la «Question d'Orient», parfaitement introduit dans la Société Royale de Géographie d'Égypte a pu réaliser une utile compilation très riche en informations sur les relations «Occident-Orient» des royaumes, des empires et des États. Parmi ses publications, citons: en qualité de lieutenant de vaisseau, La Campagne de Bruix en Méditerranée, mars-août 1799, éd. 1923; en qualité de commandant, La Méditerranée de 1803 à 1805. Pirates et corsaires aux îles Ioniennes, éd.1917), Les Premières Frégates de Mohamed Aly (1824-1827), éd.1926,... Mohamed Aly et l'expédition d'Alger 1829-1830, par le commandant Georges Douin, 1930.
Datant de plus de 80 ans, et conçue pour célébrer le centenaire de «la prise d'Alger», cette dernière édition des archives diplomatiques réunies par des personnalités, entre autres, Drovetti, grand administrateur de Mohamed Aly (aux yeux rieurs et rusés) ou Guilleminot, ambassadeur à Istanbul, a retenu l'attention de Sadek Sellam, écrivain et historien franco-algérien, né en 1950. Il est auteur de livres et d'articles sur l'Islam dont
«L'Islam et les musulmans en France» (éditions Tougui 1987). Il a publié, notamment, La France et ses musulmans. Un siècle de politique musulmane (1895-2005), éd. Fayard, Paris, 2006.
D'emblée, soulignant l'intérêt de l'ouvrage de Georges Douin, Sadek Sellam rappelle: «La France s'apprête à célébrer en 1930 le centenaire de la prise d'Alger. Ce n'est, on le sait, qu'après de longues hésitations, et à défaut d'autres moyens d'aboutir la satisfaction que réclamait l'honneur national, que le gouvernement du roi Charles X se résolut à faire cette expédition. Cependant, le quart de siècle qui venait pour lors de s'écouler avait vu naître, à l'autre extrémité de l'Afrique, un grand royaume africain et asiatique. Soldats victorieux des factions qui divisaient l'Égypte. Méhémet Ali avait unifié le pays, puis, débordant de ses frontières, conquis l'Arabie et le Soudan et annexé ces provinces à son empire. Portant ensuite ses armes en Morée, il avait fait aux Grecs une guerre destructrice, à laquelle l'intervention de trois des grandes puissances de l'Europe avait, seule, réussi à mettre fin.»
Voilà, sans doute bel et bien une vision assez caractéristique des puissances de l'époque, - et qui rappelle celle, plus ou moins secrète, des puissances d'aujourd'hui, cf. les prétextes européens et occidentaux pour ruiner «les printemps arabes» de Tunisie, de l'Égypte, de la Libye, de la Syrie...
Fort de son raisonnement, Sadek Sellam poursuit: «À cet homme dont le génie puissant transformait ainsi les conditions politiques de l'Orient, le gouvernement du roi de France songea un instant à s'associer, à l'automne de l'année 1829, pour purger les rivages de la Méditerranée des pirates barbaresques.»
Voilà donc de nouveau en exercice cet esprit belliqueux occidental - trop célèbre, hélas! - et conquérant, impérialiste et finalement colonisateur.
Toutefois, comme il se doit, on passe par des «négociations»? Ensuite c'est l'expédition, l'envahissement du territoire, puis la colonisation. Au reste, ainsi que le souligne Sadek Sellam: «L'histoire de cette négociation est encore assez peu connue.» Il se propose «de la retracer dans le présent volume, à l'aide de documents empruntés aux Archives du Ministère des Affaires Étrangères de France (Volumes consultés: «Correspondance politique, Égypte et Turquie 255, 260.Correspondance consulaire, Carton Alexandrie 1828-1830.»)
Le préfacier ajoute: «Outre leur intérêt propre, ces documents jettent une vive lumière sur la figure de Méhémet Ali. Ils contiennent de nom-
breux aperçus sur sa psychologie, sur ses idées politiques et militaires; ses plans s'y trouvent détaillés, ses ambitions dévoilées. Et ainsi ils aident à comprendre comment est née la grande entreprise de suprématie que le vice-roi d'Égypte allait s'efforcer de poursuivre entre les années 1830 et 1840.»

