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LA PETITE BIBLIOTHÈQUE DE L'ÉTÉ 2016 (XI ET FIN)

Quand la conscience humaine raconte l'Histoire

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La Bibliothèque idéale de Twitty: «Quelqu'un saurait-il m'apprendre à lire tous ces livres?»La Bibliothèque idéale de Twitty: «Quelqu'un saurait-il m'apprendre à lire tous ces livres?»

C'est SOUVENT un doux examen de conscience pour repousser les désenchantements du temps présent, - mais alors quelle puissante consolation instructive, cette conscience enseigne au commun dont l'esprit bien éduqué garde en lui le mot de la fin!...

En effet, la lecture de l'Histoire, instruit; elle nous révèle à nous-mêmes, mais encore quelle lecture, comment lire pour enfin prendre conscience de ce que nous n'avons pas vécu? S'il est vrai que «l'historien, dit-on, est un prophète qui regarde en arrière», il est néanmoins plus vrai parfois que le témoin oculaire et surtout si celui-ci est aussi acteur d'un événement qu'il n'imagine pas et dont il restitue en toute conscience ce que ses cinq sens lui permettent de dire ou de décrire. Évidemment, cette conscience ne fait pas de l'histoire, c'est l'Histoire qui lui donne sa raison d'être...
À ce sujet, en guise d'exemples simples, voici en lecture - en relecture pour certains - quelques extraits de présentation d'ouvrages de la saison 2015-2016 du Temps de lire.

MOMENTS D'HISTOIRE DES ÉTUDIANTS ALGÉRIENS DE MONTPELLIER 1948-2014) par le
Dr Messaoud Djennas, Casbah Éditions, Alger, 2015, 183 pages: «Quand la conscience est étudiante... [...] Oui, la mémoire aide à régler ses dettes envers l'histoire; et c'est ainsi que commence toujours l'aventure de dire et surtout d'écrire. [...] Professeur agrégé en ophtalmologie, Messaoud Djennas, à son âge (90 ans, le 15 octobre dernier, - joyeux anniversaire!), sait de quoi il parle dans son très instructif nouvel ouvrage intitulé Moments d'histoire des étudiants algériens de Montpellier (1948-2014). Aussi, est-ce là un travail de mémoire sur une période éminemment historique se rapportant à la vie et à l'ordre des «étudiants algériens de Montpellier (France)» au temps fort de la Révolution de 1954. Il a écrit ce livre «À la mémoire des étudiants algériens de Montpellier et de tous les Martyrs de la cause nationale». Cette nouvelle «tentative d'écriture», il la doit à sa volonté d'homme de conscience et de fidélité aux siens. Il a inscrit son devoir dans une aventure d'hommage éclatant en écrivant un livre, tout en sachant qu'«écrire est une aventure»; et en effet, c'est ainsi que commence toujours l'aventure de dire et surtout d'écrire. [...]
«L'Algérie avant tout!» Messaoud Djennas développe, avec le scrupule du militant nationaliste, une analyse de la situation, de la condition et des activités des étudiants algériens à Montpellier, date après date. À cet effet, il se réfère davantage à l'effet sociologique générant une vie particulière de l'étudiant algérien en pays étranger, et cependant très attaché aux principes généraux de ses origines. Est-ce sans doute surtout pour cela, et à bien des égards pour d'autres raisons que l'on découvrira dans le livre, que l'on a pu observer, avec l'auteur, qu'«à l'instar des communautés estudiantines d'Alger, de Paris et d'ailleurs, celle de Montpellier ne tarda pas à s'engager massivement dans la lutte.» Quoi qu'il en soit, la réflexion de l'auteur est très éclairante et fort significative de la prise de conscience des étudiants algériens de Montpellier. Il écrit dans son Avant-propos: «Il faut reconnaître que si l'UGEMA [Union générale des étudiants musulmans algériens] a constitué, dès sa création en juillet 1955, un temps fort dans l'engagement des étudiants, c'est cependant, incontestablement, la grève du 19 mai 1956, déclenchée par la section d'Alger, qui marqua de façon spectaculaire l'intervention de la jeunesse estudiantine algérienne dans les forces combattantes du FLN-ALN..» L'auteur, faisant lui-même partie des nombreux étudiants algériens de Montpellier, écrit: «Mais le tournant décisif qu'a été la Grève du 19 Mai [1956] ne le fut pas seulement par l'effet sur le destin de la communauté estudiantine - qui amena son engagement total dans la lutte de libération -, mais aussi par son dépassement du concept communautariste, à la fois protecteur et paralysant. Désormais, le stade de ´´la prise de conscience collective est dépassé´´ par l'intégration dans les forces combattantes. [...] Il faut souligner avec force que beaucoup parmi eux [Les membres de l'UGEMA] s'engagent à fond dans l'édification du jeune État alors même qu'ils étaient à distance du pouvoir décisionnel. Mais qu'importe! Leur seule devise était: ´´L'Algérie avant tout!´´» [...]
Conclusion vertueuse envers les médecins de la Révolution du 1er Novembre 1954 et de l'Algérie libre retrouvée: «Il est classique de dire que la connaissance du passé explique le présent et permet un meilleur avenir. J'ajouterai simplement que cette connaissance est l'équivalent sociohistorique du lait maternel si nourricier, si recommandé...» - assurément, dès lors que les méthodes sociologiques sont mises en pratique... Au vrai, il reste qu'il y a bien des manières d'écrire l'histoire, et le professeur Messaoud Djennas nous offre de grands Moments d'histoire des étudiants algériens de Montpellier (1948-2014), un effort de mémoire salvateur «Contre l'oubli».

