L'INA écarte Boudiaf et le FLN du coffret DVD de Bensmaïl
Le documentaliste algérien Malek Bensmaïl a réussi ce qu'aucun réalisateur algérien n'a pu obtenir en France: faire sortir ses films en coffret DVD, en partenariat entre l'INA, RFI et le quotidien Le Monde.
Le coffret comprend quatre documentaires du réalisateur algérien: Des vacances malgré tout (2000), Aliénations (2004), Le Grand jeu (2005), La Chine est encore loin (2008), un court métrage Dêmokratia réalisé en 2001 et qui dure 17 mn et enfin en bonus une conversation entre Jean-Philippe Tessé les Cahiers du cinéma qui interroge Malek Bensmaïl sur ses influences, sa pratique et ses désirs de cinéaste.
Inscrit sur le thème du 50e anniversaire de l'Indépendance, un regard sur l'Algérie contemporaine, le coffret reste incomplet dans sa présentation, car deux documentaires importants de la filmographie de Malek Bensmaïl et qui cadrent bien avec le thème du 50e anniversaire de la fin de la Guerre d'Algérie, ne figurent pas dans ce coffret: Guerres secrètes du FLN en France, un documentaire de 70 mn qui montre la guerre fratricide entre le FLN et le MNA en France et surtout Boudiaf, un espoir assassiné, un documentaire réalisé en 1999 sur l'assassinat du président Mohamed Boudiaf. Censure ou omission, ce qui est sûr, c'est que le documentaire sur Boudiaf (qui n'apporte rien à ce qu'on sait déjà) a été déjà déprogrammé par Arte en 1999 et re-programmé quelques mois plus tard, pour ne pas gêner l'élection présidentielle algérienne de 1999. L'INA qui a édité ce coffret de DVD a également oublié ou omis de sélectionner le documentaire Algérie(s) réalisé en 2003 avec le journaliste Thierry Leclere. Un film d'investigation de 80 mn qui expose à travers des archives, des entretiens inédits de personnalités du gouvernement, de l'armée, des islamistes, de la société civile, la descente aux enfers du peuple algérien et décortique les maux qui ont fait basculer le pays dans la violence terroriste. Visiblement, l'INA ne s'intéresse pas au FLN, à Boudiaf et surtout pas au drame que des millions d'Algériens ont vécu durant plus d'une décennie. On préfère faire la promotion d'un reportage sans profondeur, ni grandeur sur les vacances d'une famille immigrée en Algérie dans Des vacances malgré tout. Sur un documentaire politique inabouti sur la présidentielle algérienne de 2004, puisque le réalisateur qui n'a pas pu obtenir une autorisation pour tourner avec le candidat Bouteflika, finit par jouer toute sa carte sur le fonds de commerce de la censure, en choisissant le candidat perdant de la présidentielle de 2004, Ali Benflis. Seul son avant-dernier documentaire La Chine est encore loin¸ peut être inscrit dans cette filmographie consacrée au 50e anniversaire de l'indépendance. Encore faut-il préciser que ce documentaire social qui était inscrit dans le cadre d' «Alger, capitale de la culture arabe 2007», sous le titre: Poussière d'école, avant de changer de titre pour l'offrir au plus rentable....en France, s'est transformé de documentaire social en documentaire politique. Seul Aliénations et Dêmokratia, méritent le détour et le regard. Et pourtant, ni l'un ni l'autre n'évoquent l'histoire de l'Algérie.

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