Les opérateurs télécoms américains veulent faire payer Netflix, Amazon et YouTube

Les puissants opérateurs mobiles américains, (Verizon, AT&T, T-Mobile, Sprint...) ont commencé à limiter les débits des plus grands fournisseurs de contenus, à commencer par Netflix, mais aussi YouTube, le service vidéo d'Amazon Prime et NBC Sports.
Ils justifient cette décision par l'importance de la bande passante occupée par les vidéos de ces plateformes sur leurs réseaux. Pour les opérateurs, Netflix et consorts sont assimilables à des transporteurs routiers dont les camions occuperaient toute la place sur une autoroute, sans payer un centime de péage. Les opérateurs télécoms rêvent de faire payer ces gros utilisateurs de réseau. Ils reprochent aux plateformes vidéo d'engranger de formidables profits sans débourser un centime pour accéder aux réseaux télécoms qu'ils utilisent tous les jours. Les profits des fournisseurs de contenus touchent le plafond, ceux des opérateurs stagnent. Et pourtant, ils investissent massivement dans leurs réseaux.
Faute de parvenir à faire payer Netflix ou YouTube, les opérateurs mobiles américains font payer les consommateurs. Ainsi, Verizon décline trois types d'abonnements «illimités» en 4 dont le prix varie de 40 à 60 dollars par mois (hors taxe). Pour le moins cher, l'abonné est prévenu «en cas de congestion du réseau, la vitesse de téléchargement peut être réduite». Mais s'il accepte de débourser 60 dollars, il aura droit à 75 gigas de données «à pleine vitesse». L'opérateur a donc une large marge de manoeuvre pour apprécier le degré de congestion de son réseau et décider de brider ou non l'accès à certains services. Cette gradation est une première étape vers la mise en place d'une facturation différenciée en fonction des contenus consommés. T-Mobile, la filiale américaine de Deutsche Telekom propose une offre «Binge On» qui inclut un accès illimité au flux vidéo des grandes plateformes vidéo, dont Netflix, Amazon, Hulu. Les consommateurs qui ne prennent pas cette option doivent se montrer un peu plus patients pour télécharger un film en HD sur leur portable. Cette situation aux USA peut atterrir en Europe. Les opérateurs télécoms européens examinent ces pratiques avec envie. En France, la consommation de données en mobilité double chaque année depuis quatre ans, selon le régulateur des télécoms (Arcep). Les abonnés regardent toujours plus de vidéos sur leurs smartphones, sans que les opérateurs parviennent à le monétiser. Pour le moment, la position des autorités européennes et notamment françaises sur le sujet est claire. Elle leur interdit d'appliquer des tarifs différents en fonction des usages. Elle reste attachée au postulat de base de la neutralité du Net, qui garantit «l'égalité de traitement et d'acheminement de tous les flux d'information sur Internet, quel que soit leur émetteur ou leur destinataire».