RABAH BITAT, UN HOMME, UNE HISTOIRE de Farid Bitat, Chihab Éditions, Alger, 2015, 138 pages: «L'histoire d'un homme digne...» [...] L'héroïsme souvent silencieux est plus fort que la parole toujours sonore à la tribune de n'importe quelle assemblée... [...] Sans doute, n'est-il pas interdit de parler de soi-même et d'autant que c'est bien ce sujet que l'on traite le mieux, mais est-ce alors à quelle condition et à quel prix? Et puis, si réellement le silence est d'or, le risque est que ce trésor personnel n'est pas à l'abri des volontés malsaines, les détrousseurs d'esprits, les écumeurs et les envieux de tout acabit... Aussi, l'ouvrage Rabah Bitat: Un homme, une histoire, écrit par Farid Bitat pourrait-il être considéré d'une part comme un travail d'un universitaire docteur en sciences du langage enseignant au département des lettres et de langue française à l'Université de Constantine 1, Faculté des lettres et des langues, d'autre part comme une oeuvre de piété d'un neveu envers son oncle qui reste pour la mémoire nationaliste «un dirigeant historique de la glorieuse Révolution du 1er Novembre 1954». [...]
«Un disparu de l'Algérie». Le travail de Farid Bitat est vraiment attachant, non pas seulement pour son écriture et son architecture - l'auteur y applique sa spécialité -, mais assez par la précision de l'information et l'humilité de l'auteur dans le traitement de l'ensemble des éléments recueillis ou observés qui font donner à ce «modeste ouvrage», s'il en est, une indispensable place parmi les documents ayant fait connaître le militantisme actif et incessant du grand nationaliste résolu que fut Rabah Bitat. Évidemment, en plus de ce qu'il a appris de l'homme historique au sein de la famille, l'auteur s'est instruit dans une large bibliographie comblée d'auteurs algériens (Afroun, Benkhadda, Bennabi, Benyahia, Boudiaf, Drif, Ferhi, Harbi, Teguia,...) et étrangers (Ageron, Alleg, Bourdieu, Courrière, Julien, Lacoste, Stora,...). Précédées de quelques repères (Chronologie des événements les plus importants de la guerre de libération et des Noms des personnalités étrangères célèbres citées dans l'ouvrage) sont signalées des Annexes comprenant: Extrait d'acte de naissance de Rabah Bitat et des coupures de journaux. [...] Genèse d'un héros. Farid Bitat évoque le parcours de l'homme historique, né futur personnage charismatique. Il fait découvrir au lecteur les souffrances de son peuple et ses hautes qualités de noblesse et que le colonisateur haineux et sauvage s'est acharné à soumettre ense et aratro, par l'épée et par la charrue, selon la devise tristement célèbre du maréchal Bugeaud, alors qu'il était gouverneur de l'Algérie.
L'ouvrage va détailler la genèse du héros national Rabah Bitat qui s'inscrit naturellement dans la longue histoire de l'Algérie contemporaine combattante. En bien des points, en lisant cette naissance d'un nationaliste pur et volontaire, surgissent les grands combattants de l'Algérie, avant la lettre, pendant des siècles et des siècles, et par la suite, contre les envahisseurs de tous les temps durs et meurtriers: Massinissa, Jugurtha,... jusqu'à l'émir Abdelkader,... Fadhma N'Soumeur, El Mokrani, Cheikh El Haddad, Bouamama,... Mohamed Ben Yelles, L'émir Khaled El Hassani,...l'imam Ibn Badis,... jusqu'à Larbi Ben M'Hidi, Didouche Mourad, Rabah Bitat et tant d'autres des femmes, Lalla Zoulikha Oudaï, Malika Gaïd, Hassiba Ben Bouali, et des enfants, Saleha Ouatiki, Farid Maghraoui et des adolescents P'tit Omar et tant d'autres... [...] Pour bien comprendre Rabah Bitat: un homme, une histoire, l'auteur a recours naturellement à la représentation historique du nationalisme algérien et les motivations profondes d'un peuple qui n'a jamais accepté la colonisation.
«Rien ne s'oublie, écrit Farid Bitat, Les Algériens ont connu les frustrations durant l'occupation; la torture, la guillotine, les exécutions sommaires... [...] L'Algérie ne peut-être protégée que par ses enfants. Une prise de conscience s'impose. Hier, Rabah Bitat et ses compagnons ont chassé justement le général de Gaulle et, aujourd'hui, c'est la détermination d'une nouvelle génération aussi dévouée, volontaire et intelligente qui relèvera le défi pour que notre pays soit prospère.»

N.B.: La Petite bibliothèque de l'été 2016 ferme ses portes. Merci aux lecteurs qui l'ont fréquentée. Le Temps de lire reprendra mercredi prochain son rythme de parution habituel...

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