Une préparation subtilement méphistophélique
Dans la publication en question, il y a donc des documents importants à lire avec attention. Ils constituent des archives de première main pouvant éclairer cette page d'histoire et expliquer. Ce que l'on appelle «L'expédition d'Alger». Néanmoins, Sadek Sellam note dans sa préface: «L'expédition d'Alger de 1830 avait été précédée par de longues tractations multilatérales initiées par la France afin de faire intervenir le vice-roi d'Égypte Méhémet Ali en Lybie, en Tunisie et en Algérie. L'examen du contexte international de l'époque permet une meilleure connaissance des mobiles des principaux protagonistes de la ´´Question d'Orient´´ et de relier la diplomatie aux crises intérieures comme celle que connaissait la Restauration. Le coup d'éventail asséné, en avril 1827, par le Dey Hussein au consul de France Deval n'était en fait qu'un prétexte à la réalisation du ´´grand dessein´´ méditerranéen de Charles X, et l'expédition d'Alger menée par la France seule, après le refus par le vice-roi d'Égypte d'une action combinée avec une nation chrétienne, obéissait à des impératifs de politique intérieure. Les chassés-croisés diplomatiques entre plusieurs puissances européennes d'un côté et, de l'autre, le Sultan d'Istanbul, le Pacha d'Égypte et le Dey d'Alger préfiguraient les multilatéralismes d'aujourd'hui.»
Cette période est peu connue, les documents sont presque inaccessibles et les interprétations diffèrent en rapport avec la partie qui les étudie.
Et l'on comprend bien que l'Histoire s'écrit selon le point de vue de celui qui étudie et analyse le document. Effectivement, il y a bien des manières d'écrire l'histoire, notamment au regard de l'ampleur de la tâche et de la nécessaire cohésion de l'équipe de chercheurs.
Des questions infinies se posent: quelle vérité favoriser, la scientifique, l'historique? Le caractère dialectique de la pensée sauvera-t-il la vérité de l'objectivité? N'entrons pas dans ces détails précieux qui dépassent notre formation; suivons plutôt les interprétations de nos chercheurs, nos esprits scientifiques qui trouveront auxquels sûrement des repères de vérités provisoires pour comprendre et nous expliquer les tenants et les aboutissants de cette «misérable» expédition d'Alger 1829-1830, préparée de longue main, subtilement méphistophélique.
Les documents présentés par Sadek Sellam sont classés très clairement pour suivre le développement des événements qui ont formé l'objet de l'ouvrage Mohamed Aly et l'expédition d'Alger (1829-1830), recueillis par le commandant Georges Douin. Indépendamment de l'«Avertissement» et de la préface de Sadek Sellam, le volume comprend le développement des faits de 1829 et des faits de 1830, des annexes substantielles et un index des noms propres de personnes et de lieux. On relève quelques points d'histoire: Projet sur Alger et les barbaresques; Polignac à Guilleminot et à d'autres personnalités civiles ou militaires; Mémorandum remis au Reis Effendi par le comte Guilleminot; Le Prince de Polignac à MM.Mimaut et Huder, 3 décembre 1829. Ensuite les événements se précipitent, dès le 3 janvier 1830. Durant tout ce mois, Polignac s'active auprès de personnalités françaises et responsables près Méhémet Ali. Bientôt un nouveau projet est discuté entre les deux parties. Une convention se dégage avec Méhémet Ali. Des lenteurs retardent la réalisation du projet.
Le 6 mai 1830, Polignac accuse l'échec de la négociation entamée avec Méhémet Ali. La politique de «ce prince» est examinée au Conseil du Roi de France pour «connaître les dispositions de Méhémet envers la Porte».
Mohamed Aly et l'expédition d'Alger (1829-1830) du commandant Georges Douin, préfacé par Sadek Sellam est un excellent outil de réflexions sur les projets de prise d'Alger en 1830.

(*) Mohamed Aly et l'expédition d'Alger (1829-1830) par le commandant Georges Douin, Préface de Sadek Sellam. Éditions Alem el Afkar, Alger, 293 pages.