La Chine et les groupes français misent sur le marché africain de l'audiovisuel

Alors que l'Amérique et l'Asie sont loin, que l'Europe est en crise, c'est l'Afrique avec ses pays émergents qui intéressent les opérateurs asiatiques et français. En effet, la France, ancienne puissance coloniale, entend garder une emprise sur le système audiovisuel africain. C'est sur le marché de 250 millions d'Africains francophones que le groupe Canal+, opérateur de télévision payante, veut investir. Il s'est associé à la société iROKO, distributeur en ligne des contenus audiovisuels africains, pour lancer un service de vidéo à la demande accessible sur mobile. Pour le groupe Canal+, comme pour la société iROKO, il est question d'agrandir sa base clients en allant recruter chez les utilisateurs de smartphones et de l'Internet mobile en Afrique francophone. Pour Jacques du Puy, président de Canal+ Overseas, la division internationale du groupe Canal+ en Afrique, la taille du marché a plus de 250 millions de personnes réparties dans 23 pays où il y aura environ 165 millions de smartphones en circulation d'ici 2020. 2 millions de foyers africains aujourd'hui équipés des offres de Tv payante de Canal+, leur ambition est d'élargir le public à ceux dont le smartphone constitue le seul moyen d'accès au divertissement. De son côté, le groupe français Lagardère cède des magazines en France mais grossit dans l'audiovisuel à l'étranger. En mai dernier, son pôle médias a ainsi racheté l'espagnol Boomerang TV, afin de conforter la stature internationale de ses activités de production télévisuelle. Et en un peu plus d'un an, il a lancé deux radios, au Sénégal et en Côte d'Ivoire, avec l'ambition de s'implanter rapidement dans d'autres pays de l'Afrique subsaharienne. Réunies dans le pôle Lagardère Active Radio International (LARI), les radios internationales de Lagardère ne bénéficient pas de la notoriété des radios françaises (Europe 1, RFM, Virgin Radio), qui réalisent près des deux tiers des 200 millions d'euros de chiffre d'affaires. Mais la mainmise des Français sur le Vieux Continent noir est suivie de très près par la Chine qui s'est dotée d'un Centre de recherche sur la télévision et les films africains. Créé depuis ce 11 décembre 2015, l'établissement est logé au sein de l'université normale du Zhejiang. L'objectif du centre est d'améliorer la compréhension et la coopération avec les peuples d'Afrique. Lors du 2e Forum sur la coopération médiatique Chine-Afrique, tenu les 16 et 17 juin 2014 à Beijing, la capitale chinoise, il a été question de «mettre en place une stratégie pour changer la mauvaise image réciproque de la Chine et de l'Afrique, image véhiculée dans le monde par les médias non africains ou non chinois». La Chine est engagée dans une offensive dans les secteurs du cinéma et de l'audiovisuel en Afrique. L'Empire du Milieu était l'invité d'honneur de la dernière édition du Discop Africa en Afrique du Sud, du 4 au 5 novembre 2015. Avec plus de 200 délégués et des contenus, il est venu se renforcer sur ce marché africain du développement de l'industrie, de la création et la vente des contenus audiovisuels. Cinq accords de coopération ont d'ailleurs été signés entre des entreprises médiatiques de Chine et d'Afrique. Depuis septembre 2015, le groupe StarTimes diffuse des feuilletons et des films chinois sur sa chaîne africaine reçue notamment en Tanzanie, au Kenya ou encore en Afrique du Sud.