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ENTRETIEN AVEC LE POÈTE M'HAMED AOUNE

Bientôt, j'aurai 89 ans, c'est la Vie...

Par
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Kaddour M'Hamsadji (à g.) et M'hamed Aoune (à d.) en conversationKaddour M'Hamsadji (à g.) et M'hamed Aoune (à d.) en conversation

Le 27 septembre 2016, il les aura in châa Allah, «ce poète au lyrisme torrentiel», - un monstre sacré? Que non! C'est un être humain qui se consacre à notre solitude en se consolant de la sienne et nous invente un avenir lumineux!

Pourtant, et peut-être, M'hamed Aoune, poète probe et loyal, est-il ainsi plutôt le mieux connu. Né à Aïn Bessem le 27 septembre 1927, et très tôt orphelin de père, il est scolarisé à Soûr El Ghouzlâne jusqu'au Certificat d'Études Primaires. À l'adolescence, il est militant nationaliste et, inlassable autodidacte en français, il va étudier l'arabe à la Zaytoûna de Tunis (1950); il y rencontre Mouloud Kassem. L'année suivante, il «monte» à Paris. Tout en suivant des cours à la Sorbonne où il fréquente des étudiants nationalistes algériens et maghrébins, il se forme à l'École du journalisme. Algérien cultivé, bilingue, à l'esprit ouvert et humble, il ne tarde pas à rejoindre tout naturellement les rangs de l'ALN et il ne quitte pas l'ANP ni la revue El Djeich avant sa retraite, en1972.
À cette biographie fort brève, il faudrait ajouter que M'hamed Aoune a passé son enfance et sa jeunesse à Soûr El Ghouzlâne, l'antique Auzia, jusqu'à son départ pour Paris, en 1951. Il a 22 ans...
Après 1972, il est fonctionnaire au lycée El Ghazali de Soûr El Ghouzlâne, puis dans un CEM de Sidi Aïssa, en 1976, puis à la Maison de la Culture de Médéa. Depuis sa totale retraite en 1986, il vit dans cette ville d'histoire et de culture sous la vigilance affectueuse et permanente de son fils aîné et sa famille. J'aimerais rappeler aussi que M'hamed Aoune a été membre de la toute Première Union des Écrivains Algériens (28 octobre 1963) et que ses textes, surtout des poèmes, sont éparpillés dans des publications nationales et étrangères ainsi que dans des anthologies et revues célèbres, - ils n'ont pas été réunis en volumes; c'est une injustice commise à l'égard de notre poète et c'est un grand dommage pour notre littérature générale. Nous même, ici et ailleurs, depuis longtemps, avons publié plusieurs articles sur sa biographie et ses oeuvres manuscrites dont un grand nombre est sans doute perdu. De M'hamed Aoune, entre autres ouvrages rassemblés par son fils aîné Hamid, existe un tapuscrit prêt pour une éventuelle édition, je citerais Avant et après le Séisme, un recueil de poèmes de profonde réflexion, donc d'intelligence subtile et de pédagogie active, de vie immédiate et de vie à venir, écrits entre 2001 et 2002.
Voici quelques bribes, très difficilement reconstituées, d'une causerie informelle et émouvante plutôt que d'un entretien objectivé et qualifié que j'ai eu avec M'hamed Aoune lors d'une visite chez moi, le vendredi 3 juin 2016. Il faudrait l'imaginer très vif, la voix tantôt grave, tantôt grêle, tantôt triste, tantôt ironique, tantôt joviale, tantôt d'humeur, toujours conforme au sens de l'expression. Le ton est maîtrisé, la pensée alerte au service d'un don d'ubiquité rare à cet âge où la mémoire est souvent défaillante et le regard parfois perdu quelque part alentour ou loin dans l'espace et le temps délimités des mouvements, amples de ses bras affaiblis mais largement et bravement ouverts aussi bien que ses grands yeux habitués à fixer l'objet d'intérêt.

Kaddour M'Hamsadji:... Alors cher M'hamed Aoune, dis-moi donc ce que ressent le poète que tu es plein d'humour et de fantaisie à l'âge de 88 ans?
M'hamed Aoune (après un silence de surprise): Tu plaisantes, je pense! (Il a une moue de perplexité.) J'aurai bientôt 89 ans, c'est la vie. Tu le sais.

K. M'H: Tu as souvent cette expression: «C'est la vie»...
M. A.: Que devrais-je dire d'autre si ce n'est pas vrai que la vie, la nôtre, est ainsi? Comme tu veux: «La vie» ou «la vérité de la vie».

K. M'H.: C'est vrai que la vie est parfois triste, mais elle est belle aussi, - non?
M. A.: Laisse-moi plutôt te demander comment va la culture, toi qui en connais un bout, - non?

K. M'H.: Chaque fois que nous nous rendons visite, tu me poses cette question. Ma réponse est presque toujours la même. Mais toi, comment la vois-tu? Comment espères-tu qu'elle soit?
M. A.: À mon âge et avec la santé délicate que j'ai, je ne lis guère comme autrefois. Je parcours la presse, j'écoute la radio, je regarde la télévision. Mais je me fatigue très vite. Pourtant, je crois avoir lu, écouté et vu quelques bonnes choses. Cependant, je pense qu'il faut davantage aider les jeunes; ils sont l'avenir du pays. La lutte conte le colonialisme avait aussi dans son programme ce projet de libérer, de former les jeunes esprits. Les jeunes, autrefois s'instruisaient pour libérer le pays et assurer son avenir. Car l'indépendance, c'est bien beau puis ce n'est pas rien de diriger le pays sur des valeurs, les nôtres: histoire, civilisation, traditions, culture, quoi! (Tout à coup, ses yeux s'illuminent et il s'amuse de ma fausse discrétion.) Tu prends des notes, je crois. Un entretien? Un des derniers. Sans doute le dernier. Tu es le seul... (Son visage se ferme. Puis, après un temps.) Tu es l'un des rares à parler de moi. On m'a oublié. Pourtant, il y a la presse, la radio, la télévision. Et des éditeurs... C'est mon idée fixe. On m'a oublié. Les jeunes ne me connaissent pas. Passons. (Il soupire.) Encore une fois, c'est la vie...

