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Le P-DG de la télé tunisienne limogé à cause du JT

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La Tunisie est-elle en train de devenir un exemple en matière d'audiovisuel? En tout cas, elle est en train de devenir un exemple en matière de déontologie et de respect du service public. Le 15 juin dernier, le JT de 19h de la première chaîne, Wataniya 1, avait été diffusé avec une heure et demie de retard, une première dans l'histoire de la télévision tunisienne. La chaîne s'est excusée dans la foulée, expliquant que le producteur du JT «avait été victime d'une crise cardiaque». Le gouvernement a ordonné l'ouverture d'une enquête sur cet incident, avant d'annoncer le limogeage d'Elyes Gharbi. Ce dernier occupait la présidence depuis sa nomination en septembre 2016.Abdelmajid Mraïhi, directeur des relations extérieures de la télévision tunisienne, a été désigné P-DG par intérim. La présidence du gouvernement a d'ores et déjà sollicité la Haute Autorité indépendante de la communication audiovisuelle (Haica) afin qu'elle émette un avis sur la nomination d'un nouveau P-DG. D'après certains médias tunisiens, le gouvernement aurait opté pour Najoua Rahoui, actuelle directrice de la radio privée Shems FM.
Fallait-t-il virer un DG à cause du retard de la production du journal télévisé? La réponse est non, mais on ne badine pas avec le service public, qui demeure un pilier de l'audiovisuel public. Une heure et demie de retard ne peut être justifiée par le malaise d'un responsable. Le JT demeure la messe des télévisions publiques. Le reste importe peu. Ce n'est pas par respect aux téléspectateurs seulement, mais aussi aux hauts responsables. On se souvient que l'arrêt du JT à l'Entv durant 30 mn, à cause d'un incendie, avait provoqué un état d'alerte général. La télévision avait été investie par les hauts cadres de l'Etat et surtout les plus importants services de sécurité. Mais en Tunisie, les choses ne se passent pas toujours de la même manière. Seulement voilà, selon le Syndicat national des journalistes tunisiens (Snjt), le renvoi de Elyes Gharbi constitue «une atteinte à la loi». Dans une déclaration publiée le 17 juin, le syndicat a dénoncé une décision qui rentre «en totale contradiction avec le décret-loi 116 [ndlr: relatif à la liberté de la communication audiovisuelle] et le principe d'indépendance de l'information publique». Le président de la Haica, Nouri Lajmi, a également exprimé sa surprise face à «cette nouvelle qui nous est parvenue dans un courrier laconique ne mentionnant pas les motifs de cette mesure». L'ex-patron de la télévision tunisienne a bénéficié également du soutien de Reporters Sans Frontières qui a manifesté de l'inquiétude par la voix de Yasmine Kacha, directrice de la branche Afrique du Nord: «Le gouvernement devrait pouvoir nous expliquer les tenants et les aboutissants de ce limogeage précipité.» Quant au Syndicat général de l'information, il a estimé dans un communiqué que le départ de Elyes Gharbi intervenait «en réaction à son incapacité à engager les réformes nécessaires».

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