DG de L'Entv, un métier ingrat (2e partie)
«Une bouche fermée empêche les mouches de rentrer.» Proverbe algérien
Cette citation prend tout son sens quand il s'agit de parler du caractère trempé et du parcours du désormais ancien DG de l'Entv. Il faut avoir du caractère et surtout un sacré sens de la retenue pour accepter de travailler dans un poste alors que toute l'Algérie est persuadée que vous n'êtes pas DG de l'Entv. C'est ce qui est arrivé à Abdelkader Lalmi, qui a continué à fréquenter son bureau alors qu'il n'est cliniquement plus premier responsable de l'Entv. Lalmi est plus proche du capitaine du Titanic que celui du Concordia. Il est resté à son poste malgré toutes les intempéries médiatiques qui lui sont tombées dessus depuis quatre jours et empêchent toute visibilité politique. Même Tewfik Khelladi, qui est revenu d'une tournée dans le Sud, est lui aussi gênée par cette situation ubuesque d'une nomination sans nom. A l'heure où nous mettons sous presse, l'information n'est pas encore officielle. Une situation rocambolesque, qui instaure un climat d'incertitude et déstabilise les travailleurs des deux entreprises du 21 boulevard des Martyrs. Quoi qu'il en soit, Khelladi et Lalmi sont de véritables commis de l'État, ils savent que rien ne se fait sans décret présidentiel. Un décret qui vaut mille décrets exécutifs et surtout 1 million d'articles de presse. A cela, s'ajoute la fameuse dépêche APS qui confirme l'officiel et qui accentue le pouvoir du désigné. Depuis la création de la Télévision algérienne, c'est par décret présidentiel que le premier responsable de la Télévision est nommé. Une attitude que même Sarkozy a copiée pour nommer voici deux ans le P-DG de France Télévisions, alors que dans le passé ce pouvoir était la prérogative du CSA. Mais au-delà du pouvoir que ce décret offre, être DG de l'Entv est un métier ingrat. Sa mission quotidienne n'est pas facile. Il doit faire face à une forte pression interne: contrôle de l'information pour éviter les erreurs techniques, artistiques et surtout politiques, formation de l'effectif, gestion des conflits sociaux en hausse depuis les Révolutions arabes, masquer les harcèlements sexuels si ils sont «déclarés», contrôler les cravates et la tenue des présentateurs de JT et surtout gérer les tentatives de corruption dans l'entreprise. Le DG de l'Entv doit également gérer la pression externe: les appels quotidiens des ministres qui dénoncent le minutage de leur passage au JT de 20h, les appels de certains responsables politiques dont l'activité n'a pas été couverte, les appels de quelques responsables qui activent pour certains intérêts dans l'entreprise. A cela, s'ajoute la pression de la presse qui critique quotidiennement des programmes qui ne sont parfois même pas diffusés, ou qui donnent la parole à des producteurs dont le programme n'a pas été diffusé. Enfin, le DG de l'Entv doit subir les critiques de son chef hiérarchique sur le programme du Ramadhan alors que les auteurs de ces navets poursuivent leur carrière en toute impunité à la télévision, protégés de l'intérieur et qui nous préparent de nouvelles niaiseries. Quoi qu'il en soit et en attendant de voir plus clair sur le petit écran, l'Entv doit quitter au plus vite cette crise d'instabilité audiovisuelle et s'armer politiquement en prévision de la prochaine réunion régionale de la Copeam qui aura lieu à Marrakech du 29 mars au 1er avril et qui dessinera la première carte de l'audiovisuel méditerranéen après les Révolutions arabes.

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