K. M'H.: Quels souvenirs gardes-tu de ta jeunesse?
M.A.: J'ai eu une jeunesse malheureuse matériellement. Pourtant, Dieu sait combien a été important le soutien de khâlî Ali, mon oncle maternel, tout le temps de ma jeunesse à Aumale (auj. Soûr El Ghouzlâne). Mais la vie... La vie marque... Elle m'a marqué... Peut-être à la suite du drame de ma famille... et aussi à la suite du désastre d'une société soumise aux injustices du système colonial français et au désarroi général constant... Alors beaucoup d'entre nous voulaient construire, éduquer la jeunesse pour un avenir sûr, de liberté et de progrès. Parmi ces nationalistes, il y avait Omar Zeghiche, un écrivain public et même un éducateur de la jeunesse... Le déplacement du douar vers les villes, dans l'Algérois a été un grand mal... J'ai essayé de m'informer et de me former culturellement, politiquement, de participer à la vie algérienne et patriotique... Le voyage à Tunis pour étudier l'arabe et apprendre de grandes notions politiques dans tous les domaines du monde arabe et africain... apprendre et comprendre le patriotisme, le nationalisme aux grandes sources de notre humanité. Je lisais énormément les auteurs classiques arabes et occidentaux français, anglais, italiens, espagnols,... Et j'ai découvert la poésie, le théâtre, et le bonheur d'écrire. Mais ce n'est pas facile, les causes sont nombreuses. Mais j'ai écrit quand même.

K. M'H.: Quelques titres...
M. A. (hochant la tête tristement): Je ne m'en souviens plus... Oh! mes écrits, tu les connais mieux que moi depuis longtemps. Les spécialistes du livre, les universitaires chercheurs en littérature, les éditeurs, pourraient, je pense, les récupérer. (Après un temps.) C'est la vie, mon ami!... (Sa voix s'affaiblit.) Le problème de l'amour est un domaine à découvrir, à explorer en Algérie, et en France. Il ne faut pas oublier l'amour...

K. M'H.: Quel souvenir gardes-tu de l'Union des Écrivains Algériens, celle du 28 octobre 1963, la toute Première...
M.A.: Oui, la toute première, comme tu dis. C'était un idéal d'engagement, de perfectionnement, de fraternité, de recherche dans la culture nationale et dans la culture universelle. Oui, la toute première, celle de Mouloud Mammeri, Jean Sénac, toi-même cher Kaddour M'Hamsadji, Bourboune, d'autres, un ensemble soudé, sans distinction. Je respectais Mammeri, Malek Haddad, Assia Djebar, Kateb Yacine, Cheikh Mohammed Laid El Khalifa, Moufdi Zakaria, et d'autres... Excuse-moi, je ne me souviens pas de leur nom ni de ce qu'ils sont devenus....

K. M'H.: Je te sens fatigué. Peut-être encore un petit mot sur l'Algérie culturelle aujourd'hui?
M. A. (après un long silence): À mon sens, la culture algérienne actuelle mérite de la part de tous et de chacun un effort de démarche, de connaissance, de synthèse dans un cadre national et international pour découvrir la véritable nature de l'homme de culture et sa vocation au service de la beauté et de la bonté dans le monde complexe et tragique. Je souhaite l'épanouissement de la culture par le dialogue, être un Algérien responsable de ses actes et de sa vie parmi les hommes et parmi les nations. Que l'écrivain algérien s'exprime dans la langue de l'esprit libre. L'esprit est plus fort que la langue. Et ce sont ses oeuvres qui le qualifieront à jamais. La patrie, c'est la base puis l'idéal de liberté, de fraternité universelle et de bonheur. Aujourd'hui, la culture est loi partout dans le monde. Gare à l'incompétence et le refus de l'Autre que ce soit de droite ou de gauche, c'est la vie!...Mais ceux-là, ignorons-les. Il y a toujours un juge, et Dieu bien sûr!...

La fatigue ayant nettement gagné notre poète, j'ai arrêté là notre causerie, sans oser lui faire préciser davantage quelques-unes de ses réflexions.
En résumé, affirmons que M'hamed Aoune a écrit de nombreux textes, de tout genre littéraire: des poèmes, des contes fantastiques, des pièces de théâtre, des nouvelles, des articles de presse, des textes de réflexion sur la marche de l'histoire de l'Algérie depuis les temps les plus reculés. Sans aucun doute, était-il spécialement trop modeste, trop respectueux des grands écrits, trop exigeant pour lui-même jusqu'à développer une grande et handicapante timidité qui lui faisait craindre de paraître prétentieux et d'autant que son style bouillonne de vigueur, de symboles puissants et souvent d'un sens hermétique impressionnant, difficile à saisir pour les non-initiés et les noircisseurs de papier! Quoi qu'il en soit, une poésie audacieuse y est constante dans l'oeuvre de M'hamed Aoune et se développe en spirales étourdissantes de lyrisme abstrait. N'ayant jamais demandé de l'aide pour éditer au moins une de ses oeuvres ni essayé de «pousser» quiconque à le faire connaître, il n'a jusqu'à présent aucun livre totalement de lui dans les librairies.
Oui, «c'est la vie», cher poète M'hamed Aoune, et bientôt tes 89 ans participeront à ton bonheur d'être un poète en vie, in châa Allah!

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