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Menaces sur la liberté d'expression dans l'audiovisuel tunisien

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«Lotfi Zeitoun, le conseiller du Premier ministre, m'a dit que trois minutes de Guignols faisaient plus de tort au gouvernement que toute l'opposition.» Sami Fehri

Alors qu'on pensait que la révolution arabe du Jasmin allait donner la liberté d'expression plus large pour la Tunisie, c'est l'effet inverse qui est en train de se produire dans ces soi-disant pays libérés de la dictature. Le producteur, animateur et patron d'Ettounisya TV, Sami Fehri, l'a appris à ses dépens, puisqu'il vient de faire l'objet d'un mandat de dépôt délivré dans une affaire de détournement de biens sous l'ère Ben Ali. À l'époque, il partageait sa société actuelle, Cactus Production, avec Belhassen Trabelsi, frère de Leïla Trabelsi. Mais pour Fehri, cette affaire est surtout la conséquence d'une émission de satire politique, les Guignols de l'info, retirée de l'antenne d'Ettounisya TV après, des «pressions» du pouvoir dominé par le parti islamiste Ennahda. Tout en critiquant vivement les Guignols, les autorités assurent que l'émission est étrangère aux déboires judiciaires de M.Fehri, un ancien associé de Belhassen Trabelsi, beau-frère de l'ex-président Zine el-Abidine Ben Ali, en fuite au Canada. Le puissant conseiller du chef du gouvernement, Lofti Zitoune, proclame ainsi que Sami Fehri est «un criminel» et «un symbole de l'ancien régime, impliqué dans la corruption, qui doit rembourser des sommes considérables à l'État». Cette affaire a soulevé un tollé en Tunisie et même chez les anciens adversaires de Fehri. C'est le cas du patron de Nessma TV, Nabil Karoui, qui a été victime des Guignols de l'info de la chaîne Ettounisya TV et dont la chaine vient de publier un communiqué dans lequel elle a dénoncé toute tentative visant à limiter la liberté d'expression, et ce devant les pressions qui ciblent le secteur médiatique. Elle a affirmé également sa solidarité avec toutes les institutions médiatiques menacées dans leur liberté, en appelant les structures de l'État à conserver cette liberté. Nessma a appelé également à doter le secteur d'un cadre juridique adéquat et à respecter le travail journalistique, tout en considérant le secteur médiatique comme un véritable quatrième pouvoir servant à renforcer les bases de l'édifice républicain. Nessma TV, qui avait été la première télévision tunisienne à faire les frais de la justice islamiste du gouvernement Ghannouchi avec l'affaire Persepolis, défend la liberté d'expression là où elle est touchée. De son côté, le Snjt insiste sur la poursuite de l'ouverture des dossiers de corruption dans le secteur de l'information et des coupables, mais est surpris que le mandat de dépôt contre Fehri coïncide avec l'arrêt de l'émission des Guignols. «L'emploi de la justice et l'intervention du gouvernement pour faire pression sur des médias sont un coup porté à la liberté d'expression», s'indigne le Snjt. Mais selon certaines sources, cette affaire des Guignols est montée de toute pièce par Fehri pour justement échapper à la justice dans les affaires de corruption. En tous les cas, cette nouvelle affaire démontre que la liberté d'expression en Tunisie est plus que jamais menacée.

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