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Pourquoi Al Jazeera et Al Arabiya ont zappé la révolution populaire en Algérie

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Dans une tribune postée dans un célèbre média américain, Marc Lynch, professeur de sciences politiques à la George Washington University et chercheur associé au programme Carnegie pour le Moyen-Orient, auteur notamment du livre «The New Arab Wars» en 2016, s'interroge sur l'absence des images des révolutions pacifiques arabes en Algérie et au Soudan, par les deux principales chaînes panarabes, Al Jazeera et Al Arabiya. Son analyse très pointue démarre avec la première absence de médiatisation des marches populaires et des premières manifestations en Algérie, du 22 février. Selon lui, seulement 7% des tweets d'al-Jazeera concernaient ce pays (le ratio étant identique pour Al Arabiya), tandis qu'environ 4% des tweets émis par al-Jazeera à partir de janvier (et 3% de ceux d'Al Arabiya sur la même période) concernaient le Soudan (les manifestations ayant commencé en décembre). Ces pourcentages qui semblent faibles, par rapport à l'importance et à l'intérêt du public pour ces manifestations, renseignent d'un calcul mesquin. Pour mesurer cet intérêt auprès du public de ces chaînes, le professeur a examiné les retweets des sujets liés à ces deux pays. Résultat: sur les comptes des deux chaînes, seuls ceux d'Al Jazeera portant sur le Soudan dépassaient le taux moyen de retweets sur la période étudiée. Ce soutien relativement faible pour les révolutions du sourire en Algérie a été observé également par de nombreux militants et observateurs. Pour tester cette observation, il a utilisé un outil développé par son collègue, Deen Freelon, pour analyser les 3 200 derniers tweets sur les comptes Twitter des deux principales chaînes de télévision par satellite: Al-Jazeera (qui s'est imposée comme outil de propagande du populisme arabe avant de s'aligner davantage sur la politique étrangère qatarie et Al Arabiya - qui joue un rôle de porte-parole du bloc contre-révolutionnaire mené par Riyadh et Abou Dhabi.Tout le monde connaît l'influence des chaînes de télévision par satellite panarabes, particulièrement la chaîne qatarie Al-Jazeera - dans les révolutions arabes initiées en 2011, en Tunisie et en Égypte, en un mouvement de révolte régionale en Syrie et en Irak a constitué un bloc de déstabilisation. Huit ans plus tard, au Soudan, puis en Algérie, les présidents Omar el-Béchir et Abdelaziz Bouteflika, qui sont au pouvoir depuis plusieurs décennies, font face depuis plusieurs semaines à des mouvements massifs de protestation populaire exigeant leurs départs. Des mouvements a priori, à même de créer les conditions propices à la réapparition d'un récit médiatique autour de la notion de «printemps arabe». Les principales chaînes de télévision par satellite panarabes ont soigneusement évité de médiatiser ces deux révolutions pacifiques.

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